Les Chroniques du 4° Empire, tome 1 : Les Crocs d'Océane - Arnaud Pirodon

Livres ayant souvent un cadre moyenâgeux où intervient la magie. À la différence du fantastique, l'univers décrit et les évènements s'y déroulant sont acceptés comme étant monnaie courante sans être remis en doute.
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Agenor
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Message par Agenor » 09 févr. 2015, 20:14

Les Chroniques du 4° Empire d'Arnaud Pirodon

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Résumé :
  • Découvrez le Quatrième Empire, contrée de légendes où se côtoient les valeureux chevaliers fidéchiens et les éminents dignitaires félichats. Là, les capes répondent aux épées, les pierresprits illuminent les rues sitôt la nuit tombée, et d'immenses navires volants écorchent les cieux. Voguez vers l'orient et découvrez Océane, la cité lumière. Réfugiée au coeur d'un duché frondeur, siège des arts et de la culture, Océane est belle, effrontée, déconcertante... Chargée d'histoire. En parcourant ses pavés, ses ruelles et ses traboules, rencontrez le clan de la Fière-Patte et son rival, celui du Croc-Vengeur. Assistez à la lutte qui oppose les maisons Vyderis et Griffonis.Faites la connaissance de Mahoo, mercenaire félichat à l'âme trouble, ainsi que de Barthélémus, l'étrange fidéchien persuadé qu'Océane est hantée, et qu'elle court à sa perte...

Disponible en format numérique. Livre lu dans le cadre d'un partenariat avec l'auteur


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327e
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Message par 327e » 21 févr. 2015, 14:41

(Vous m'en voudrez pas, c'est un gros copier/coller de mon blog..)

Tout d’abord, je tiens à remercier le forum Lecture Imaginaire d’avoir proposé ce livre en partenariat et bien sûr l’auteur, Arnaud Pirodon, de l’avoir proposé à l’administrateur du forum.

Ce qui m’a donné envie de lire ce livre avant tout, c’est la couverture. Je la trouve très belle et très réussie. Après, le fait que les personnages soient des chiens et des chats (entre autres) ça m’a super intriguée. Je me suis donc lancée dans cette lecture avec pas mal d’enthousiasme.

J’ai tout d’abord trouvé les noms des personnages très atypiques et originaux. J’ai trouvé ça plutôt sympa mais je me suis vite rendu compte que c’était assez handicapant, surtout que l’auteur nous fait découvrir un nombre relativement important de personnages. Du coup je me suis retrouvée un peu perdue, et j’ai eu du mal à distinguer quels personnages faisaient partie de quelles maisons. Et ça je crois, que ça m’a perdue pour toute la première moitié du livre. Et c’est bien dommage.

Ensuite, au niveau de l’histoire, Arnaud Pirodon n’hésite pas à nous raconter ce qu’il s’est passé dans le passé (parfois lointain) de tel ou tel personnage. J’ai trouvé ces passages trop longs, je me suis même quelques fois ennuyée. Mise à part ça, j’ai aimé voyager avec Barthélemus et Mahoo. Ça m’aurait plus que l’auteur développe un peu plus leurs aventures (surtout quand ils sont aller dans les montagnes et qu’ils ont rencontré les hurloups !). Barthélemus est un personnage loufoque mais assez attachant, il utilise toutes sortes d’artifices pour lire dans le passé ou retrouver des personnes, dommage qu’on n’en apprenne pas plus. Mais c’est surement parce que l’histoire ne tourne pas autour d’eux.

L’histoire tourne surtout autour du clan de la Fière-Patte et celui du Croc-Vengeur. Et à ce niveau-là, je dois dire, que je n’ai pas tout compris. Bien sûr j’ai cerné l’essentiel : ceux qui sont au pouvoir au début, ceux qui le prenne par la suite. Mais quel personnage appartient à quel clan au juste ? C’est ça, encore une fois, qui m’a perdue. Trop de personnages difficiles à identifier. Et surtout trop de personnages qui n’ont pas forcément grand intérêt dans l’histoire mais qui sont quand même là pour en rajouter encore une couche.
Je suis peut-être un peur dur là, mais c’est ce que j’ai ressenti. En tout cas pour la première moitié du livre. Ensuite je dois dire que j’ai compris bien plus de chose. Surement parce que les personnages qu’on découvre vont se croiser. Ça devient plus simple.

Une petite chose m’a chagrinée aussi, vous savez, après chaque prénom parfois il y a un suffixe, un peu comme un grade (mais si vous savez ! Comme au Japon Patati-chan ou Patati-kun.) et bien dans cette histoire, les suffixes qu’on peut retrouver, je me pose encore la question de ce qu’ils signifient. Il n’y a pas un moment dans le livre où on sait ce que …-dof, …-vao ou encore …-wul signifie. J’ai trouvé ça gênant pour ma lecture. Bien sur, j’ai compris qu’un certain suffixe est pour les nobles, un autre pour les chevaliers etc.. Mais j’aurais aimé qu’on me l’explique. Je me suis dit « peut-être à la fin du livre ? » mais non.
J’aurais également aimé en apprendre plus sur les pierresprits et les égarés. Surtout les égarés ! Ils ont l’air fascinants. Pourquoi ne pas nous en avoir mis plus ?

Ce que j’ai vraiment, mais alors vraiment appréciée (pour finir sur une pointe positive quand même) c’est qu’a la fin du livre il y ait un arbre généalogique des deux clans. Et ça pour moi, qui a eu un peu de mal avec les personnages, ça m’a paru comme une bénédiction ! Dans le cas d’une lecture en numérique par contre ce n’est pas bien pratique ça ce soit à la fin.
Et puisque c’est un roman de cape et d’épée, le petit mot de la fin sera sur les scènes d’action que j’ai trouvée très bien écrite.

En bref, trop de confusions pour moi, peut-être que ce livre mériterait une relecture pour être pleinement savouré..
Le secret de la liberté c'est la librairie. Bernard Werber

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Invité

Message par Invité » 21 févr. 2015, 16:01

Ce sera également un copié/collé de l'article de mon blog. Attention, pavé en approche !


Je remercie chaleureusement l'auteur ainsi que le forum pour cette découverte !

Océane est une cité de l'Empire, surnommée la « ville lumière », est connue pour abriter bons nombres d'artistes et de penseurs. Cependant, elle est également réputée pour avoir été l'objet d'une dispute entre deux clans de fidéchiens : celui de Croc-Vengeur, dirigeant le duché, et celui de la Fière-Patte, cherchant à détrôner son rival. Ce dernier parvint à s'emparer du territoire, après plusieurs luttes, plaçant ainsi la lignée des Proudclast à la tête de la cité. Océane est à présent régentée par l'ultime successeur du clan de la Fière-Patte, Christophel Proudclast, mais un vent de fronde souffle sur cet héritier, en la personne de Léogar Stone, bâtard du défunt Hectave Bloodstone, représentant du clan Croc-Vengeur.
Parallèlement à ces querelles d'ordres politiques, un veilleur fidéchien, Barthélemus Grey, cherche à percer le secret d'Océane, intimement persuadé que la cité est hantée. Pour l'accompagner dans son entreprise, il engage Mahoo, un mercenaire félichat dont la claymore et sa dextérité à la manier lui sont d'une grande utilité et protection, car les ruelles de la ville lumière regorgent d'êtres d'une dangereuse folie, tout droit sortis de vieux contes : des égarés.

Les Crocs d'Océane est un livre auto-publié, une mention qu'il est bon de souligner tant le récit est de qualité. L'auto-édition est une pratique souvent dénigrée, bons nombres de lecteurs considérant qu'un auteur choisissant ce moyen le fait uniquement parce qu'aucune maison d'édition n'aurait daigné accepter le manuscrit. Bien entendu, ce peut-être le cas de personnes persuadées de posséder un immense talent et s'improvisant donc écrivain sans effectuer un quelconque travail. Nous ne trouvons pas dans ce cas de figure avec Arnaud A. L. Pirodon. Son premier roman fait partie de ces perles de l'auto-édition, procurant tout autant de plaisir qu'un livre sortant d'une maison d'édition que l'on affectionne.

L'auteur prend un soin particulier dans la construction de son univers, ce qui se ressent sur de nombreux points, et notamment au niveau de la faune qui peuple l'histoire.

Les Crocs d'Océane ne met pas en scène des êtres humains, mais des animaux anthropomorphes. Il est à noter qu'il existe d'autres animaux qui ne le sont pas, et qui agissent comme leurs homologues naturels. Ceux-ci sont appelés des « quatre pattes » et servent essentiellement au transport de marchandises.
Chaque espèce possède un nom spécifique, composé du nom original et d'une caractéristique. Par exemple, la race des « fidéchiens » est constituée du mot « chien » mais également du mot « fidélité », une facette reconnue de cet animal et qui devient même un salut auprès de la noblesse du duché (« Avec cœur et fidélité »).
Il en va de même pour « frêlapin » qui se compose de « lapin » et « frêle », un élément qui semble logique puis que ces lagomorphes sont des êtres plutôt fragiles.
Le mot « hurloup » est quant à lui une alliance de « loup » et « hurlement », une singularité très ancrée dans les esprits, car ces canidés sont souvent dépeints hurlant à la lune.
En revanche, une petite exception se pose pour « félichat » puisque ce mot est formé de « chat » et « félin », ce dernier terme n'étant pas une caractéristique en soi, mais le système fonctionne puisque cette catégorie possède plusieurs connotations dans l'imaginaire collectif, à savoir la discrétion et la sournoiserie.

Si les noms attribués à chaque race reflètent une particularité de sa faune, les patronymes que portent chaque animal sont également très évocateurs. Les félichats sont pourvus de prénoms qui ne sont pas sans rappeler des miaulements. Mahoo, Mae, Mnow, Mian, Naonao, Emeon, Yami, Inaumo, Myume, Hyun, tous possèdent les mêmes sonorités en « m », « n », « a », « o », « i » ou « y », qui se rapprochent davantage du son qu'émet un chat contrairement à d'autres associations de lettres de notre alphabet.
Il en va de même pour les pestirats, dont les représentants animaliers sont comme son nom l'indique, des rats (le mot « peste », quant à lui, rappelant bien entendu cette maladie dont les rongeurs étaient porteurs), puisque leur patronyme est essentiellement composé de consonnes. Krut'ntk, Tkkkehts, ou encore Tchtchk, sont inévitablement des mots dont la sonorité rappelle le grattement de griffes, le claquement de dents, et d'autres bruits dont sont capables les rats.
Les tortuges ont des noms japonais. Les tortues sont considérées comme une figure de chance et de longévité dans ce pays asiatique, mais symbolisent également la terre et la stabilité du monde. Une idée que l'on retrouve dans le roman puisque les tortuges occupent des postes en lien avec la politique (magistrats, dynastes,...), le savoir (scolaristes,...) et l'art (musicien, harmoniastes,...), une diversité qui allient toutes les capacités cognitives et sensorielles. Kakumei, Shinken, Tamashî, Seishin, Kokoro, Shokubô, des noms qui ne sont pas attribués au hasard, puisque par exemple, le premier signifie « révolution » et son porteur s'engagera effectivement dans le mouvement de Léogar. Les trois dynastes, Tamashî, Seishin et Kokoro, envoyés par l'empereur Shokubô, se nomment respectivement « âme », « esprit » et « cœur », des qualités essentielles qui doivent effectivement appartenir à celui qui dirige un empire. Par ailleurs, le prénom de l'empereur signifie « espérer » mais dans un sens assez fort, le dirigeant incarnant donc l'espoir de son territoire, une idée que l'on constate dans le récit lorsque plusieurs personnages attendent une réaction spécifique de la part de l'empereur.
Concernant les fidéchiens, on peut y remarquer des similarités avec les prénoms humains. Barthélemus, Christophel, Lucidore, Patribald, Flaviandre, Léogar, Hectave, Oscabert, Archipolde, Barnabias, Rosalice, Sidophine, Gustager, Charoline, et bien d'autres encore, contiennent tous des sonorités de patronymes humain (Christophe, Caroline, Barnabé, Oscar, Archibald, Rosalie, etc.) ce qui n'est pas étonnant puisque l'on considère le chien comme le meilleur ami de l'Homme, il en prend donc ses apparences dans ce livre, étant même en quelque sorte la race dominante, ne serait qu'avec les deux clans opposés, Croc-vengeur et Fière-Patte. Toutefois, malgré cette ressemblance, les fidéchiens expriment leur côté animal par le biais de suffixes. À la manière des « -chan », « -kun », « -san » ou « -sama » en japonais, les fidéchiens apposent des « -vao », « -dof », « -wul » et « -wan » à la fin de chaque prénom en fonction du statut de leur interlocuteur et de leur lien avec lui. Des suffixes qui rappellent les aboiements dont sont capables de véritables chiens.
Étant donné les caractéristiques des fidéchiens, il est intéressant de noter les similarités et les différences avec les hurloups. Les chiens et les loups appartiennent à la même famille des canidés, mais ne sont évidemment pas de la même espèce, chose qui est intelligemment illustrée dans le roman. Les hurloups possèdent des patronymes tribaux tels Furieux-Présage, Triste-Vent ou Flamme-Noire. Vivant en meute et parcourant les terres hostiles de Neigeuse, les hurloups sont souvent considérés comme des barbares aux yeux des autres races, alors qu'ils sont semblables aux fidéchiens. De cette manière, si les fidéchiens sont à l'image des êtres humains, il en va de même pour les hurloups, à la différence que les fidéchiens représenteraient les Hommes se disant civilisés (comme les anciens colons) en comparaison avec des Hommes vus comme des sauvages par les autre , car vivant en tribus et priant d'autres divinités (comme les Indiens d'Amérique).

Néanmoins, la présence d'animaux anthropomorphes en guise de personnages ne doit pas être un frein à la lecture sous prétexte que c'est un choix enfantin. Bien au contraire, de tels éléments de narration permettent de poser des problématiques profondes.

En effet, bien qu'il y ait des exceptions, chaque espèce correspond à une certaine classe sociale. Ainsi, il est plus fréquent de croiser des fermiers frêlapins que fidéchiens. Les pestirats sont liés au commerce, qu'il soit légal comme aubergiste ou illégal comme dirigeant d'une milice officieuse. Les tortuges, comme évoqués précédemment, se distinguent dans les métiers utilisant un savoir aussi bien moral qu'artistique. Les félichats occupent plutôt des postes leur permettant d'user d'avantages et de sournoiserie, comme conseillers politiques ou mercenaires. En revanche, les fidéchiens sont un peu plus ambivalent puisque l'on peut observer aussi bien des architectes, des veilleurs, des prêtres, des politiciens, etc.
Cependant, leur condition animale ajoute d'autres éléments à prendre en compte. De cette façon, un félichat au pelage uni sera infiniment plus considéré qu'un autre ayant un pelage tacheté. Il en va de même pour la couleur, la blancheur permettant d'accéder à de hautes sphères tandis que la noirceur destine à de plus sales besognes comme l'assassinat. Des prédestinations que l'on ne retrouve pas chez les autres animaux, bien que les fidéchiens semblent avoir des races plus enclines à faire partie des dirigeants, cette caractéristique est davantage due à un facteur de succession qu'à un véritable délit de faciès. Ces attributions spécifiques permettent ainsi de délivrer des messages un peu à la manière des Fables de Jean de La Fontaine. De cette façon, les animaux qui parviennent à dépasser leurs conditions, évoluent aussi bien psychologiquement que socialement.

En cela, Les Crocs d'Océane propose un véritable voyage d'apprentissage pour les personnages. Toutefois, ce voyage est principalement intérieur, forgé d'épreuves qui assurent la réflexion et la maturité des concernés.
On peut noter l'exemple de Mahoo qui a préféré fuir ses responsabilités, les conséquences de ses actes, son destin, pour devenir mercenaire. Ses aventures aux côtés de Barthélemus le mènent à une réflexion sur sa propre personne pour en tirer la conclusion d'affronter les problèmes non résolus de son passé. Par ailleurs, les paroles du fidéchien l'incitent régulièrement à repenser ses actions, mais le félichat déclare inlassablement qu'il ne comprend pas un mot de ce que veut lui faire comprendre le veilleur. Pourtant, Barthélemus s'exprime avec clarté, ce qui peut laisser entendre que Mahoo joue volontairement le simple d'esprit, car faire la sourde oreille est une autre manière de fuir.
Un autre exemple est celui de Christophel. Fidéchien ayant accédé à la position de duc, il ne possède pourtant aucune compétence politique, ce qui le conduit à diriger Océane d'une bien piètre façon. S'emportant facilement, il considère que sa condition lui apporte tout ce qu'il désire. Cependant, les événements font qu'il subit un violent échec, condamné à une nouvelle vie. Un retournement de situation qui l'oblige à voir le monde d'un nouvel œil, et même s'il conserve une certaine impulsivité, plusieurs de ses discours démontrent un véritable gain en maturité.
Il en va de même pour Lucidore, autre fidéchien accédant à un certain pouvoir. Il passe énormément de temps au milieu des livres, cherchant à accomplir son devoir avec justesse, néanmoins, malgré les apparences, Lucidore est loin de réaliser les implications de tous ses actes, tout comme il ne saisit pas vraiment que le monde n'est pas manichéen. Chose dont il prendra conscience plus tard, à travers une série de circonstances l'amenant à faire face aux conséquences de ses décisions.
De manière générale, et au-delà des cas particuliers, c'est toute la ville d'Océane qui évolue. Ayant d’abord les yeux rivés sur les luttes politiques, la cité ne prend pas le temps de résoudre ses propres soucis, chaque habitants pouvant accuser quelqu'un d'autre que lui-même de ses maux. Un état qui change puisque Océane doit finalement se prendre en main.

Pour que ces notions d'évolution fleurissent, Arnaud A. L. Pirodon glisse plusieurs critiques pouvant s'appliquer à notre société. Nous avons déjà précédemment évoqué un parallèle notable avec l'histoire coloniale lorsque l'on observe attentivement les différences entre les fidéchiens et les hurloups. Cependant, ce passage de l'Histoire n'est pas la seule référence présente.
Il est effectivement possible d'en voir une à l'Inquisition. Au cours du récit, l’Église prend le pouvoir et impose une politique implacable. Toute personne ne respectant pas le culte du Maître se voit affublé d'hérésie, ce qui est le cas des hurloups ayant d'autres croyances. À noter qu'il est amusant de constater que la divinité porte le nom de « Maître » alors que les personnages sont des animaux. Une milice, nommée la Peritas, parcourt la cité afin de faire régner l'ordre. Malheureusement, ces soldats et paladins agissent de façon drastique, transformant peu à peu la régence en dictature. Par ailleurs, des émissaires viennent régulièrement réclamer la dîme auprès du peuple, oppressant ainsi les plus pauvres après avoir muselé les penseurs, d'autant plus que certains collecteurs n'hésitent pas à abuser de leur position. Tous ces éléments font écho à de véritables événements de l'époque médiévale occidentale, l'auteur se permettant ainsi d'exposer les dangers d'une religion s'abreuvant de pouvoir.
Dans une autre mesure, on peut également voir une petite référence au siècle des Lumières. Océane est souvent décrite comme étant une ville d'artistes, de penseurs et de frondeurs. Les arts sont quelquefois utilisés à des fins politiques, comme une pièce de théâtre écrite en l'honneur d'un duc ou une chanson contant les erreurs passées derrière une métaphore. De plus, la cité est prompte au progrès par le biais des pierresprits, ces dernières apportant l'énergie nécessaire au fonctionnement de technologies, mais également source de lumière. Ainsi, Océane et ses habitants représentent parfaitement ce mouvement cherchant à s'éloigner de l'obscurantisme, encourageant la science, et s'opposant aux abus de l'Église. Au sens propre comme au figuré, Océane porte la lumière menant vers sa propre évolution.
De ce fait, le récit s'engage également dans un avertissement des dangers du progrès. Les fameuses pierresprits sont à double tranchant. Elles permettent la création d'altiport, offrant donc la possibilité de dominer les airs à l'aide de navires volants par cet artifice, elles sont un remplacement idéal au feu des bougies puisqu'elles sont source de lumière, mais le prix de cette technologie est important. Afin d'enchanter ces éléments, les éidoliers doivent utiliser du sang, ce dernier étant prélevé à de faux volontaires, souvent condamnés à cette option pour éponger leurs lourdes dettes. Malheureusement, ce don sanguin conduit les victimes à être habitées par ce que l'on appelle le malesprit. Cette malédiction empêche le porteur de sombrer dans l'inconscience ou le sommeil, résultant en la vision de nombreuses hallucinations et de cauchemars, ce qui entraîne la pauvre âme dans la folie. Un appel donc à la modération afin que la technologie demeure sous contrôle.

Toutefois, pour exprimer de telles assertions sans ennuyer le lecteur où alourdir son récit, il est essentiel de soigner sa narration. Chose qu'effectue Arnaud A.L. Pirodon avec brio.
Les chapitres se situent sous différents points de vue, ainsi, mais si l'on s'accorde à définir Mahoo et Barthélemus comme les personnages principaux du roman tant leur mission est la clef de l'histoire, ils ne monopolisent pas le temps de parole. De cette façon, nous suivons les autres enjeux du livre au fur et à mesure qu'avance l'enquête des deux compagnons. Cette technique permet d'aborder différents sujets : observer un pan de vie de Mae nous en apprend donc davantage sur les pierresprits et leurs conséquences, écouter les plaintes de Patribald nous fait découvrir une partie de l'Histoire d'Océane, etc. Un chapitre est même consacré à décrire le processus menant un être sain d'esprit à devenir un égaré, une chose bienvenue car l'on en apprend assez peu sur eux, chose plutôt regrettable puisqu'ils sont l'élément déclencheur de la mission de Barthélemus. Néanmoins, tous les personnages présentés possèdent un lien plus ou moins intime, leur existence se croisant tels les fils d'une immense toile, ce qui intensifie l'idée de puissance dont est capable chaque être pour influer sur le quotidien de tous.
Ce changement de point de vue évite également au lecteur de se lasser d'un personnage, de subir un ralentissement de rythme du récit, cependant, l'auteur n'en oublie pas de construire chaque personnage. En effet, loin d'être des sujets vides d'intérêt, chaque nouveau narrateur se voit doté d'un passé, d'inquiétudes, de désirs, d'un caractère, d'amis, etc. En résumé, tout est mis en place pour qu'ils possèdent une certaine consistance et que leur apparition ou utilité ne soit pas artificielle. Ainsi, le lecteur ressent immanquablement la vie qui émane du roman, ce qui ajoute une crédibilité indéniable.
Concernant le corps du texte, Les Crocs d'Océane propose des descriptions délivrant suffisamment d'éléments pour aider l'imagination, mais sans devenir indigestes. Par ailleurs, les scènes d'actions sont dynamiques, et donnant un style plaisant à l'œuvre. Les batailles aériennes à bord de navires remémoreront certainement d'excellents moments aux joueurs de Skies of Arcadia. Des éléments qui sont, sans aucun doute, sublimés par la plume d'Arnaud A. L. Pirodon, qui s'avère agréable à lire, étant à la fois fluide, précise et munie de touches poétiques.

Un petit mot, enfin, sur le péritexte. La couverture est superbe, imitant l'apparence d'un grimoire et donnant vraiment envie de découvrir l'histoire. Bien que l'adage déclare qu'il ne faut pas juger un livre sur sa couverture, il va sans dire qu'une belle illustration est tout de suite plus engageant, surtout lorsqu'il s'agit d'un premier ouvrage ce qui ne permet pas tellement de savoir si l'on peut accrocher au style de l'auteur. De plus, s'agissant ici d'une auto-publication, ce choix donne un aspect soigné et professionnel qui peut mettre en confiance les lecteurs réticents.
En annexe, le livre possède deux arbres généalogiques appartenant aux deux clans rivaux, une aide précieuse pour quiconque souhaite s'y référer afin de se rappeler les différents liens familiaux. Malheureusement, il est regrettable de ne pas y trouver une carte du territoire. Bien que l'action se déroule essentiellement à Océane et parfois à Neigeuse, d'autres lieux sont également fréquentés ou mentionnés, ce qui rendrait utile une carte des environs pour faciliter la représentation de l'univers. De même, quelques indications récapitulant certains détails comme la signification précise des suffixes qu'emploient les fidéchiens et leur code d'utilisation, ou encore la hiérarchie félichatte instaurée par la couleur et les marques de leur pelage permettrait aux lecteurs de mieux visualiser les différences sociales que ressentent les félichat en rencontrant un de leurs semblables.
Petite touche d'originalité, chaque titre de chapitres est en anglais et se rapporte à la musique (Deepest Night Rhapsody, Forsaken Rock’n’Roll, Bittersweet Bolero, etc.), un choix qui illustre parfaitement l'atmosphère, mais qui trouve également son sens dans la musicographie présente à la fin de l'ouvrage. Ainsi, une liste de chansons nous est proposée pour chaque chapitre, correspondant à certaines scènes ou même à des personnages. Les musiques proposées sont très hétéroclites, allant du metal, à du folk, ou encore à des bandes originales de jeux vidéos ou de dessins animés japonais. On peut être étonné de certaines d'entre elles, surtout si l'on imaginait un autre rythme ou thème, mais si l'on prend le temps d'écouter, on remarque que les chansons possèdent des paroles qui font sens. Par exemple, Stray de Steve Conte, désigné comme le thème de Mahoo, dépeint sa condition de mercenaire hanté par son passé, illustrant sa solitude. Toutefois, il est dommage de ne remarquer cette musicographie qu'une fois avoir terminé le livre, car l'écoute de ces morceaux choisis doit s'effectuer avec la mémoire de ce que l'on a ressenti lors de la lecture et non sur le vif. Une indication de l'existence de cette annexe particulière en début de roman ou à la fin de chaque chapitre aurait peut-être permis d'apprécier davantage cette originalité.

Finalement, Les Crocs d'Océane propose différents niveaux de lecture. On peut y voir un simple récit d'aventures, de batailles, au cœur d'un monde de fantasy où les personnages sont des animaux, mais les diverses expériences et connaissances des lecteurs révèleront des critiques de notre société, de notre Histoire, ainsi qu'une évolution psychologique des protagonistes.
De plus, la précision avec laquelle Arnaud A. L. Pirodon a construit son univers permet d'offrir un véritable plaisir littéraire tant l'on ressent sa crédibilité. Le lecteur suit donc avec attention l'enquête de Mahoo et Barthélemus, les luttes politiques entre le clan Croc-Vengeur et celui de la Fière-Patte, ou encore les diverses conséquences que les événements ont sur la ville lumière.
Les Crocs d'Océane étant un premier tome, la suite est, bien entendu, espérée, mais la fin semi-ouverte permet d'être pleinement satisfait du déroulement de l'histoire sans subir une attente ou un suspense intenable entre les deux livres.
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Scylla
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Message par Scylla » 22 févr. 2015, 09:14

C’est la première fois que je lis un livre auto-produit (je lis les récits de mes amis, mais ça reste donc dans mes connaissances). J’étais donc ravie de pouvoir participer à cette lecture grâce au forum.

Je me suis laissée tenter pour trois choses : la couverture, qui est définitivement bien choisie avec des traits attachants (mais peut être un peu trop enfantins pour le propos du livre) mais qui au final fait quand même son petit effet. Ensuite par ce côté de cape et d’épée qui avait l’air de ressortir pas mal à la vue de la couverture, et j’avoue que même si j’aime beaucoup ce genre, je n’ai pas eu l’occasion dans lire des masses. Et pour finir, j’ai été assez intrigué par les personnages principaux qui sont tous des animaux donc (bien qu’effectivement elle apporte cette crainte d’avoir en face de soit un livre plus pour enfants que pour adultes).

Les premières pages de lectures sont VRAIMENT bien écrites, on nous embarque dans un univers complètement nouveau dont on a tout à apprendre. On doit se faire à l’idée que les personnages sont des animaux, qu’ils parlent et qu’ils interagissent avec d’autres espèces. Et en cela, le début du roman arrive très bien à nous plonger dans cet univers particulier.
Certains personnages deviennent en un chapitre assez attachants ou assez intéressants pour qu’on veuille aller plus loin dans leur histoire (c’est le cas pour Mahoo et Mae que j’ai de suite aimé). Barthélemus est sûrement le personnage qui m’a le plus intriguée car il apporte comme une dose de magie dans ce monde (dans ma tête au début, Barthélemus c’était Merlin...)
J’ai, cependant, avec les chapitres suivants eu beaucoup de mal à suivre le trop plein de personnages (peut être qu’on passe à chaque chapitre d’un personnage à l’autre, de personnages qui ont tous l’air d’être très intéressants, mais du coup, vu qu’il y en a beaucoup ça se confond un peu).

Pour moi, le récit est magnifié par la description qui nous est fait de la ville d’Océane. Océane est clairement, pour moi, bel et bien vivante, c’est un personnage à part entière, qui a l’air d’avoir une véritable âme (d’où sûrement aussi le titre « Les crocs d’Océane » qui personnifie encore plus la ville), elle semble vivre, bougée, avoir une conscience propre à elle-même, et j’ai trouvé ça TRÈS intéressant d’avoir cette personnification de la ville si bien décrite. De plus, on voit Océane à travers divers points de vue, ce qui l’a rend encore plus humaine. Elle est bien plus que le cadre qui porte une histoire, et je trouve ça vraiment brillant d’avoir apporté cette vision là (on a aussi le cas de Neigeuse qui est tout aussi bien décrite).

J’ai aussi beaucoup aimé le style d’écriture au final assez recherché, j’ai même gardé quelques citations sous la main, que j’ai beaucoup aimé :
« ... Il y a des gens qui ont l’âme si abîmée qu’elle se confond avec le lieu qu’ils habitent... Un peu comme si à défaut, ils empruntaient aux autres ce qui leur manque ».
« Pour étudier l’histoire, dit-il, il faut toujours écouter la voix des plus modestes, car c’est la plus riche d’entre toutes... Et surtout celle à laquelle personne ne prend gare ».
« Bienvenue parmi nous alors », lui dit le tortuge. Jamais le coeur de la nuit n’a tant ressemblé à l’aurore ».

J’ai vraiment adoré ces tournures de phrases, c’est joliment écrit, parfois presque poétique, c’est vraiment agréable à lire.

Il y a beaucoup de choses à dire sur ce livre, qui est vraiment riche d’idées originales. Même si parfois on peut se perdre dans la lecture, il en reste pas moins un bel univers à découvrir et une très belle écriture de la part de Mr Pirodon .
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Nova
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Message par Nova » 22 févr. 2015, 10:14

Je remercie Arnaud Pirodon, pour ce partenariat proposé via le forum Lecture Imaginaire.

Voici une saga de cape et d'épée pour le moins originale et surprenante que propose Arnaud Pirodon dans ce premier tome des Chroniques du quatrième Empire.

La première raison pour laquelle je me suis proposée pour ce partenariat est le résumé de la quatrième de couverture. J'avais envie d'en savoir plus sur Océane et l'univers chevaleresque teinté de fantaisie imaginé par l'auteur. Sur ce point, je n'ai pas du tout été déçue!

Imaginez un univers aux allures médiévales peuplé exclusivement d'animaux sans la moindre trace d'un quelconque humain. Vous y croiserez entre autres les valeureux fidéchiens, les malicieux félichats, les érudits et sages tortuges , les terrifiants et sauvages hurloups et autres pestirats.

Imaginez à présent Océane, ville portuaire, siège des arts et de la culture à l'architecture magnifique, également rebaptisée "la cité lumière"pour le splendide spectacle qu'elle offre à la lueur des pierresprits une fois la nuit tombée.

Mais ne vous fiez pas à son apparente sérénité. En effet, Océane est le théâtre de querelles ancestrales entre deux clans fidéchiens, d'un côté la Fière-Patte et de l'autre le Croc-Vengeur qui se disputent sans relâche la gouvernance de la ville. Ou seraient-ce les maisons félichates qui tirent les ficelles dans l'ombre? Les riches marchands de la maison Vydéris, ou les éminents dignitaires férus d'art de la maison Griffonis? Et qu'en est-il des sournois mercenaires, de la maison Crepusculis? Trahisons et complots sont au rendez-vous.

Malheureusement, de par la foule de personnages apparaissant au fur et à mesure de la lecture du roman, je me suis totalement perdue dans la généalogie et l'affiliation de ceux-ci. Surtout en ce qui concerne les fidéchiens se disputant le trône d'Océane. S'agit-il d'un Croc-Vengeur, d'un Fière-Patte? Ce n'est qu'à la fin du roman que je me suis rendue compte que l'auteur avait dessiné des arbres généalogiques des clans fidéchiens ce qui m'a permis de combler mes lacunes et d'après coup comprendre certains passages du roman.

Selon moi, il aurait été judicieux de la part de l'auteur de placer ces documents en début d'ouvrage afin que le lecteur puisse les consulter en cas de doutes.

Un autre aspect de l'histoire qu'Arnaud Pirodon aurait pour ma part pu plus exploiter est la croyance de Barthélémus qu'Océane est hantée. Mis à part le fait que les rues de la ville soient le théâtre d'atroces meurtres perpétrés par les égarés, créatures que d'aucuns reléguaient à l'état de légendes, l'auteur nous en révélera bien peu à leur sujet. D'où viennent-ils? A quoi est dû leur état? Nous n'en saurons au final que bien peu de choses.

En parlant de Bathélémus, l'auteur nous le présente comme étant un veilleur. Mais qu'est-ce qu'un veilleur? Quel est son rôle? Après avoir enrôlé Mahoo en tant que "garde du corps" les deux compères partent à l'aventure afin de sauver Océane et écrire son histoire. Malheureusement, on ne saura pas grand-chose de leurs aventures qui pourtant paraissaient très prometteuses. En effets, ils entrent clandestinement dans une maison félichatte pour y voler un artéfact de valeur, embarquent à bord d'un bateau volant pour partir à la recherche d'un personnage illustre qui pourrait bien faire basculer l'avenir de la cité et finalement se retrouvent à arpenter les montagnes à la recherche des dangereuses meutes hurloups. Beaucoup de potentiel qui n'a malheureusement pas été assez développé à mon sens.

Malgré ces petits bémols, il n'en demeure pas moins que "Les Crocs d'Océane" est un roman prenant et très agréable à lire. L'écriture simple et soutenue ainsi que le sens du suspense de l'auteur y sont très certainement pour quelque chose!

La deuxième chose qui m'a décidé à participer à ce partenariat est la magnifique couverture de ce roman. Elle m'a fait penser au dessin animé "Les Trois Mousquetaires" que j'adorai quand j'étais petite et qui mettait également en scène des personnages exclusivement du règne animal. Mais attention, ne vous y fiez pas. De par la rudesse de certaines scènes de combat détaillés, ce livre n'est pas à mettre entre les mains d'enfants.

Finalement, s'agissant du premier roman d'Arnaud Pirodon et auto-édité qui plus est, je dirais que "Les Crocs d'Océane" est le premier tome d'une saga très prometteuse qui mérite de se faire connaitre.

Je suis très certainement partante pour de nouvelles aventures dans le quatrième Empire et me demande ce qu'Arnaud Pirodon nous réserve!
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Message par 327e » 22 févr. 2015, 10:59

Ben dites donc ! Après avoir lu les avis de tous le monde, je me dis que je suis peut-être la seule que le livre n'a pas vraiment charmée..
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Message par Invité » 22 févr. 2015, 11:18

Pour ma part, j'ai l'impression d'être la seule à ne pas avoir été gênée par les noms et les appartenances aux clans ^^'
En fait, j'ai rapidement découvert les arbres généalogiques en fin de livres car j'ai dû convertir le fichier epub en mobi (le format pdf est loin d'être optimal, écrit en tout petit et dès que je zoome je dois naviguer de droite à gauche et de haut en bas pour chaque page :roll: ). Du coup, après conversion j'ai parcouru vite fait l'ouvrage pour voir si la mise en page n'avait pas déplacé du texte n'importe comment.
J'ai donc vite repéré ces arbres généalogiques en annexe et vu qu'ils sont peu fournis (on est loin d'une famille contenant 36 bâtards, 50 enfants légitimes, etc. :lol: ) j'ai pris le temps d'imprimer dans ma mémoire les liens familiaux de chacun.
Mais je vous rejoins tout de même sur le point qu'en ebook, le fait que cela se situe en fin de roman, ce n'est pas pratique. Avoir ces indications au début, permettrait de savoir d'entrée de jeu que ces diagrammes existent et qu'on peut s'y référer en cas de besoin. :)
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Message par Invité » 23 déc. 2015, 16:13

Les Chroniques du 4° Empire, tome 2 : Les Griffes de Basses-Landes de Arnaud Pirodon

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Résumé :
  • Découvrez le Quatrième Empire, contrée de légendes où se côtoient les valeureux chevaliers fidéchiens et les éminents dignitaires félichats. Là, les capes répondent aux épées, les pierresprits illuminent les rues sitôt la nuit tombée, et d'immenses navires volants écorchent les cieux.

    Naviguez vers le sud, suivant le fleuve Azur et découvrez Basses-Landes. Une cité rustre, laborieuse et fidèle, chargée de colère contre ses voisins du Val. Rencontrez le clan de la Brave-Truffe, qui se cache dans sa vieille tour, et celui de la Gueule-Ardente, mystérieux, qui règne par delà l'Azur. Liez connaissance avec les félichats de la maison Minulis, et surtout, méfiez vous des beaux atours des émissaires Elgantis...

    Là, vous retrouverez Thornabé Dawn, le judicateur fidéchien dont Océane s'est moqué. Dans les rues monotones de Basses-Landes, Anae l'attend. La félichatte, tapie dans l'ombre, sait que le passé attend son heure. Bientôt, il brisera ses chaînes pour éclater au grand jour...

Auto-édition
Date de sortie : 12 mai 2015
Disponible en grand format et numérique
Invité

Message par Invité » 23 déc. 2015, 16:15

Thornabé Dawn, le judicateur fidéchien, ne se console pas de son passage à Océane, où sa tentative de remettre la cité dans le droit chemin de l’Eglise fut soldée par un échec cuisant. Néanmoins, il ne compte pas réitérer son erreur à Basses-Landes où il est envoyé en mission afin d’enquêter sur le problème de tension entre le clan de la Brave-Truffe et leur voisin du val, le clan de la Gueule-Ardente. La colère gronde entre les deux peuples, notamment suite à l’attentat visant la construction du pont censé relier les territoires.
Thornabé fait rapidement la rencontre d’Anae, une félichatte faisant partie de l’ordre des veilleurs. Bien que le judicateur considère cette profession disparue et ses pratiques à la limite de l’hérésie, Anae lui démontre que l’animosité entre Basses-landes et Grandval est bien plus profonde qu’il n’y paraît. Le duo va donc s’acharner afin de faire éclater la vérité et de rétablir la paix.

Les Griffes de Basses-Landes est le deuxième tome des Chroniques du Quatrième Empire d’Arnaud A. L. Pirodon. Tout comme son prédécesseur, il s’agit d’un volume qui peut tout aussi bien se lire indépendamment bien que l’on sente un fil rouge se dessiner petit à petit. Bien entendu, Thornabé Dawn étant un personnage déjà présent dans Les Crocs d’Océane, plusieurs références sont faites à cet épisode, mais l’histoire n’en demeure pas moins compréhensible pour quelqu’un qui commencerait par le deuxième opus car ces évocations sont suffisamment claires et concises pour informer un nouveau lecteur et ne pas ennuyer les anciens.
De même, toujours dans cette continuité instaurée, on peut de nouveau remarquer la richesse de l’univers et soin apporté à sa construction. De nombreux éléments furent abordés en détails dans une chronique consacrée au premier tome, toutefois en guise d’exemple pour ce deuxième livre, nous pouvons noter la justesse du nom des dirigeants du clan de la Brave-Truffe. En effet, il s’agit de la famille Peddlebought, qui s’installa à la tête de Basses-Landes en achetant ce titre alors que la tradition exigeait un sang issu de la noblesse. Le nom s’avère donc parfaitement choisi puisqu’il est composé de « peddle » qui peut être traduit par vendre ou colporter, et de « bought », participe passé de « buy » qui veut dire « acheter », mais pouvant aussi se rapporter à l’adjectif signifiant « corrompu » pour définir une personne.
Cette attention se retrouve également dans le péritexte, l’auteur nous offrant de nouveau une musicographie en fin d’ouvrage afin d’allier lecture et musique. En revanche, il est dommage de constater qu’une fois de plus, des annexes supplémentaires n’auraient pas été de refus, comme une carte ou un rappel de l’importance des suffixes employés par les fidéchiens. Néanmoins, la lecture demeure tout de même fluide sans cela.

Concernant l’histoire, Arnaud Pirodon nous prouve derechef qu’il sait maîtriser son récit et ses personnages. On peut noter des thématiques communes aux deux tomes, comme la présence des égarés, l’influence de l’Église ou encore l’inquiétude de l’Empire envers les régions peu dociles, qui forment en quelque sorte ce fil rouge qui guide les Chroniques. Toutefois, ce sont des événements plus spécifiques aux cités concernées qui sont rapportés dans Les Griffes de Basses-Landes.

Basses-Landes est présenté comme un lieu très dévot, les habitants n’étant pas friand de changement et préférant se méfier des étrangers. Dans un tel lieu, Thornabé Dawn est donc persuadé d’avoir plus de chance de réussite qu’à Océane. Pourtant, le judicateur subit rapidement une déconvenue, notamment à cause de l’attitude du prêtre Alphyr Blunt qui ne semble pas craindre son courroux ou celui du conclave. En cela, il est très intéressant de suivre ce personnage.
Tout d’abord, il nous apparaissait comme quelqu’un de négatif dans le premier tome, d’où la surprise de le retrouver en tant que protagoniste. Ensuite, c’est un fidéchien très attaché aux principes de l’Église que l’on a appris à cordialement détester, toujours dans le premier volet, d’où l’intérêt d’avoir le point de vue de ce personnage. Enfin, Les Griffes de Basses-Landes n’offre toujours pas un portrait reluisant de la religion, celle-ci étant critiquée pour sa soif de pouvoir et sa volonté d’extension, et l’on a donc deux représentant de cet ordre qui s’affronte : Thornabé Dawn qui croit profondément en ce que doit être le droit chemin et la bonne conduite à observer, et Alphyr Blunt qui cherche plutôt à étendre sa main quitte à s’opposer au conclave. Quelque part, c’est la période des croisades que nous propose de revisiter l’auteur à sa manière, et c’est en cela que Thornabé Dawn est un personnage qu’il est bon de suivre.
En effet, dans ce contexte conflictuel et sanglant, le judicateur en vient à se questionner ainsi que son ordre. Par ailleurs, son association avec Anae va à l’encontre de ses principes. La félichatte utilise une magie considérée comme impie par le fidéchien, ce dernier pensant que les veilleurs ainsi que les égarés ne sont que des légendes. Pourtant, au fil de leurs aventures, Thornabé va réviser peu à peu son jugement que ce soit par rapport à lui-même, à sa profession, mais également à son échec à Océane. Le duo principal est donc parfaitement composé puisque les deux personnages sont opposés sur de nombreux points, mais ces différences leur permettent de se compléter judicieusement afin d’accomplir leur mission. Thornabé devient donc un sujet éclairé de l’Eglise, en acceptant d’ouvrir son esprit, tandis qu’Alphyr incarne l’obscurantisme et l’aspect destructeur de la religion.

Outre cette idéologie, la politique est également un point central de l’histoire. En effet, la maison des Elgantis est envoyée par l’Empereur afin d’amenuiser les tensions entre Basses-Landes et le Val, pourtant leurs actions ne semblent pas véritablement porter de fruit puisque la situation s’envenime. Au fur et à mesure des révélations, le lecteur comprend la critique énoncée dans le roman, décrivant les politiciens comme des êtres calculateurs, versant plus ou moins dans la subtilité. Plusieurs figures se présentent. On peut noter les émissaires Elgantis, préférant agir dans l’ombre et tirer les ficelles sans se salir les pattes, mais également des personnes plus directes comme le Dogue qui n’hésite pas à mettre une région en feu et à sang pour servir ses idéaux.
Au milieu de cette satire, on peut aussi remarquer un message sur le racisme et la xénophobie. Comme évoqué précédemment, le peuple de Basses-Landes se méfie des étrangers, ainsi, lorsque l’animosité grandit entre cette région et le Val, cette caractéristique se trouve exacerbée et utilisée par le gouvernement. Le peuple voisin devient le coupable idéal aux maux de chacun, résultant ainsi en une parfaite manipulation de la part des dirigeants. On peut noter les exécutions publiques servant à attiser la haine des habitants, alors que les jugés ne sont parfois même pas originaires de la région haïe. Tous ces éléments font irrémédiablement écho à notre propre société. Si l’Histoire est imprimée de passages de ce genre, il ne faut pourtant pas remonter très loin pour découvrir une idéologie aussi nauséabonde.

Finalement, Les Griffes de Basses-Landes est un excellent deuxième tome. Arnaud Pirodon continue de nous gratifier d’un univers aussi riche que captivant, mais il se surpasse grâce au duo que forment Thornabé et Anae. Bien que la narration alterne entre différents personnages, les deux protagonistes sont le sel qui permet de poser les bonnes réflexions sur plusieurs sujets. Par ailleurs, le roman est ponctué de messages intéressants sur la religion, la politique, ou encore la différence, qui ne manqueront pas de nous rappeler notre propre réalité.
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