Joyeux Noël ! - Alexandre Jardin

Parce qu'il est impossible de citer tous les genres littéraires (ou tout simplement de catégoriser un livre), ici se trouvent les livres n'ayant pas trouvé leur place ailleurs.
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Valentia
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Message par Valentia » 03 mars 2013, 18:21

Joyeux Noël ! d'Alexandre Jardin

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Résumé :
  • - Croyez-moi, il est possible de mener sa vie en disant tout. Une existence sans déni ? Sans angle mort ! s'écria la jeune femme.
    - Vous n'avez donc aucun secret ?
    - Si, des montagnes ! rétorqua-t-elle.
    - Alors ?
    - Mes secrets me construisent, mes angles morts me détruisent.
    Puis elle ajouta avec jubilation :
    - A Noël, j'offrirai le plus beau des cadeux : ma vérité ! A ceux que j'aime, ma famille. C'est comme cela qu'il faut vivre ! Nous serons vieux plus tard.
    - Joyeux Noël !

Éditeur : Grasset
Date de sortie : 24 octobre 2012
Disponible en format Poche : Non


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Valentia
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Message par Valentia » 03 mars 2013, 18:24

Il y a des parfois des livres qui nous font du bien en nous faisant du mal. C’est le cas du dernier roman d’Alexandre Jardin, Joyeux Noël.

Sous ce titre enfantin pourrait paraître se cacher un roman joyeux, justement, qui met du baume au cœur en nous réchauffant durant les longues soirées d’hiver. Exactement ce qu’on est loin d’y trouver en en tournant les pages.

Car, du prologue à l’épilogue, c’est bien la plume aiguisée de l’auteur des Gens très bien que l’on retrouve. Si je n’ai pas lu ce dernier (mais envisage de le faire), je sais ce qu’on y trouve. Monsieur Jardin y dénonce les non-dits de sa famille, et notamment la culpabilité de son grand-père, collaborationniste durant la Seconde Guerre mondiale. C’est des suites des retombées de ce livre, qu’il décrit lui-même comme tenant à la fois « du suicide littéraire, du sabordage identitaire et du saut dans le vide », qu’est né Joyeux Noël. À en croire le prologue, nombre de lecteurs se seraient reconnus dans ses écrits et, heureux de trouver enfin quelqu’un qui n’en peut plus du mensonge et ose le dire, ont partagé avec lui leurs propres angles morts.

L’héroïne de cette histoire romancée –car héroïne elle est bien, tant elle doit faire face à de nombreux écueils- se nomme Norma Diskredapl. Quel nom de famille barbare ! me direz-vous. Barbare non, mais breton certes oui, puisqu’il signifie Impensable. Et ces Impensable, justement, sont tellement aveugles qu’ils ne voient pas les vérités les plus énormes qu’ils ont sous leur nez. Sous le nez est bien le mot, puisque la première de celles-ci à être dénoncée est l’adoration du grand-père Félicien pour Hitler, adoration prouvée par une moustache semblable à la sienne, qu’il arbora toute sa vie. Cette révélation opérée par Norma, véritable arme de vérité décapante, a lieu lors de l’enterrement de ce même Félicien, qui, voulant faire « une bonne blague » à sa famille, avait mis en scène sa propre mise en terre et était vivant dans le cercueil. Ne pouvant supporter le sabordage de la famille par sa propre petite-fille, il se suicide avant la fin de la cérémonie.

À partir de là, l’ensemble du clan renie Norma et va jusqu’à refuser de prononcer son nom. Son existence ne vaut plus rien, car elle n’est plus reconnue. La vérité mise à l’écart, les Diskredapl peuvent reprendre leur existence paisible, au milieu de leurs petits secrets… Chacun vit avec ses fautes et s’efforce d’enterrer leur mémoire, jusqu’à ce fameux soir de Noël où, la famille étant réunie sur l’île (qui est à elle seule un personnage du roman tant sa place est primordiale), tout bascule à cause des lettres rouges qui révèlent les angles morts de chacun.

Adultères, collaborationnisme, inceste, faillite, violence conjugale,… Tout est mis à jour.

Par qui ? Pourquoi ?

C’est au lecteur de le deviner.

Et à lui de s’interroger : peut-on vivre une existence dans la pleine vérité ? En ces temps où le mensonge fait tellement partie de notre quotidien qu’il ne choque plus personne, mais fait s’insurger tout le monde dès qu’il est pointé du doigt, c’est une question à se poser.

Un livre peut-il à lui seul effacer toutes les pages de droite ?
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