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Que tu sois écrivain, dessinateur ou graphiste à tes heures perdues, cet endroit est là pour que tu puisses nous montrer ton talent !
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Kasseul
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Message par Kasseul » 08 févr. 2013, 20:49

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Ma petite galerie d'artiste est en construction


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Valar Morghulis
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Message par Valar Morghulis » 08 févr. 2013, 21:03

La vache c'est énorme ! ^^ enfin comparé aux pavés qu'on peut lire non, mais je n'aime pas tellement lire sur mon ordi ou mon tel alors je trouve ca long ^^ mais dès que j'ai un peu de temps je m'y mets !
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Message par Kasseul » 08 févr. 2013, 21:11

Oui c'est vrai. Quand je l'ai écrit, je ne m'en suis pas rendue compte mais c'est vrai que c'est énorme. Prends ton temps, hein !
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Message par Agenor » 08 févr. 2013, 21:36

Pareil que Valar, j'ai du mal à lire autant de texte sur un ordi :pleure: Il faut déjà que j'attaque la deuxième chronique d'Ewells et ensuite je m'attaque à ta nouvelle :D
La chouette est sympa ! Tu fais du graphisme ?
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Justdream
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Message par Justdream » 08 févr. 2013, 21:54

Comme les autres ! J'utiliserai ma tablette pour lire, mais là, je ne l'ai pas sur moi :)
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Message par Kasseul » 08 févr. 2013, 22:13

Mais pas de soucis, prenez votre temps !

@Agenor : Oui, je fais un peu de graphisme, quand j'ai le temps. Avec Photoshop et une tablette graphique.
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Valar Morghulis
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Message par Valar Morghulis » 08 févr. 2013, 22:15

Kasseul a écrit :Mais pas de soucis, prenez votre temps !

@Agenor : Oui, je fais un peu de graphisme, quand j'ai le temps. Avec Photoshop et une tablette graphique.

C'est vrai ? *__* quel genre ? Montage, dessin ? Tu as un site où tu publies un peu ?
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Message par Kasseul » 08 févr. 2013, 22:20

Non, je n'ai pas de site pour mes montages. Je fais des montages. Parce que je suis très mauvaise en dessin !
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Message par Agenor » 08 févr. 2013, 22:33

Oh on peut être nul en dessin et être très doué en graphisme (en montage et tout ce qui ne demande pas de dessin en fait :P ). J'ai une amie qui est web designeuse et pfiou elle réalise des trucs c'est stupéfiant, des designs pour des sites ou des forums, mais également des montages pour une signature ou un avatar !
Tout ça pour dire que les montages c'est aussi vachement cool :langue:
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Message par Kasseul » 08 févr. 2013, 22:37

Je connais quelqu'un comme ça, aussi, qui fait des choses magnifiques pour des blogs, des sites et tout ...
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Message par Ewells » 09 févr. 2013, 10:15

subjectivement : j'ai juste envie de lire la suite tellement sa m'intéresse ...
Objectivement: C'est très bon , quelques erreurs dans le choix des mots, un petit détail qui cloche avec l'arme qu'elle à sur elle pour le combat en rue (il est d'abord passé dans sa ceinture et tu finit par le sortir de la poche intérieur de son manteau) mais faire se genre de commentaire sur un détail prouve à quel point je n'ai rien a redire :p


LA SUITE !

Edit: ''remonte en courant car il a oublié un détail important'' Tu as l'ambiance! je me suis cru dans les taudis de final fantasy vii quand j'ai lu ton texte et ça c'est vraiment bien ! (pas le fait que j'ai un passé douteux) tes descriptions sont déjà d'un très bon niveau qui me ferait rougir de honte si j'avais posté mes nouvelles après toi :p
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Message par Kasseul » 09 févr. 2013, 14:24

Merci pour les remarques, je corrige ma petite erreur :) Ah d'ailleurs, j'en ai repéré une autre, que je corrige avant qu'on me dispute pour une faute aussi grossière !! Et merci pour le compliment sur mes descriptions, c'est le truc que j'aime faire le moins alors si elles sont réussit, c'est tant mieux !

Question existentielle : tu as tout compris ou il manque des choses pour la compréhension ?
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Message par Ewells » 09 févr. 2013, 17:05

a nouveaux ma petite liste
subjectivement: j'ai tout compris car j'ai l'habitude de ce genre d'histoire aussi bien énigme que sf
objectivement: oui j'ai l'impression que tout est clair mais je demande l'appel a un ami pour un second avis :p
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Message par Justdream » 09 févr. 2013, 18:09

Alors alors... je viens juste de finir.
Ce genre de littérature n'est pas celle que je lis, mais j'ai beaucoup aimé :)
L'histoire est très énigmatique en tout cas, et on a envie de poursuivre la lecture afin d'en savoir plus. Surtout que la fin ne présage rien de bon oO
J'aime beaucoup le personnage de Morgane, une fille forte et bagarreuse qui n'a peur de rien ! Ça change !

Quant au style, il est fluide et se lit sans difficulté. Par contre, j'ai une petite critique, mais c'est sans doute personnel, il y a à mon goût beaucoup de phrases courtes lors de la narration des actions. Je trouve que ça alourdit le texte à certains endroits.
Et il y a un passage que j'ai trouvé "long" à lire :
"Elle traversa le chemin qui séparait la zone 2 de la zone 3 et passa sous la porte, puis disparut derrière un immeuble. Elle se dirigea vers le centre de la zone et s’approcha d’une porte. Elle passa sa main sur une serrure magnétique à reconnaissance digitale et elle poussa les battants après un déclic. Elle pénétra dans le hall d’entrée aux murs recouverts de miroirs. Elle appela l’ascenseur et les portes s’ouvrirent devant elle. Elle rentrait enfin chez elle."
Cela vient de la répétition des "Elle" à chaque début de phrase et parfois à l'intérieur des phrases.

En tout cas, je suis épatée par le niveau d'écriture ! Ça fait très "pro" si je peux dire ça !
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Message par Kasseul » 09 févr. 2013, 20:19

Merci, Justdream, pour ces conseils, ça fait avancer. Oui, effectivement, après relecture, ce passage est un peu lourd. je vais changer ça dès que possible. C'est une remarque que l'on m'avait déjà faite, je pensais avoir erradiqué toutes les répétitions mais apparemment non :) Et merci pour ce beau compliment, à la fin de ton post, ça me fait vraiment plaisir, étant donné que j'ai une fâcheuse tendance à me dévaloriser tout le temps ...

Edit : et je corrige directement dans mon premier post, à chaque fois que vous me faîtes une remarque :) D'ailleurs, merci à ceux qui ont lu !
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Message par Kasseul » 16 févr. 2013, 19:09

Deux dessins : Voltali et Xerneas ( oui, parler de Pokémon, ça me donne des idées de dessins. Ceux-ci ont été réalisé avec modèle. ) Réalisation au crayon papier, craoyons de couleurs et feutre noir à pointe fine.

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Voltali : 16 cm x 22 cm

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Dimension : 11 cm x 14 cm
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Message par Justdream » 16 févr. 2013, 19:38

Wahouuu ! Trop sympa les ptits Pokemon !!!
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Message par Agenor » 17 févr. 2013, 10:53

Voltali est super bien dessiné ! (je connais pas le deuxième :mrgreen: )
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Message par Kasseul » 17 févr. 2013, 11:03

Merciii :)
Le deuxième est l'un des tous derniers révélés par le magazine japonais CoroCoro :)
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Message par Kasseul » 07 juin 2013, 18:13

On va commencer par un petit texte comme ça ...

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Il flottait comme un parfum de solitude. Cette sensation de vide quand il n'y a plus personne autour de toi, cette sensation qui t'étouffe au lieu de te permettre de respirer. La liberté qu'on attendait, mais pas celle qu'on espérait. Quelques jours où tout les repères sont détruits, tout ce petit quotidien si bien huilé remis en doute. Juste parce que toutes ces pièces autour de toi sont vides. La sensation d'être seule au monde quand tu t'installes devant ta télé avec ton bol de Choco Pops, avec seul bruit les céréales qui croustillent. Un mélange de plaisir et de délire, où tu te sens enfin dans l'intimité que tu cherchais mais aussi dans un monde de fantômes et de voix qui te parlent. Un autre univers dans lequel tu t'assois sur ton balcon pour regarder les étoiles en espérant que quelqu'un pense à toi. L'envie de tout casser pour tout refaire, recommencer à nouveau en changeant certains détails pour rendre le tout plus crédible. Une ou deux photos, quelques cartes postales et un poster sur le mur. Se donner l'impression qu'on est pas seul dans ce grand appartement où ta voix résonne et croire qu'il y a quelqu'un qui va nous rattraper si on tombe pas la fenêtre. Avoir envie de lever pour faire quelque chose d'utile et finalement se coucher le soir en se disant qu'on vient de gâcher une journée. S'endormir en se disant qu'on a été seul, qu'on a eu du mal, mais qu'on a survécut, et que jamais on ne voudra revivre cela.

Et puis on enchaîne avec quelques créations réalisées cette après-midi, pendant que je ne sais qui joue du jumbé dans ma rue ( WTF ?! ) ...

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Elle est un peu vide, celle-là ...

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Valar Morghulis
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Message par Valar Morghulis » 08 juin 2013, 10:37

C'est joli, et j'adore ton nouveau kit ! :D
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Message par Kasseul » 13 déc. 2013, 17:38

Voilà ce que j'ai écrit pendant le NaNo ... Près de 6 000 mots. Histoire qui ne demande qu'à être continuée, mais qui attendra pour l'instant.

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La brume avait fini par tomber un peu, pour le plus grand plaisir du commandant Staunton, qui allait pouvoir enfin faire décoller son escadron de patrouilleurs sous l’œil avisé d’un général de l’armée. Staunton savait pertinemment que l’armée était en perpétuelle recherche de pilotes chevronnés pour conduire les immenses vaisseaux qui voyageaient vers l’ouest. Et c’était parmi les escadrons de patrouilleurs qu’il venait aujourd’hui chercher les capitaines de transporteurs de demain.
Le commandant Staunton avait néanmoins une appréhension. Des capitaines de transporteurs, c’est bien, mais les patrouilleurs étaient de moins en moins nombreux, et il n’avait pas envie de perdre tous ses pilotes. Il savait d’autant plus que certains patrouilleurs s’étaient engagés dans cette voie dans l’unique but de pouvoir rejoindre l’armée et être à la tête des monstres de puissance qu’étaient les transporteurs.
Il savait pertinemment que certains de ses patrouilleurs tenteraient de se faire remarquer au détriment de leur travail. Et Staunton savait exactement qui. En attendant l’arrivée du général, il tenta de recoiffer ses cheveux gris.
C’était donc avec une petite boule dans l’estomac que le commandant accueillit le général Harling. C’était un homme grand et musclé, un vrai soldat aux cheveux bruns coupés courts et aux petits yeux perçants. Après une brève poignée de main, Staunton lui propose de lui faire visiter les locaux, ce que le général accepta, bien qu’il les eu déjà visités plusieurs fois. A chaque fois, il posait des questions, faisait semblait d’être intéressé par ce que le commandant Staunton lui racontait. Il avait essayé, d’être intéressé. Mais il n’y arrivait pas.
Pour lui, sa mission était de recruter des pilotes, pas d’écouter bavasser un homme qui étalait ses connaissances dans l’espoir d’éveiller l’intérêt des gens pour ses escadrons. Harling avait de la pitié pour ce pauvre commandant qui vieillissait. Et plus le temps passait, et plus il se disait qu’il serait temps pour lui de passer la main à quelqu’un de plus jeune.
Le passage obligé dans les garages acheva Harling. Il passait ses journées entourées de vaisseaux gigantesques, il n’avait donc pas franchement envie qu’un technicien de réparation lui explique comment entretenir des petits vaisseaux de patrouille. Harling pencha la tête, un air attentif et soucieux sur le visage, émettant des petits «  hum, hum » de temps en temps.
Quand le technicien arrêta enfin de parler, les trois hommes restèrent silencieux, les yeux fixés sur la machine, Staunton tripotant la fermeture Eclair de son blouson, et Harling se demandant comment se sortir de là. Ce fut une explosion qui mit fin au silence. A quelques dizaines de mètres de là, un moteur émettait une énorme fumée noire, qui déclencha aussitôt une alarme incendie qui résonna entre les murs.
Il y eu des éclats de voix pour couvrir le bruit, quelques clefs à molette lancées au travers de la pièce, puis tout redevint calme. Staunton se gratta machinalement la tête, maudissant ses techniciens de réparation et se promettant de leur passer le savon de leur vie une fois que le général serait parti. Il finit par emmener le général dans les étages supérieurs, en s’excusant mille fois pour le petit incident.
Le général coupa court à ses excuses, le plus poliment possible, et fit mine de s’intéresser à ce qui se trouvait dans la salle où ils étaient désormais. Huit vaisseaux y étaient entreposés, parfaitement rangés les uns à côtés des autres.
La plupart avait une carrosserie blanche solide pour parer à d’éventuelles attaques de méduses et se fondre dans la brume. Deux hélices amovibles étaient repliées sur les côtés de l’appareil. Un pare-brise en verre épais était propre et laissait voir le poste de pilotage, duquel dépassaient des manettes, des boutons de toutes les couleurs et un manche. En forme d’œuf, le vaisseau était taillé pour la vitesse. Equipé d’une batterie d’appareils allant du radar à la radio, en passant par des fusées de détresse, de siège éjectable et de deux fusils fixés sous la coque, ce type de vaisseau était le modèle dernier cri dont étaient équipés les patrouilleurs.
Le général Harling remarqua aussitôt qu’un des vaisseaux étaient différents. Il semblait plus ancien et abîmé, à tel point qu’il se demandait s’il pouvait réellement voler. Il se tourna vers le commandant Staunton et demanda le plus sérieusement possible :
— C’est une blague ?
— J’aimerais bien, général …
Harling fronça les sourcils. N’importe quel patrouilleur refuserait de monter à bord d’un tel vaisseau. En s’approchant un peu plus, il remarqua que la coque avait été déchirée et réparée avec des plaques en métal fixées par des vis et des boulons.
L’ascenseur émit un petit bruit et les portes s’ouvrirent. Huit patrouilleurs entrèrent dans la pièce, habillés de combinaisons grises et portant des casques sur la tête. Chacun d’eux se plaça devant son appareil. Harling tenta d’ignorer le pilote du vieux vaisseau, mais la curiosité l’emporta. Après tout, ce serait sans doute la chose à laquelle il s’intéresserait le plus aujourd’hui. Le pilote était penché sur les fusils de son appareil, enclenchant un chargeur de munitions dans chacun d’eux, puis tapa sur la carrosserie pour vérifier que les deux fusils étaient bien fixés.
Certains pilotes oubliaient régulièrement de le faire, perdaient leurs fusils en vol et se retrouvaient en face d’une méduse particulièrement vorace sans aucune munition. Beaucoup de pilotes étaient morts ainsi, et il n’était pas rare de surprendre certaines personnes dévisser les fusils sur les appareils de concurrents, notamment à l’école de pilotage.
Malgré les nombreux accidents les premiers temps, les instructeurs avaient fini par adopter cette technique afin de mieux évaluer les élèves. Pourtant, il arrivait que dans les escadrons de patrouilles, cette technique soit encore de mise, plus utilisée comme un bizutage que comme une véritable volonté de provoquer un accident, voire la mort du pilote.
Harling attendit patiemment que le pilote ait terminé de vérifier son appareil. Alors que les sept autres patrouilleurs étaient déjà installés au poste de pilotage, le propriétaire du vieux vaisseau terminait à peine son inspection.
— Allez, Charlie, on se dépêche ! lui hurla l’un des pilotes, avec un ricanement.
En guise de réponse, le dénommé Charlie lui fit un magnifique doigt d’honneur, puis grimpa dans son vaisseau et s’installa au poste de pilotage. Ils mirent en marche les moteurs, dans un vrombissement qui explose les tympans. Le premier vaisseau roula au centre de la pièce, s’engagea dans un couloir et s’arrêta, attendant d’avoir l’autorisation de décoller. La tour de contrôle répondit par l’affirmative et ouvrit une porte. Un panneau glissant de haut en bas dévoila le monde de la brume.
Enfin, le huitième vaisseau s’apprêta à s’élancer dans le vide.
— Patrouilleur numéro huit, ici tour de contrôle, vous me recevez ? demanda une voix à la radio.
— Cinq sur cinq, tour de contrôle, répondit Charlie.
— Oh, mais c’est une femme ! s’exclama la voix à la radio. Eh bien, miss numéro huit, vous avez l’autorisation de vous envoler.
La porte s’ouvrit, et Charlie étendit les hélices de son vaisseau, les mit en marche et roula jusqu’au bord du couloir, où elle rentra le train d’atterrissage alors qu’elle basculait dans le vide. Harling et Staunton la virent reprendre de l’altitude et suivre les patrouilleurs la précédant. La porte se referma avec un grincement métallique.
Le commandant Staunton se tourna vers Harling, l’air inquiet. Ce dernier, les mains dans le dos, redressa la tête, surplombant Staunton, qui se sentit vraiment petit. Le général émit le souhait de se rendre à la tour de contrôle, située au dernier étage du bâtiment, taillé à même la roche. Le commandant accepta sans rechigner, et essuya discrètement quelques gouttes de sueur qui perlait sur son front.
Ça ne s’est pas si mal passé que ça, finalement, songea-t-il. Une petite voix dans sa tête brailla instantanément : ce n’est que le début, mon gros, et Charlie et Maxence n’en ont pas encore fini !
Charlie et Maxence ! Deux excellents patrouilleurs, mais qu’il ne valait pas mieux mettre ensemble dans un escadron. Certes, ils prenaient leur travail très à cœur et se révélaient être très professionnels, mais il y avait parfois certains débordements qui avaient failli tourner au drame. Les raisons pour lesquelles ils se détestaient étaient relativement floues pour leurs collègues, ainsi que pour Staunton, mais celui si supposait qu’il y avait naturellement des gens avec qui l’ont avait moins d’affinités.
En ce qui concernait Charlie et Maxence, le niveau d’affinité se situait à l’étage – 20 sous la surface du sol, et lorsqu’il remontait ne serait-ce que d’un étage, c’était considéré comme un véritable miracle. Si Staunton avait confiance en ses deux patrouilleurs pour restés sages lors des expéditions à l’extérieur, il était moins rassuré en ce qui concernait leur retour à la base.
L’ascenseur s’arrêta au dernier étage et Harling devança le commandant. Il sortir le premier de l’ascenseur et inspira longuement. Staunton le soupçonnait depuis longtemps d’être légèrement claustrophobe et de ne pas aimer les petits vaisseaux de patrouille uniquement pour cette raison. Le général se présenta, serra des mains, écouta les  contrôleurs lui raconter en quoi consistait leur travail. L’un d’eux tenta de glisser une plaisanterie sur son salaire, mais Staunton le découragea en lui jetant un regard noir.
Le contrôleur se rassit, remit son casque sur les oreilles et rabaissa le micro près de sa bouche.
— Ok, numéro huit, direction le nord. Je détecte quatre méduses dans les parages. Pouvez-vous confirmer ?
A plusieurs kilomètres de là, Charlie tapota l’écran du radar.
— Je confirme, quatre méduses.
— Faîtes attention, il y a eu pas mal d’accident, ces derniers jours.
— Promis, répondit Charlie, avant de couper la communication.
Le contrôleur fit tourner sa chaise, s’étirant en bâillant, et s’arrête sous l’œil réprobateur du commandant et du général. Il sourit, gêné, et fit un demi-tour pour se repencher sur son tableau de bord, faisant mine d’observer attention les écrans radars.
— Des attaques de méduses ? demanda Harling.
— Oui, général, répondit Staunton, devançant le contrôleur qui avait visiblement envie de se faire remarquer. Il y a eu quatre attaques cette semaine.
— C’est inhabituel, murmura le général. Il y a eu des morts ?
Cette fois-ci, ce fut le contrôleur qui répondit :
— Non, mais on a failli perdre un pilote.
Et quand il disait perdre un homme, il ne parlait pas d’un pilote qui avait risqué sa vie. Il parlait au sens littéral du terme. Le pilote s’écrasait quelque part avec son vaisseau. Avec un peu de chance, on parvenait à localiser l’épave et à lui venir en aide. Mais depuis les évènements tragiques survenus six ans plus tôt, plus personne ne venait en aide aux pilotes qui s’écrasaient sous la brume.
A l’époque, les vaisseaux étaient moins performants  peu armés et moins rapides, et les attaques de méduses étaient rares. Les pilotes craignaient plutôt les vents et les chutes de matériel, notamment lors des patrouilles dans la Vieille Ville. Les bâtiments abandonnés tombaient en ruine, et il arrivait fréquemment que des pans entiers de murs dégringolent sur les vaisseaux patrouilleurs.
Les méduses avaient attaqué tout un groupe de patrouilleurs, réduisant à néant un escadron entier de pilotes. Une équipe de sauvetage avait alors immédiatement été mise en place pour leur porter secours, mais les méduses les avaient eus également. Les méduses, jusque-là considérées comme parfaitement inoffensives, avaient tué une dizaine d’homme et blessé plusieurs autres, que l’on avait dû évacuer à la tombée de la nuit, une fois que les méduses se furent décidées à quitter les lieux de l’attaque.
La décision avait alors été prise : plus aucun groupe de sauvetage n’irait rechercher les pilotes disparus sous la brume. C’était une dépense inutile d’énergie et de moyens pour un trop maigre résultat. Les pilotes furent formés à affronter des méduses, et la taille des escadrons fut réduite à huit, un pilote étant désormais assigné à une zone particulière. Chaque patrouilleur connaissait les risques que son travail impliquait. Certains préféraient alors se contenter des patrouilles calmes dans les territoires du sud, où il y avait moins de brume et où les attaques de méduses étaient plus faciles à prévoir.
Rares étaient les pilotes qui souhaitaient patrouiller au nord, et la plupart y étaient uniquement par contrainte. C’était le cas de Charlie. Assignée depuis deux ans et demi à la patrouille du nord, elle avait d’abord eu des craintes. Puis celles-ci s’étaient estompées et elle avait même pris goût à ce travail dangereux. Les gens à qui elle en parlait la prenaient souvent pour une femme cinglée. Peu d’entre eux étaient admiratifs. Pourtant, quand elle marchait dans la rue, elle voyait bon nombre d’enfants jouer au pilote et s’imaginer qu’ils se battaient contre d’affreuses méduses mangeuses d’hommes.
Si bon nombre d’enfants, et surtout les petits garçons, étaient passionnés par les vaisseaux, peu d’entre eux se décideraient un jour à pousser les portes de l’école de pilotage. Les parents leur avaient appris à avoir peur des méduses, quand la plupart des gosses n’avaient qu’une idée en tête : en voir une de leur propres yeux et en sortir vivant.
Charlie décourageait souvent les enfants à n’avoir que ce but-là en tête, car malgré ce qui pouvait se raconter en ville, on ne voyait pas tant de méduses que ça, au nord. Au contraire, même si elles étaient présentes sur l’écran radar, elles restaient cachées derrière les bâtiments ou sous la brume, et ne pointaient pas le bout de leur nez.
Cette journée-là était une de ces journées calmes et sans problème, que Charlie appréciait tout particulièrement. Sa radio était muette, il n’y avait pas l’ombre d’une méduse à l’horizon, et elle volait suffisamment haut pour éviter toute chute inopinée de murs d’immeuble. Lors de ses premières patrouilles, elle volait le plus haut possible, puis elle avait pris des risques et avait dû éviter à plusieurs reprises des chutes de pierres et de béton.
En deux ans et demi, elle avait appris à zigzaguer entre les immeubles les yeux fermés. Elle connaissait cette zone par cœur, à tel point qu’elle avait refusé plusieurs mutations à l’est, à la grande surprise de ses supérieurs et de ses collègues, se sentant à l’aise entre les antiques constructions. Aujourd’hui, rares étaient les patrouilleurs vraiment heureux de travailler au nord, mais Charlie appréciait.
Elle n’avait eu à se battre contre une méduse que trois fois. La dernière en date remontait à trois mois, et elle avait bien failli ne pas revenir à la base. La méduse l’avait attaquée par derrière et l’avait prise en chasse à travers la Vieille Ville. Charlie avait réussi à la semer de justesse et manquer de foncer dans un bâtiment. Elle avait dévié la trajectoire de son vaisseau à quelques mètres à peine de la façade d’un immeuble. Derrière elle, la méduse s’était écrasée contre le mur, provoquant l’effondrement de la ruine. Charlie l’avait vue tomber et disparaître, entrainant la méduse dans la brume.
Mais aujourd’hui, tout semblait plus calme. Les méduses se tenaient à bonne distance de son vaisseau.

Ellipse ( ou grouffre temporel intersidéral ) : Charlie s'est écrasée sous la brume et a découvert un monde en dessous.

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— Comment ça, il fallait que je m’écrase ? murmura Charlie en se tournant lentement vers Ian. Qu’est-ce que ça veut dire ?
Il garda les yeux fixés sur l’appareil en contre-bas, autour duquel s’affairaient trois techniciens. Puis il baissa les yeux et répondit simplement :
— La méduse.
— Quoi, la méduse ? Quelle méduse ? En quoi une méduse a quelque chose à voir avec moi ?
— Il fallait que tu t’écrases.
Charlie reporta son attention sur son appareil en pleine rénovation, tentant d’assembler tous les éléments dans sa tête. La méduse, son appareil, elle … Rien n’avait de sens. Pourquoi fallait-il qu’elle … s’écrase ? D’ordinaire, si les méduses s’approchaient trop près des vaisseaux, les conducteurs devaient les repousser, et en cas de force majeure, les tuer. Mais la méduse ne l’avait pas attaquée.
— C’est à cause de la méduse que je me suis écrasée ! murmura-t-elle. La méduse m’a attirée ici. C’est pour ça que je me suis écrasée. Ça n’arrive jamais, c’est impossible de s’écraser …
— Tu commences à comprendre, la félicita Ian.
— Mais … pourquoi moi ?
Il mit ses mains dans ses poches et se tourna vers elle en s’appuyant contre la vitre, un sourire étrange sur les lèvres. Il inspira profondément et répondit très vaguement :
— Oh, toi ou un autre …
— Comment ça, moi ou un autre ? Je ne comprends rien du tout.
— Tu n’as aucune espèce d’importance, expliqua-t-il. Toi ou un autre, ce n’était pas important. Il nous fallait juste quelqu’un de là-haut.
Charlie passa sa main dans ses cheveux et ramena quelques mèches brunes derrière ses oreilles. Le puzzle commençait à s’assembler. C’était comme utiliser une formule mathématique sans comprendre pourquoi. La méduse l’avait forcée à s’écraser, mais n’importe quel vaisseau qui serait passé à côté d’elle aurait subi le même sort. Ian venait de le lui dire, elle n’était pas importante. Elle, Charlie, ne comptait pas. La méduse ne la voulait pas elle, elle voulait quelqu’un qui venait de là-haut. Et les seules personnes qu’elle pouvait ramenées au monde d’en bas, c’était un pilote.
— Vous avez besoin de quoi ? demanda-t-elle.
— Tu ne te demandes pas pourquoi on répare ton vaisseau ?
Charlie s’arrêta net. Cette question ne lui était même pas venue à l’esprit. Mais elle n’avait pas envie de demander, elle voulait trouver par elle-même. Ils avaient besoin de quelqu’un d’en-haut, et la méduse leur avait apporté un pilote. Et maintenant, ils réparaient son vaisseau. S’ils avaient eu l’intention de la renvoyer là-haut avec, la faire s’écraser n’aurait servi à rien. Son vaisseau ne lui était donc pas destiné. Il était pour eux. Ils allaient s’en servir.
— Qu’est-ce que vous allez faire avec mon vaisseau ?
— Bien, on avance ! triompha Ian.
Il montra le vaisseau du doigt et précisa :
— En fait, ce n’est pas ton vaisseau. Le tien a été réparé il y a des semaines. Celui-ci est une copie. Une copie parfaite.
— Vous avez l’intention d’en créer combien ?
— Un certain nombre, sourit-il, fasciné par les gerbes d’étincelles qui provenaient du chantier.
Charlie s’approcha, les yeux braqués sur lui, les dents serrées, et demanda froidement :
— Pour faire quoi ?
Il baissa les yeux vers elle et lança :
— Pour l’instant rien du tout. Tant qu’on ne sait pas les piloter, nous ne pouvons rien faire.
Elle recula immédiatement. Elle avait compris. Elle pointa un doigt menaçant vers lui et grinça avant de quitter la pièce :
— C’est hors de question, ne compte pas sur moi.
Un technicien aux cheveux longs la croisa dans le couloir, et tenta de l’arrêter, mais Ian lui fit signe de la laisser partir.
— Elle a compris, expliqua-t-il.
— Et elle va nous aider ? demanda l’homme en blouse bleue.
— Pas pour l’instant. Mais j’arriverais à la convaincre.


L’air était glacial, dehors. Comme d’habitude, songea Charlie, avant de se maudire. L’habitude ? Voilà qu’elle parlait comme si elle avait toujours vécu ici. Après tout, elle n’était arrivée ici que depuis six semaines seulement, mais elle avait l’impression d’être tombée ici depuis des années. Elle remonta rageusement la fermeture Eclair de son blouson et fourra violemment ses mains dans ses poches.
Elle avait de la neige jusqu’aux genoux, et ses bottes qui montaient jusqu’au milieu de ses mollets ne protégeaient pas son jean de l’eau qui l’imprégnait petit à petit. Malgré les mouvements peu gracieux qu’elle devait faire pour pouvoir avancer, elle tentait de marcher le plus rapidement possible. Elle avait l’impression d’être un flamand rose qui aurait de l’eau jusqu’au milieu des pattes. Elle trouva la situation assez ironique, puisque les flamands roses devaient avoir depuis longtemps disparu de la surface de la Terre. Tout du moins, de la Terre d’en bas. Car chez elle, ils pullulaient autour des étangs comme des moustiques dans de l’eau croupie.
Malgré son allure d’oiseau maladroit, elle s’éloignait lentement mais sûrement du bâtiment où étaient stockés elle ne savait combien de vaisseaux, copies conformes du sien. Ian semblait fasciné par son vaisseau et les possibilités qu’il offrait, mais il ignorait que là-haut, son vaisseau était considéré comme une relique bonne à être, au mieux, exposée dans un musée, ou au pire, à être tout simplement détruite et remplacée par un appareil dernier cri. Mais Ian semblait croire que son vaisseau était le meilleur qu’il puisse trouver.
Charlie eut soudain envie d’éclater de rire. Ils avaient forcé un vaisseau à s’écraser, et il avait fallu qu’ils tombent sur le vaisseau le plus pourri de toute l’unité des patrouilleurs. S’ils cherchaient à monter une armée de vaisseaux sur le modèle du sien, ils n’auraient aucune chance face des appareils plus perfectionnés. Elle subissait suffisamment de railleries chaque jour pour le savoir. L’armée d’en bas se ferait mettre en pièces en quelques minutes par l’armée d’en haut.
Et le plus étrange dans tout cela, c’était qu’elle n’en avait absolument rien à faire. Elle se fichait éperdument de qui remporterait une hypothétique victoire, et elle se fichait encore plus du modèle de vaisseau avec lequel les gagnants vaincraient. La seule chose qui lui importait à cet instant était la même que celle qui lui traversait l’esprit chaque jour depuis six semaines : partir.
Elle donna un violent coup de pied dans la neige devant elle, qui vola et retomba en une pluie de flocons blancs. Elle avait envie de pleurer, de taper contre quelque chose, elle avait envie de hurler, de se laisser tomber dans la neige et de se laisser mourir congelée là où personne ne la retrouverait jamais. Elle sortit les mains de ses poches et fit une boule de neige, qu’elle envoya le plus loin possible. Ses doigts nus rougirent tandis que quelques flocons fondaient sur ses mains.
Elle continua à avancer, son jean complètement trempé, frissonnante, avec la seule envie de fuir le plus loin possible. La neige était plus lourde à mesure qu’elle s’éloignait de la cité, et elle failli plusieurs fois se prendre les pieds dans des racines cachées par l’épaisse couche d’eau solide qui les recouvrait. Les bruits de la cité s’estompaient, et elle n’entendait plus que le bruit étouffé de ses pas et de la neige qui crissaient sous ses bottes.
Charlie ne savait pas vraiment combien de temps elle avait marché, ni où elle était allée. Elle ne pensait pas avoir marché parfaitement droit, et supposait qu’elle était plus proche de la cité qu’elle ne le pensait. Ian lui avait fait visiter les alentours de la cité, mais elle ne se souvenait d’aucun endroit tel que celui-ci. Ici, la neige était vierge, et il semblait qu’aucune forme de vie ne soit venue y faire d’empreintes avant elle. Elle se retrouva finalement coincée et forcée de s’arrêter.
Depuis six semaines, où qu’elle aille avec Ian, elle s’était toujours heurtée à une montagne lorsqu’elle avait cherché un moyen de remonter là-haut. Elle avait d’ailleurs toujours pensé qu’elle était arrivée le plus bas possible. Elle se demanda soudainement pourquoi elle s’étonnait de ce qu’elle voyait. On lui avait toujours répété qu’il n’y avait rien sous les nuages et que son vaisseau était une antiquité. Et aujourd’hui, elle vivait en bas et Ian montait une armée avec des répliques de son vaisseau, alors pourquoi s’étonnerait-elle de se trouver en haut d’une falaise qui plongeait dans une masse de nuages grisâtres ?
Elle se demanda si, sous ses pieds, à des dizaines de kilomètres en contre-bas, il y avait aussi des gens qui vivaient, des gens qui montaient une armée pour venir combattre les gens d’ici. Tout cela était tellement …
— Stupide ! termina-t-elle à voix haute. C’est vraiment trop …
Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase. Un bruit de plus en plus fort avait attiré son attention. Elle tourna sur elle-même pour déterminer son origine, mais elle comprit rapidement qu’il ne venait pas d’au-dessus.
Gigantesque, elle perça les nuages. Agile, légère et gracieuse, elle volait au-dessus de sa tête. La méduse était énorme. Son ombrelle ondulait et ses tentacules s’écartaient et se rapprochaient les unes des autres dans un mouvement fluide. A sa suite, trois petites méduses plus claires tournoyaient dans les airs et la suivirent, toujours plus haut, jusqu’à ce qu’elles transpercent la couche de nuage et que Charlie les perde de vue.
A la fois fascinée et abasourdie par le spectacle, Charlie resta plusieurs minutes les yeux rivés vers la couche de nuage, là où les méduses venaient de disparaître. Là-haut, il y avait peut-être les plus beaux flamands roses de tout l’univers, mais il n’y avait pas le ballet des méduses. Charlie repéra un arbre à une centaine de mètres d’elle. Elle dégagea la base de son tronc et s’y adossa. Complètement subjuguée par les tentacules qui dépassaient des nuages en contre-bas, elle ramena ses genoux contre son torse et posa sa tête sur ses bras.
Elle se rappela qu’elle faisait souvent ça, quand elle était petite. Elle passait par-dessus le portail du jardin et courait jusqu’au bord du monde, où elle escaladait le grillage et s’asseyait ensuite contre les arbres. Elle regardait toujours en bas, car elle savait que son père y était, dans son vaisseau, et qu’il protégeait leur monde des méchantes méduses. Charlie se demanda soudainement s’il savait pour le monde d’en bas. Elle se demanda si quelqu’un, n’importe qui, avait un jour su pour le monde d’en bas.
Quelqu’un avait forcément su. Depuis plus de soixante ans que le monde d’en haut avait décrété qu’il n’y avait plus rien en bas, quelqu’un avait forcément été vérifié un jour ou l’autre. Il n’en était pas possible autrement. Charlie songea aux patrouilleurs disparus dans les griffes des nuages. L’un d’eux avait peut-être survécu et vivait toujours ici.
Une explosion interrompit ses réflexions. Elle leva les yeux vers le ciel. Une petite méduse traversa la couche de nuages à une vitesse vertigineuse, se rapprochant dangereusement du sol, son ombrelle ondulant mollement. Ses tentacules inertes suivaient le mouvement. La petite chose vint s’écraser au bord de la falaise dans un fracas métallique, avant de basculer dans le gouffre, entraînée par le poids des tentacules qui pendaient dans le vide. Charlie se leva rapidement et leva des yeux inquiets vers le ciel.
Des patrouilleurs étaient juste au-dessus de sa tête, et ils ignoraient totalement qu’elle était là. Elle aurait voulu leur faire un signe pour indiquer sa présence, mais elle ne parvenait pas à remettre ses idées en place. La seule image qu’elle avait en tête était celle du corps sans vie de la petite méduse disparaissant dans les nuages. Elle se retourna et frappa l’arbre du poing en hurlant :
— Je vous déteste ! Je vous déteste tous !
Et c’était le cas.
Elle détestait les dirigeants de son monde pour lui avoir menti toute sa vie. Pour avoir menti à tout le monde. Elle détestait Ian pour l’avoir manipulée tel qu’il l’avait fait. Elle se détestait elle-même pour avoir le sort de deux mondes entre les mains mais ne penser qu’à une pauvre petite méduse carbonisée. Elle se laissa glisser le long de son arbre, épuisée autant par la marche qu’elle venait de faire que par ce qu’elle venait d’apprendre. Elle entoura le tronc de ses bras et pleura en silence, ignorant qu’à une dizaine de kilomètres de là, Ian allait tenter de faire voler un vaisseau.


La fumée qui s’élevait du moteur du vaisseau était plutôt mauvais signe. Ian sortit précipitamment de la cabine de pilotage et s’éloigna en titubant. En haut, dans le bureau derrière la vitre, un homme lui fit un signe de la main. En retour, Ian leva les pouces en l’air. Mais, bien au contraire, rien n’allait. Les pièces métalliques qui tombaient de la carlingue en étaient la preuve.
Les boulons roulèrent tout autour de l’appareil tandis qu’un technicien armé de clefs à molette s’affairait dans le cœur du moteur pour trouver d’où venait la fumée. Ian se laissa tomber par terre et soupira. Il rejeta la tête en arrière et hurla à l’attention du technicien:
— Va me chercher Charlie !
Il s’arrêta un instant de fouiller dans le moteur et le regarda en clignant lentement des yeux. Puis il inspira profondément avant de déclarer froidement :
— Je ne suis pas sous tes ordres, Ian. Démerde-toi tout seul.
Celui-ci se leva furieusement en maudissant la Terre toute entière, et sortit du hangar tandis que le technicien stoppait enfin l’émission de fumée. Au bout d’une heure, il retrouva Ian, calmé, qui en revanche, n’avait pas trouvé Charlie. Le technicien lui suggéra de signaler sa disparition, ce qu’il fit aussitôt. Personne n’avait envie d’avoir une femme d’en haut qui se baladait librement en ville, et plusieurs policiers se mirent immédiatement à la rechercher.
Ian se remit à râler lorsque la nuit tomba et que Charlie n’avait pas réapparut. Une patrouille de police se décida finalement à envoyer deux motoneiges à sa recherche. Ian insista pour participer aux recherches, mais on l’écarta de l’expédition. Il finit, à force de persuasion, par emprunter une motoneige. Le moteur vrombit et la moto laissa derrière elle une trace sombre dans la neige.
L’air déjà glacial était encore plus froid et mordait la peau malgré la couche de vêtements que Ian avait sur lui. Il s’éloignait peu à peu de la ville et l’obscurité grandissait autour de lui. Il remarqua qu’il allait bientôt arrivé à la limite du monde. Il ralentit un peu et s’apprêtait à faire demi-tour lorsqu’il la vit dans la lumière des phares.
Elle était immobile, roulée en boule au pied d’un arbre recouvert par la neige. Il stoppa la moto à quelques mètres et courut vers elle en hurlant son nom. Mais elle ne réagissait pas, pas plus que quand il s’agenouilla à côté d’elle et la secouant. Il la prit par les épaules et lui hurla dans les oreilles, sans vraiment savoir ni ce qu’il disait ni pourquoi il le disait.
Charlie finit par ouvrir un œil, faiblement, et fit mine de vouloir poser sa main sur son épaule, mais en profita pour le gifler aussi fort que le peu de forces qu’il lui restait lui permettait. Il passa un bras autour de sa taille et l’aida à marcher jusqu’à la moto.


Une odeur de café la réveilla. Elle ouvrit les yeux et remonta la couverture sur son menton. Elle enfonça sa tête dans l’oreiller et referma les yeux. Elle savait où elle était, elle savait comment elle y était arrivée. Mais elle n’était pas sûre d’être vraiment contente d’être là. Car, au fond, peut-être aurait-elle préféré mourir de froid sous son arbre en regardant le ballet des méduses.
Ian toqua à la porte et passa sa tête dans la chambre. Charlie ouvrit un œil et lui tourna le dos, s’emmitouflant dans la couverture. Il approcha une chaise du lit et posa une tasse de café sur la table de chevet.
— Tu me fais la gueule ?
— Pourquoi tu me poses la question ? grogna-t-elle.
— Pourquoi tu es partie ?
— J’en sais rien …
Il lui proposa le café, qu’elle refusa en donna un coup de pied dans le vide. Ian posa une main sur son épaule et elle se dégagea rapidement en le menaçant :
— Si tu me touches, je te tue.
— Ne fais pas ta mauvaise tête, Charlie, je suis quand même venu te chercher. Tu aurais préféré que je te laisse mourir au pied de ton pauvre arbre mort ?
Elle tourna la tête vers lui, ses yeux lançant des éclairs, et elle répondit, les dents serrées :
— Oui, la prochaine fois, tu serais sympa de me laisser crever au pied d’un pauvre arbre mort.
Il soupira en levant les yeux au ciel. Il but lui-même la tasse de café et sortit de la chambre. Charlie passa les trois quarts de sa journée roulée en boule sous l’épaisse couette du lit de Ian, et celui-ci passa ses propres trois quarts de journée à chercher comment faire voler la copie du vaisseau de Charlie. Le technicien ne parla que vaguement de Charlie, et devant l’air passablement énervé de Ian, il n’insista pas.
Ils travaillèrent toute la journée sur le vaisseau sans prendre le temps de manger. Quand Ian rentra chez lui, il n’avait fait aucun progrès dans le pilotage du vaisseau, et il semblait que chaque tentative détruisait un peu plus l’appareil à chaque fois. Il n’avait pas avancé, et en ce qui le concernait, il considérait même avoir plus reculé qu’autre chose. Une chose était certaine : il allait devoir convaincre Charlie de lui apprendre à piloter. Et si elle refusait, il allait devoir demander à une méduse de lui ramener un autre pilote.
Quand il ouvrit la porte de son appartement, il remarqua que rien n’avait bougé. Il en conclut que Charlie n’avait pas bougé de la chambre, ce dont il eut la confirmation en y jetant un coup d’œil. Elle était couchée dos à lui, une main sous l’oreiller, et respirait calmement. Instinctivement, il sut qu’elle ne dormait pas. Il vint s’assoir sur le matelas et la secoua doucement. Elle se retourna violemment en projetant son poing dans l’air. Il l’évite de justesse avant de demander :
— Tu comptes me faire la gueule combien de temps ?
— Le temps qu’il faudra.
— Super ! s’exclama-t-il ironiquement en posant ses mains sur ses cuisses.
Ian se leva et s’apprêtait à sortir de la pièce quand Charlie murmura :
— J’ai repensé à ce que tu m’as dit hier.
— Qu’est-ce que je t’ai dit, hier ?
— Que je n’ai pas d’importance.
Il se retourna vers elle et vit qu’elle le regardait désormais.
— Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire.
— Je sais ce que tu as voulu dire, l’interrompit-elle. C’est mon choix qui est important. Tu ne peux pas me demander de prendre une décision aussi importante en quelques minutes. Si je refuse de t’apprendre à piloter, tu vas probablement aller chercher quelqu’un d’autre. Et si j’accepte, tu vas monter une armée et aller faire je ne sais quoi là-haut.
Il croisa les bras et s’adossa à la porte.
— Pour l’instant, on n’a pas encore vraiment réfléchit à ce qu’on allait faire là-haut. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne pourra rien faire si on ne peut même pas monter.
Elle reposa sa tête sur l’oreiller et regarda le plafond.
— Pourquoi t’es venu me chercher ? Tu aurais pu me laisser mourir là-bas. C’est moi, que tu es venu chercher, ou un pilote ?
Il haussa les épaules et répondit :
— Franchement ? Je ne sais même pas.
Elle se tourna complètement vers lui et le fixa.
— Laisse-moi réfléchir un peu à propos du pilotage.
Il se gratta la tête avant de lancer en sortant de la chambre :
— Prends ton temps. De toute façon, j’ai l’impression que mon technicien détruit plus les machines qu’il ne les répare. Au rythme où ça va …
Elle l’entendit s’affairer dans la cuisine et se décida à se lever. Elle remarqua un jean posé sur le bout du lit. Elle l’enfila rapidement avant de rejoindre Ian dans la cuisine.
— Tu as faim ? demanda-t-il.
— Arrête d’être gentil avec moi. Je sais pourquoi tu fais tout ça, et le fait d’être gentil avec moi ne m’aidera pas à prendre une décision plus vite. Je ne cherche pas à aider le plus gentil, je veux m’opposer au plus méchant.
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Message par Chickon » 20 déc. 2013, 16:32

Alors comme promis mais avec un jour de retard (hier j'étais au sport), voilà ma critique, aussi constructive puisse-t'elle l'être, de tes textes ...
Ce n'est pas une surprise, je t'ai déjà dit : j'apprécie ce que tu écris, l'idée est vraiment cool et ta manière de dévoiler les choses est prenante. C'est beau, et les méduses : une idée fantastique ! C'est beau, c'est intimidant, c'est l'image de la perception.
Sur le fond : tout va bien ! Sur la forme 2/3 petits détails (c'est toi qui a voulu).

"Des capitaines de transporteurs, c’est bien, mais les patrouilleurs étaient" : le changement de temps au coeur de ta phrase sonne pas très bien.

Des fois tu fais des répétitions : Dans le texte 1 tu utilises "c'était" plusieurs fois sur un laps de temps très court. Dans le texte 2 c'est "de la cité" que tu utilises 2 fois et je trouve que ça fait "lourd".
"Elle ne pensait pas avoir marché parfaitement droit, et supposait qu’elle était plus proche de la cité qu’elle ne le pensait. Ian lui avait fait visiter les alentours de la cité, mais elle ne se souvenait d’aucun endroit tel que celui-ci."

Enfin pour le texte 1 : petites erreurs d'étourderies avec "et Harling se demandant"  au lieu de se demandait et "celui si".

A QUAND LA SUITE ?? Et le milieu :)
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Message par Kasseul » 20 déc. 2013, 16:42

Merci, ça me fait plaisir que tu aies pris quelques minutes pour lire ce que j'ai écris !

Non ... Attends ... J'ai pas écrit " celui si ", rassure-moi ! Ok, je vais aller me pendre, adieu.
Merci pour tes corrections ! Je corrigerais ça pendant mes vacances, et je compte bien me mettre à écrire la suite, peut-être demain dans le train ! Au niveau du changement de temps, ce n'était absolument pas voulu. Comme il fallait que j'écrive vite ( et beaucoup par jour ), j'ai décidé de faire un changement de temps et passé du présent au passé, et visiblement, un verbe m'a échappé ( petit coquin, t'as pas échappé à Chickon, en tout cas, na ! ). Quand au " de la cité " ... p*tain, faut que je trouve un nom à cette ville ! xD

" C'est beau, c'est intimidant, c'est l'image de la perception. " > Euh ... C'est-à-dire ?
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Message par Chickon » 20 déc. 2013, 21:45

En fait, à travers une méduse tu vois différemment. Tu sais Méduse qui est une gorgone, qui pétrifie quand on la regarde. C'est un peu ça qui est sympa comme symbolique et tu utilises ça dans la 2e partie, lorsque Charlie "voit" ce qui se passe en haut avec comme "filtre" la petite méduse. Bref, je ne sais pas si tu l'as fait exprès mais en tant que personne qui aime les explications de texte littéraire, voilà ce que j'aurais mis dans une potentielle explication sur la place de la méduse. Ton "ballet des méduses" j'ai trouvé l'expression très juste ! C'est beau, ça ressemble à un tutu. Tu as mis des justes mots sur une image.
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Message par Kasseul » 20 déc. 2013, 21:58

Oh. Mon. Dieu. En fait, avoue ... t'es prof de français. Oui, merci, je connais Méduse ! Et ben non, c'était absolument pas fait exprès, mais merci de ta remarque ! Je fais souvent ce genre de choses ( mettre des images partout alors que je ne fais qu'écrire ce qui me passe par la tête ) donc si tu revois des trucs de ce genre dans mes textes, n'hésite pas en m'en faire part !

Edit : purée, je fais des fautes, dans mes textes, ça me brûle les yeux ...
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Message par Chickon » 20 déc. 2013, 22:10

Pas de soucis et non je ne suis pas prof de français (mais j'en suit entourée) et j'ai une formation littéraire alors je crois que je suis "formatée".
Je t'en ferais part mais j'ai toujours peur de voir "trop" de choses.
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Message par Kasseul » 20 déc. 2013, 22:25

Ben dis-moi quand même, je veux pas mettre des messages " cachés " dans mes textes qui pourraient aller à l'encontre de ce que j'avais envie de dire à la base.
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