Textes divers

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Anaterya
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Textes divers

Message par Anaterya » 30 avr. 2013, 18:30

J'ai déjà fait un sujet pour mes écrits, mais c'est très spécialisé, il s'agit des textes qui prennent place dans le monde de fantasy de j'ai créé. Comme j'écris d'autres choses, je me suis dit que je devais faire un autre sujet pour les partager avec vous.

Voilà donc un texte de SF/cyberpunk qui doit beaucoup à la série suédoise Real humans.


Poupée

Elle attendait, patiente, imperturbable. Au rythme de la musique elle prenait des poses suggestives qui attiraient sur elle les regards des hommes qui marchaient dans la rue. Elle n’avait aucune conscience du temps qui filait, se contentant d’agir comme elle le devait, sans se poser de question.
Une voix dans son dos.
_ Descends de là, poupée !
Obéissante, elle s’exécuta. Deux hommes se tenaient en face d’elle et discutaient avec une certaine animation. Puis on s’adressa de nouveau à elle.
_ Tu suis le monsieur et tu es bien gentille avec lui.
_ Oui, monsieur.
L’autre homme lui prit la main et elle le suivit, docile. Ils entrèrent dans une petite chambre et elle se déshabilla alors que la porte n’était pas encore refermée. Elle s’allongea ensuite sur le lit, les jambes pliées et largement écartées. Elle n’avait plus qu’à attendre.
Pendant que l’homme pesait sur elle et que ses circuits adaptaient la taille et la forme de son orifice à l’anatomie de celui-ci, elle se demanda une fois de plus pourquoi les hommes agissaient de cette façon, quel intérêt ils trouvaient à peser sur elle de tout leur poids en grognant et transpirant. Elle ne connaissait que peu les hommes, tout ce qu’elle savait d’eux, c’est qu’ils passaient dans la rue, qu’ils rentraient dans l’établissement, venaient sur elle, puis partaient. Qu’est-ce qu’ils faisaient à côté de ça ? Est-ce qu’ils existaient en dehors de ça ? Elle n’en savait rien. Elle ne savait même pas ce qu’ils venaient chercher auprès d’elle.
L’homme avait fini, il se releva et sortit de la chambre. Elle se releva, se rhabilla et retourna dans sa vitrine, sur son podium.
La nuit s’avançait, identique à toutes les autres. Les hommes allaient et venaient, elles les suivaient dans la chambre. Ils se ressemblaient tous à ses yeux, elle avait beaucoup de mal à distinguer les humains. Pourtant elle essayait, mais elle n’était pas faite pour, apparemment.
Elle continuait de réfléchir sur le monde qui l’entourait, un monde qui se réduisait à l’établissement, et les êtres qui y intervenaient, tout en enchaînant les passes. Elle n’imaginait pas le monde qui existait autour car elle ne savait pas qu’il existait. L’univers s’arrêtait à la rue devant le bâtiment. Il n’y avait rien d’autre.
Soudain le rideau de fer descendit devant ses yeux et la rue disparut. Au même moment, la musique se taisait. C’était la fin de la nuit, et d’une certaine façon la fin de sa vie.
Elle descendit de son podium et, dans un défilé de poupées diverses, elle se dirigea vers son cocon. Elle s’y blottit et attendit que le chef de l’établissement vienne pour la brancher et la mettre en veille. De loin, elle l’entendait grommeler, se plaindre de ces satanées machines à moitié mortes, incapables de réfléchir et qui ne réagissaient pas assez avec les clients. Les fabricants avaient intérêt à améliorer sérieusement les prochaines versions pour qu’il puisse vendre leurs services plus cher et gagner plus de fric. Quand il arriva à sa hauteur il lui frappa le visage.
_ Tu ne peux pas arrêter de me regarder avec tes yeux de vache, salope ?! T’es qu’une saleté de machine, tu réfléchis pas, tu me débectes !
Alors qu’il la branchait pour qu’elle charge et juste avant qu’il ne la mette en veille, que le noir ne s’abatte sur ses pensées, elle se demanda soudain pourquoi elle acceptait d’être traitée ainsi, pourquoi elle ne se rebellait pas. Elle y penserait le lendemain.


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Justdream
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Message par Justdream » 30 avr. 2013, 18:39

Quelle nouvelle... elle est touchante, bouleversante et en même temps révoltante !
Elle est vraiment triste...

Tu écris magnifiquement bien en tout cas, les idées sont superbement véhiculées !
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Kallindra
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Message par Kallindra » 30 avr. 2013, 18:44

C'est très bien écrit. Histoire tragique et jolie.
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Anaterya
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Message par Anaterya » 17 sept. 2014, 00:28

Cela faisait longtemps que je n'avais rien écrit, et surtout rien qui ne soit pas en rapport avec mon univers d'Asayse. Voilà donc un texte que j'ai écrit ce soir et qui reprend mon principale perso de RP sur Parano, même si j'ai totalement modifié son environnement.

Service compris



  • Installée dans l’alcôve d’un balcon donnant sur le salon principal du bordel, Mercedes claqua des lèvres en voyant arriver son repas fumant. Le garçon, fardé, perruqué et habillé comme un jeune page, posa le plateau sur la table basse d’ébène, de cuir et de cuivre, puis découvrit le plat et ses accompagnements. Mercedes le chassa d’un geste de la main comme on chasse une grosse mouche bleue lourde de chair en putréfaction, humant profondément les effluves gras de son souper. Elle rompit une belle miche de pain bis et la plongea dans la sauce du ragoût. Les yeux brillants et de la salive aux coins des lèvres, elle l’engloutit goulûment. Et le recracha presque aussitôt.
    _ Dévine ! Viens ici immédiatement ! hurla-t-elle.
    Le jeune garçon accourut bien vite auprès de sa maîtresse, le cœur comprimé dans la poitrine. Il n’eut pas le temps de s’incliner ni d’ouvrir la bouche qu’une gifle baguée le cueillit, lui ouvrant la lèvre supérieure. Les larmes perlèrent mais il s’interdit de réagit, le fer lui donnant la nausée.
    _ De qui te moques-tu ? Je t’envoie me chercher à manger, et tu te fais avoir comme le premier péquenot venu !
    Elle attrapa un morceau de viande et le lui fourra sous le nez.
    _ Avale-moi ça !
    Dévine s’exécuta, et la saveur de la viande mêlée au sang qui tapissait sa bouche lui causa un renvoi violent. Mercedes le repoussa et il vomit sur le tapis.
    _ Ça ressemble à du pigeon des toits pour toi ?
    Elle n’attendit aucune réponse.
    _ Du rat ! Voilà ce que tu m’as acheté !
    Dévine s’essuya la bouche d’un revers de la main, mais se plia de nouveau en deux quand l’escarpin l’atteignit au flanc, juste sous les côtes.
    _ Mais tu sais que je n’aime pas gâcher. Tu vas donc avoir l’honneur de finir mes restes.
    Mercedes lui sourit, la mouche sous sa bouche soulignant sa moue, puis se leva, montagne de satin et de taffetas, parfumée des plus rares fragrances. Elle sortit de l’alcôve et ses deux gardes du corps de faction ce soir-là se redressèrent immédiatement. Par habitude, elle posa sa main sur le bras le plus proche.
    _ Mes amours, j’ai entendu des rumeurs affreuses courir à propos de la gargote de Branlon, et je m’en voudrais de ne pas y opposer ma voix.
    Mercedes se dirigea vers l’ascenseur. Un de ses hommes en ouvrit la grille et elle y entra, jouant avec son éventail. Le vieux mécanisme se mit en marche dans des odeurs de graisse et de métal chaud.
    _ Rameutez les filles de ménage et les mécanos dont la présence n’est pas indispensable, qu’ils aillent porter mes hommages à Branlon.
    L’ascenseur s’immobilisa au rez-de-chaussée, et une bouffée de musique, de rires et de stupre frappa Mercedes comme à l’entrée d’une serre tropicale. Ses deux gardes s’éloignèrent rapidement pour porter la bonne parole de leur maîtresse, tandis que cette dernière allait se perdre au milieu des corps poisseux et alanguis, attendant le début du spectacle.
    Sur un signe d’un de ses gardes, elle se rendit dans son bureau qui donnait sur la rue ; de là, elle pourrait tout observer en évitant la suie, le cagadou et la vulgarité des habitants de la rue.
    Les lampadaires au gaz n’éclairaient pas grand-chose, mais les lumières filtrant des fenêtres et les lampions des diverses échoppes ambulantes étaient bien suffisants pour admirer la représentation. Une douzaine de silhouettes jaillit soudain des ombres et se précipitèrent sur la gargote surélevée sur une estrade de Branlon. L’une d’entre elles s’arrêta au pied des marches de bois et releva ses jupes raides de crasses pour se soulager, sous les regards méprisants des clients attablés au-dessus de la fange de la rue. D’autres s’égayèrent entre les tables, bousculant les clients, volant les bijoux, crachant dans les plats, renversant les verres. Branlon sortit de derrière ses fourneaux, ses vêtements maculés de graisse et de sang, brandissant une broche arborant une viande pour le moins suspecte.
    _ Ulad muwasseĥin kelb ! Amšiw men hna !
    Les agents de Mercedes n’étaient pas pressés de partir, et semèrent encore un peu la pagaille, faisant fuir les clients dans un imbroglio de chaises à porteurs et de litières à moteur. L’un d’eux profita de la confusion pour subtiliser une poêle en fonte et l’abattre sur les reins du propriétaire, qui s’effondra sur l’une des banquettes, renversant une table et son service dans sa chute. Ce fut le signal de la débandade, et tous les fauteurs de troubles disparurent dans les ombres.
    De son poste d’observation, Mercedes buvait du petit lait, les doigts poisseux de confiseries. Le lendemain, elle irait rendre visite à Branlon pour lui manifester son soutient et lui proposer un partenariat officiel grâce auquel il pourrait se refaire une clientèle.
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Caracole
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Message par Caracole » 30 oct. 2016, 10:56

J'aime beaucoup, tu a un vrai don pour la noirceur et tu joue bien avec les mots pour la sublimer.

J'ai préféré la première de loin, non pas qu'elle soit mieux écrite, mais le mystère et les sentiments on permit d'éclaircir juste suffisamment le texte pour le rythmer. La fin qui laisse présager que les remises en questions de la robot seront oublié au lendemain nous rappelle bien vite au noir mais c'est précisément ce que j'aime, une montagne russe de sensation. Et pour le coup la chute ( terme d'autant plus approprié :) ) est splendide.


La seconde en revanche on y avance presque à plat malgré ton style bien présent, on monte vite à la haine et on reste sur le dédains et le mépris, je ne dis pas qu'il faut de la joie non plus mais une touche d'espoir, que tu ne briserais que plus cruellement par exemple ;) ( j'ai conscience qu'en une page ce n'est pas simple mais tu l'a fait dans la première alors je me permet de le noter :) )

Dans l'ensemble je me suis rapidement pris dans le bain de cet ensemble mystérieux et sombre qui me rappelle la série Black Mirror ou il pourrait à mon sens avoir leur place. Continue d'écrire!
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Anaterya
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Message par Anaterya » 02 nov. 2016, 21:19

Merci beaucoup pour les critiques, Caracole :)

J'avais presque oublier le premier texte que j'ai publié ici, et même si en le relisant je me dis que je pourrais le retravailler en profondeur, j'avoue que je suis quand même assez satisfaite de moi ^^

Pour le deuxième texte, c'est assez particulier parce que je l'ai écrit avec l'idée de l'intégrer dans un roman, donc un cadre plus large dans lequel il ne serait qu'une anecdote, ce qui fait que je suis assez d'accord avec toi, les sentiments sont vraiment à sens unique.

Et là j'ai envie de me remettre à écrire, et le mois de novembre peut vraiment être l'occasion pour ça (vive le NNWM !).
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Caracole
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Message par Caracole » 03 nov. 2016, 08:25

Oui pour le premier je trouve par exemple que le vendeur en parlant directement à l'androïde, même avec la méchante qui lui est propre, lui accorde de ce fait une certaine importance qu'il serait bon de nuancer.

Le faire se parler à lui même au lieu de directement à elle pourrait être plus réaliste, je dit cela car un homme qui a tendance a faire son travail sans se poser de questions préfère prendre du recul quitte à totalement se fermer sentimentalement au malheurs qu'il contribue à produire. D'autant que cela inverse les rôles et fait de lui la machine, ce qui se révèlerait plus profond que placer un personnage un peut plus instable (qui dans ce cas conviendrais à ton texte).

Ce n'est qu'une idée exprimé rapidement, libre à toi d'en tenir compte.
je ne sait pas ce qu'est le NNWM, mais novembre c'est pas plus mal qu'un autre mois ;)
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