L'Amant de Lady Chatterley - D. H. Lawrence

Parce qu'il est impossible de citer tous les genres littéraires (ou tout simplement de catégoriser un livre), ici se trouvent les livres n'ayant pas trouvé leur place ailleurs.
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Message par Invité » 01 mars 2015, 18:01

L'Amant de Lady Chatterley de D. H. Lawrence

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Résumé :
  • Epouse frustrée d'un mari infirme, Constance Chatterley vit avec son garde-chasse une passion où le désir physique est indissociable de la complicité spirituelle. Bravant les interdits de leur milieu, les deux amants iront jusqu'au bout de leur défi et donneront naissance à un fils.
    Objet de scandale à sa parution en 1928, ce roman est pourtant bien davantage qu'un "classique de l'érotisme" : "J'ai toujours œuvré, écrivit D.H. Lawrence, pour que la sexualité soit vécue de façon authentique et sacrée, et non pas de manière honteuse. Et c'est dans ce roman que je suis allé le plus loin. Il est pour moi beau, tendre et fragile comme ce qui est nu."

Éditeur : Le Livre de Poche
Date de sortie : 1928
Disponible en format Poche : Oui


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Message par Invité » 01 mars 2015, 18:01

Je vais tenter d'être plus concise que sur mon blog, mais ce n'est pas gagné. ^^'

Que les choses soient claires dès le départ, je n'ai pas aimé cette lecture. Il y a certes des éléments qui ont un potentiel intéressant, mais le reste du roman est un formidable gâchis.

L'histoire est celle de Constance Reid, devenue Lady Chatterley est épousant Clifford. Ce dernier est revenu paraplégique de la guerre et ne peut pas contenter sexuellement sa femme. De toute manière, cet homme croit davantage en la communion spirituelle qu'en l'union corporelle. Ainsi, même avant sa paralysie, il n'était pas friand de rapports de chair.
Cependant, Constance dépérit. Elle eut bien un amant, Michaelis, mais ce dernier ne pouvait réellement la contenter. Jusqu'au jour où la jeune femme tombe sur le garde-chasse du bois de la propriété : Oliver Mellors. Les deux êtres vont s'apprivoiser puis devenir amants.

Commençons par les points positifs. Il y a une opposition intéressante sur plusieurs éléments entre Clifford et Mellors. L'un est aristocrate, l'autre vient de la classe ouvrière. L'un parle dans un anglais soutenu, l'autre se complaît à parler le patois. L'un est paralysé et se sert de machines pour faciliter sa vie, l'autre vit au cœur de la nature. L'un ne jure que par l'industrialisation et le capitalisme, l'autre voit d'un mauvais œil cette croissance économique qui ronge le monde. L'un est impuissant et enferme sa femme dans une prison dorée, l'autre éveille cette même femme aux plaisirs de la chair et lui fait découvrir une nouvelle forme d'amour.
Bref, Constance doit choisir entre ces deux hommes et bien entendu, elle tombe dans les bras du garde-chasse. Il y a tout un parallèle avec les saisons, la jeune femme dépérissant durant l'hiver alors qu'elle renaît au printemps lorsqu'elle commence sa relation avec son amant un peu sauvage.

Le problème est qu'il est difficile de croire à cet amour naissant. Connie est, en quelque sorte, sujette à des sautes-d'humeur. Il y a un chapitre où elle a un rapport avec Mellors, elle pense qu'elle déteste sa façon de lui faire l'amour, qu'elle déteste sa façon de parler, elle lui dit même qu'elle voudrait l'aimer, mais qu'elle ne le peut pas. Puis, le garde-chasse se lève, elle s'écrie qu'elle ne veut pas qu'il parte, il finit par l'étreindre et là magie ! Ils refont l'amour et c'est génial. Connie crie qu'elle l'aime, qu'elle n'a jamais connu cela, que c'est si bon, etc. Honnêtement, c'est à se demander s'il ne manque pas du texte entre les deux scènes.
Mellors n'est pas mieux. Il explique son passé amoureux à Constance, et si l'on passe sur ses réflexions racistes et homophobes, on retient qu'il est d'accord pour dire que l'amour ça se fait à deux, mais il se plaindra si la femme ne jouit pas en même temps que lui et si elle refuse de se faire prendre quand il en a envie.
Du côté de Clifford, si ce dernier ne peut pas vraiment parler de la chose, ses amis le font pour lui. Une femme, c'est comme un bagage, Constance assiste souvent à leur petite discussion, mais si elle intervient, ils la foudroient du regard, car elle aurait dû faire semblant de suivre la conversation et se taire. En résumé, quel que soit le aprpt, une femme, c'est bien quand c'est une plante verte qui se laisse faire. À partir du moment où elle parle de ses propres désirs, cela devient gênant.

En dehors des scènes érotiques, le roman évoque surtout de la sociologie. Les personnages partent dans de longs monologues sur leur rang social, et les dialogues censés apporter du dynamisme au récit sont du même acabit. On nous rabâche sans cesse les pensées sociologiques de chacun, si cela pouvait avoir un aspect intéressant les premières fois, cela devient insupportable lorsqu'on lit pour la dixième fois que Clifford considère les ouvriers comme du bétail ou que Mellors relance un monologue anticapitaliste.
C'est cela qui ternit les bonnes idées du récit. Les répétitions. Le lecteur a donc l'impression de lire et relire les mêmes choses et cela vaut également pour les scènes de sexe. Par ailleurs, l'auteur aurait dû réaliser qu'aligner des vulgarités comme "con" ou "baiser" n'est pas gage d'excitation. Tout comme le fait qu'un rapport ne se limite pas à une pénétration en missionnaire.

Ces redondances se ressentent d'autant plus que le style de l'auteur n'est pas vraiment engageant. De nombreux adjectifs ou adverbes sont répétés, donnant l'impression d'un manque de vocabulaire ou d'imagination, et la narration est quelque fois chaotique. On se demande qui parle, qui pense, donc on retourne en arrière pour s'assurer de ne rien avoir manqué, et on tourne en rond.

Bref, cette lecture fut éprouvante et honnêtement, si ce roman n'avait pas été censuré, je me demande s'il aurait eu le même succès.
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olothiel
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Message par olothiel » 01 mars 2015, 19:22

J'avais lu que des critiques positives sur ce livre qui m'avais presque donné envie de le lire mais je vois avec ton avis que ce potentiel de base fut visiblement plus ce que gâché! Du coup je ne sais pas si je serais prête à me lancer dans cette lecture qui semble être si peu agréable et avec bien trop de défauts pour me paraître captivante...
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Message par Invité » 01 mars 2015, 19:55

J'avais lu également des critiques positives qui m'avait donné envie de lire ce livre. J'avais vu aussi quelques critiques négatives, mais je m'étais dit que le positif atténuerait sûrement les défauts. Ce fut l'inverse et je suis passée de l'ennui à l'irritation en lisant ce roman.
Le pire, c'est quand je vois la quatrième de couverture de l'édition Livre de Poche qui dit : "J'ai toujours œuvré, écrivit D.H. Lawrence, pour que la sexualité soit vécue de façon authentique et sacrée, et non pas de manière honteuse. Et c'est dans ce roman que je suis allé le plus loin. Il est pour moi beau, tendre et fragile comme ce qui est nu."
Si ne pas voir la sexualité de manière honteuse c'est dire le mot "con" pour parler du sexe de la femme et "baiser" pour désigner l'acte sexuel... Je n'ai rien vu de tendre et beau. J'ai vu de la brutalité, une tendresse qui s'effrite à la moindre question (Connie se redemande si Mellors ne serait pas une grosse brute qu'elle devrait quitter vers la fin du roman en entendant les potins...), et en ce qui concerne la fragilité, on peut parler de la fragilité des sentiments dans ce cas.
Enfin bon, je suis encore plutôt remontée contre cette lecture, donc je ne lui fait pas vraiment de cadeau quand j'en parle, mais vraiment je crois que j'en attendais trop, du coup entre l'espérance et la réalité il y a un gouffre. ^^'
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Valentia
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Message par Valentia » 06 juin 2015, 12:58

Je viens de l'achever et je dois dire que je n'ai pas du tout le même ressenti... C'est une lecture que j'ai trouvée plutôt agréable. Je n'ai pas trouvé particulièrement envahissantes les tirades sociales (dans un sens ou dans l'autre) de Mellors ou Clifford. C'est vrai qu'elles sont parfois un peu longues, mais elles donnent un peu de corps au roman en dehors de sa dimension érotique.

J'ai d'ailleurs trouvé que le sexe était évoqué beaucoup plus souvent de façon théorique que de façon directe, qu'il s'agisse des dialogues entre les amis de Clifford ou entre Constance et sa soeur. A mon avis, Lawrence cherche à nier l'idée que le sexe doit être un tabou dans la bonne société. D'ailleurs, il est plutôt de bon ton d'en parler, mais pour le dénigrer. Dans cette Angleterre en voie d'industrialisation, honte à celui qui assume son plaisir ! Surtout pour les femmes ! C'est pour cela que l'auteur instaure un gouffre de plus en plus profond entre Constance et Clifford, l'une étant de plus en plus à l'écoute de son corps et ayant rejeté la honte, l'autre, devenu impuissant, magnifiant l'élévation spirituelle qui n'est rien de plus qu'une coquille vide... Il cherche à démontrer que certes, la vie de l'esprit fait vivre et fait rentrer de l'argent, mais seule la vie physique permet une existence pleine et éventuellement heureuse.

En ce qui concerne l'écriture en elle-même, je n'ai pas été choquée par les redondances d'adjectifs, au contraire. De même que l'emploi de phrases courtes, j'ai trouvé que cela donnait plus de rythme au récit. Enfin, je n'ai pas trouvé la vulgarité trop présente. Après avoir lu ce que tu en disais, je l'ai pourtant cherchée ! Elle apparaît à quelques occurrences, mais reste assez rare. Je pense que ça t'a particulièrement frappée à la lecture et que du coup c'est une des choses que tu as retenues en refermant le livre. Et d'après moi, l'utilisation de ce vocabulaire n'est pas faite pour exciter le lecteur, au contraire. Il cherche à représenter le sexe sous toutes ses facettes, de la plus sublime à la plus crue, et cela permet de montrer l'opposition entre les deux hommes qui "cohabitent" en Mellors : le garde-chasse qui parle patois et s'autorise quelques vulgarités, et l'homme du monde éduqué qui sait tenir une conversation dans un anglais parfait.
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Message par Invité » 06 juin 2015, 19:32

Je comprends ton avis, d'ailleurs, dans ma critique, j'ai bien dit que j'ai bien perçu ce que l'auteur a voulu faire par rapport aux personnages. Clifford qui devient un peu un homme-machine avec son fauteuil et son idée d'industrialisation, comparé à Mellors qui représente l'homme à l'état brut, à l'état naturel, ce qui attire forcément Constance qui s'éveille telle une fleur au printemps. Il y a d'ailleurs un jeu sur les saisons avec justement Constance qui étouffe en hiver et qui revit à partir du printemps.
Mais, malgré tout ça j'ai détesté car même si l'auteur veut parler librement de sexe, même s'il veut dénoncer l'industrie, même s'il veut faire un genre de tableau saisonnier, pour moi il gâche tout ce qu'il entreprend. Honnêtement, j'ai arrêté de vouloir trouver en lui un quelconque avocat envers le sexe dès que Mellors a ouvert la bouche pour donner son avis sur le désir féminin. Parce que tout dans le livre tend quand même à vouloir être en faveur de ce personnage, il est celui qui sauve Constance, mais à côté de ça, je le trouve aussi fermé que Clifford.
Et je le répète : leur rapprochement et leur romance n'est pas du tout crédible, même si on essaye de la considérer qu'en étant du sexe pour du sexe, sans aucun sentiment ni romantisme, ça ne colle pas car les réactions des personnages ne sont pas crédibles (même en se replaçant dans le contexte de l'époque).
Je pense que si j'ai retenu les vulgarités, c'est parce que j'étais déjà énervée de ce que je lisais avant qu'elle n'apparaisse. Oui c’est sûr qu'un garde-chasse ne parle pas comme un aristocrate, mais ça sent tellement l'exagération. Franchement, avec tout ça, Mellors m'a tellement paru se résumer à "Toi femme, je vais t'apprendre la vie, viens par ici que je saute ton p'tit cul, et t'as intérêt à aimer, sinon ça va gâcher mon plaisir"... Enfin pour moi l'auteur n'a pas réussi à transmettre ce qu'il voulait faire (cf sa citation : J'ai toujours œuvré pour que la sexualité soit vécue de façon authentique et sacrée, et non pas de manière honteuse. Et c'est dans ce roman que je suis allé le plus loin. Il est pour moi beau, tendre et fragile comme ce qui est nu).

Mais bon, tant mieux si tu as aimé, cela t'as évité de passer un mauvais moment comme moi :lol:
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