Utopia - Ahmed Khaled Towfik

Récit de fiction peignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur, au contraire de l'utopie !
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Anaterya
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Message par Anaterya » 26 avr. 2015, 21:49

Utopia de Ahmed Khaled Towfik

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Résumé :
  • Dans un monde arabe en ébullition, Utopia est un cri d’alarme sur les clivages sociaux et la disparition des couches moyennes en Égypte.

    Le Caire, 2023. À l’abri de hauts murs barbelés, la jeunesse oisive de la colonie d’Utopia s’ennuie. Seule la « Chasse » procure le grand frisson et a valeur de rite initiatique. Le but : s’introduire dans les bidonvilles du Caire, tuer un pauvre et ramener un trophée. Un jeune homme et sa petite amie ont décidé de goûter à la poussée d’adrénaline. Mais leur immersion dans les bas-fonds du Caire, véritable cour des miracles post-apocalyptique, se révèle plus dangereuse que prévu. Démasqués, traqués par une population haineuse, ils vont à leur tour devenir la proie des chasseurs. Parviendront-ils à sauver leur peau ?


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Anaterya
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Message par Anaterya » 31 mai 2015, 15:56

J'avais découvert ce roman totalement par hasard sur Livraddict en explorant la bibliomania, et j'ai été immédiatement conquise par l'idée d'une dystopie égyptienne.

Dans un futur proche, le monde a été bouleversé par l'invention et la commercialisation d'une source d'énergie qui a remplacé le pétrole : le pyrol. Conséquences : les pays de la péninsule arabe ont perdu leur source de revenus et leur importance stratégique, les États-Unis ont retiré leurs pions de la région, les sociétés ont cédé sous les pressions internes, et les très riches se sont réfugiés dans des enclaves protégées par des mercenaires, laissant le reste des populations dans la misère. En Égypte, les riches ont créé et investi Utopia, située sur la côte, apparemment à proximité d'Alexandrie, et utilisent une main d'œuvre venue du Caire, qui doit chaque jour faire la navette entre les deux.

C'est dans cette société que nous suivons un des enfants d'Utopia, 16 ans, totalement blasé parce qu'il a accès à tout, qui se drogue presque plus par habitude qu'autre chose, puisque ce n'est pas plus interdit que le reste, qui couche avec toutes les filles de la colonie, qui les met enceinte et demande à sa mère l'argent pour payer les avortements. Sa seule « déviance » est son intérêt pour les livres, qui ont presque disparu, noyés par l'indifférence générale à leur égard. Il prend beaucoup de recul par rapport à la société dans laquelle il vit, mais ce cynisme ne le pousse pas à chercher à changer les choses : au contraire, il se vautre dans la drogue, le sexe et l'indifférence ; l'ennui, tout simplement. Et pour y remédier, pour imiter ses amis, il veut se lancer dans la chasse : se rendre au Caire incognito, agresser un de ses habitants (un Autre), appeler les mercenaires à la rescousse pour être exfiltré, puis s'amuser avec sa proie dans le désert, la tuer et récupérer une partie de son corps comme trophée à exhiber devant les amis.

En face de ce chasseur, le livre donne aussi la parole à l'une de ses proies potentielles, un habitant du Caire d'environ 40 ans, qui a connu le monde d'avant, qui l'a vu sombrer, qui survit dans la misère en protégeant sa sœur de la prostitution. Il représente le destin d'une grande partie de la jeunesse égyptienne au moment de la création du pyrol : éduqué mais chômeur, incapable de gagner sa vie et donc d'avoir son logement et de se marier, coincé par une société sclérosée qui ne lui offre aucun espoir.

Ces deux hommes sont utilisés comme des archétypes qui permettent d'exprimer les points de vue des différentes composantes de la société égyptienne, sans jugement de valeur de la part de l'auteur : le mépris du riche pour le pauvre incapable de saisir l'occasion quand elle se présente pour se sortir de sa misère, qui est donc méritée ; l'impossibilité pour le pauvre de voir le moment précis où sa vie bascule, car c'est la plupart du temps un phénomène progressif ; de chaque côté, le sentiment de supériorité sur l'autre, qui permet de justifier sa propre situation, de se considérer comme humain face à l'autre qui n'est qu'animal ou cruauté. Cette présentation de ma part est peut-être assez manichéenne, mais le texte présente des variations qui viennent nuancer ce résumé succinct.

L'auteur profite de son texte pour critiquer la société égyptienne actuelle : les inégalités sociales, les perspectives d'avenir bouchées pour la jeunesse, particulièrement la jeunesse éduquée, les tabous autour de la sexualité, l'hypocrisie religieuse, l'interventionnisme étatsunien. Sachant que le livre a été écrit en 2009, avant la révolution et la chute de Moubarak, son propos n'en est que plus fort car il révèle les tensions de la société égyptienne, les risques qui la menacent... Je me demande d'ailleurs ce qu'il pense de la situation actuelle dans son pays.

En définitive, je suis vraiment ravie d'avoir découvert ce livre et cet auteur, qui est le premier Égyptien à écrire de la science-fiction, de l'horreur et des thrillers médicaux.
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Valentia
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Message par Valentia » 31 mai 2015, 19:11

De manière générale, je ne suis pas forcément amatrice de dystopie, mais je dois dire que celle-ci me donne envie ! Je n'en avais jamais entendu parler, mais le concept me paraît assez original et surtout très intéressant, et ta critique ne fait que renforcer cette impression..

Hop, dans ma wishlist ! :happy:
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