Le double corps du roi - Ugo Bellagamba et Thomas Day

Livres ayant souvent un cadre moyenâgeux où intervient la magie. À la différence du fantastique, l'univers décrit et les évènements s'y déroulant sont acceptés comme étant monnaie courante sans être remis en doute.
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Anaterya
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Message par Anaterya » 10 déc. 2014, 20:12

Le double corps du roi de Ugo Bellagamba et Thomas Day

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Résumé :
  • À Déméter, la monarchie se meurt.
    Absû Déléthérion, général ambitieux, assassine le vieux roi Yskander et se proclame régent. Pour asseoir son règne, il a besoin de l'armure fabriquée jadis par le Dieu-Forgeron, symbole de la légitimité monarchique : l'Hérakléion. Malheureusement pour le régicide, Égée Seisachtéion, poète et bretteur hors pair, confident d'Yskander, s'empare de l'armure. Aidé du contrebandier Johan Solon, il la cache dans la Canopée, royaume sylvestre réputé impénétrable, où vivrait un héritier au trône.
    La lutte contre le despote Déléthérion s'engage, inégale, sanglante, désespérée...


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Anaterya
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Message par Anaterya » 26 mars 2015, 02:13

J'avais découvert ce roman en fouinant dans les rayonnages de la médiathèque de ma ville, et comme j'apprécie les deux auteurs, je me suis laissée tenter.

Le livre s'ouvre sur une citation d'Arthur Clark sur les rapports entre technologie et magie, importante au vu de certains aspects de l'histoire, puis sur le récit d'une légende fondatrice du royaume de Déméter expliquant l'origine de l'Hérakléion, sa nature, et une prophétie relative à un élu qui transcendera l'armure et garantira la paix et l'équilibre du monde. Après cette introduction mythique, place à l'histoire proprement dite. Celle-ci est construite en trois temps : la conquête du pouvoir par le général Absû Déléthérion et les manœuvres d'Égée Sésachtéion pour fuir Déméter, les tentatives d'Égée pour retrouver l'héritier du roi Yskander dans la Canopée, et enfin l'affrontement entre Déléthérion et ses ennemis pour la possession de l'Hérakléion.

J'ai souvent trouvé que les situations étaient assez simples, voire parfois simplistes, les problèmes se résolvant trop facilement. Mais le monde créé par les deux auteurs est tellement riches, fourmillant de détails, d'allusions à notre propre monde, notamment à la Grèce antique, qu'il s'agisse des noms, de la géographie ou des dieux, que ça ne m'a pas plus dérangée que ça. Toutes les sociétés présentées, celle de Déméter, celle des Eizihils, celle des Invisibles de la Canopée, ainsi que les autres tribus de la jungle, sont bien développées, complexes, et même si tous les éléments ne nous sont pas donnés, les informations sont suffisantes pour les retracer dans les grandes lignes. En contrepoint, je pense que la faune et la flore de la Canopée auraient mérité d'être plus traitées, car même si les noms, des animaux notamment, donnent une idée générale, on ne dispose pas vraiment d'informations supplémentaires. Les personnages ne sont pas forcément non plus très développés, à l'exception de deux ou trois d'entre eux, mais ne c'était pas non plus trop gênant car ils sont là pour incarner des archétypes, pour les transcender, en se mettant au service de la notion des « deux corps du roi », élaborée par Ernst Kantorowicz.

Cette notion est centrale, et se retrouve dans le titre. Elle a probablement été utilisée à l'instigation d'Ugo Bellagamba, qui est historien du droit, et analyse les rapports au Moyen Âge entre le corps mortel du roi, et ce que son corps représente, c'est-à-dire l'unité de la nation, et qui est de ce fait immortel. Dans le roman, cette notion est transcendée par l'Hérakléion, l'armure donnée par les dieux qui est gage de légitimité, et qui contient la mémoire de tous les rois qui se sont succédé sur le trône de Déméter. C'est donc un condensé de la royauté, et une véritable personnification de cette idée.

Dernier détail, j'ai vraiment eu l'impression de reconnaître la patte de Thomas Day dans les nombreuses allusions aux fonctions corporelles de base que l'on évite souvent dans les histoires : les pets, les crachats, les fèces et l'urine. Cela m'a vraiment rappelé l'ambiance de Women in chains.

En définitive, c'est un roman assez étrange, pas forcément destiné à tous, et qui, malgré ce qui m'apparaît comme des défauts, m'a bien plu.
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