Solaris - Stanislas Lem

Récits articulant leur intrigue autour de voyages interplanétaires ou interstellaires lorsque l'humanité a colonisé l'espace (existence d'empires stellaires) ; ou l'exploration d'une nouvelle planète.
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Anaterya
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Message par Anaterya » 02 déc. 2014, 23:45

Solaris de Stanislas Lem

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Résumé :
  • Solaris est une énigme. Planète recouverte d’un océan protoplasmique, elle laisse apparaître à sa surface des formes géométriques étranges. Depuis des années, des scientifiques tentent d’en percer les secrets. L’océan serait-il un gigantesque organisme intelligent, les figures géométriques des tentatives de communication ? Le professeur Kelvin rejoint la station orbitale qui sert de base d’observation. À son arrivée, il découvre les deux derniers habitants en proie à de violents troubles psychologiques. Le mystère s’épaissit…


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Anaterya
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Message par Anaterya » 21 juin 2015, 21:36

Je savais depuis longtemps que Solaris était un classique de la science-fiction, et je me l'étais procuré pour cette raison, mais je ne l'avais pas encore lu. Le challenge ABC de l'imaginaire a été l'occasion de le sortir de ma PàL pour la lettre L.

Le Dr Kris Kelvin nous raconte son expérience sur Solaris à la première personne : à la demande de Gibarian, scientifique solariste, il est venu de la Terre, mais est confronté dès son arrivée à des faits étranges. En effet, son arrivée est gérée par un robot et personne n'est là pour l'accueillir, la station semble totalement vide, et Snaut a l'air d'être complètement absent. Mais ce n'est rien à côté de la nouvelle qui ce dernier lui apprend : Gibarian est mort, il s'est suicidé. Et Snaut craint apparemment une présence qui hanterait la station, mais dont il ne veut rien, restant évasif, et parfois même agressif vis à vis de Kelvin. C'est donc muni de ces informations pour le moins parcellaires et énigmatiques que Kelvin va entamer son séjour dans la station. Il va à son tour être visité, par un « clone » de la femme qu'il aimait et qui s'est suicidée 10 ans plus tôt, et il va peu à peu en venir à la conclusion qu'elle est une création de l'océan protoplasmique, de Solaris elle-même, mais les motivations de cet être restent obscures, puisqu'aucune communication ne semble possible.

Le rythme du livre est très lent, puisqu'il n'y a pratiquement pas d'action. On est plongé dans les pensées de Kelvin, sa relation avec cette Harvey créée par l'océan, ses réflexions quant à la nature d'Harvey, de l'océan, de ses motivations. C'est également un cours sur Solaris, tout du moins sur ce que l'on sait et ce que l'on suppute de la planète, un cours d'histoire des sciences solaristes (la solaristique). Cela nous offre des descriptions magnifiques des structures qui apparaissent à la surface de la planète, leur démesure, leur étrangeté, l'incapacité humaine à trouver des termes appropriés pour les décrire. Car il n'est pas question de définition dans la solaristique et dans ce livre, pas de vérité ultime, pas d'assurance. Au contraire, tout est questionnement, hypothèses, incertitudes. Et cela pour une raison très simple : on ne sait pas comment communiquer avec l'océan protoplasmique de Solaris, on ne sait même pas si l'on peut communiquer avec lui, bien qu'on se doute du fait qu'il soit vivant et qu'il soit un « individu ».

La fin est dans la droite ligne de cette volonté de flou, car elle n'apporte aucune réponse. Ce n'est d'ailleurs clairement pas le but de l'auteur, et l'on s'expose à une cruelle déception si c'est ce qu'on recherche lors de la lecture. Il faut accepter le questionnement, tout en sachant qu'on ne peut pas tout connaître. C'est pour ça que je trouve que c'est avant tout un livre philosophique sur la notion de reconnaissance de l'autre, de la capacité à le percevoir, et sur la difficulté de la communication ; et cela ne concerne pas forcément que les rapports entre les humains et l'océan protoplasmique.

Un passage que j'ai adoré, c'est celui où Snaut expose ses vues sur la symbolique du voyage spatial, des vues qui sont à mon avis tout à fait pertinentes, et toujours d'actualité.

En tout cas, c'est certain que ce livre mérite son statut de chef d'œuvre de la science-fiction. Par contre, je n'ai absolument pas envie de regarder les adaptations cinématographiques qui en ont été faites, notamment celle de Soderberg avec Clooney, étant donnée la difficulté qu'à Hollywood à rendre la profondeur philosophique d'une œuvre !
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