Rêve de fer - Norman Spinrad

Récit prenant comme point de départ une situation historique existante et en modifie l'issue pour ensuite imaginer les différentes conséquences possibles.
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Anaterya
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Message par Anaterya » 14 oct. 2014, 11:34

Rêve de fer de Norman Spinrad

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Résumé :
  • Et si, écœuré par la défaite allemande en 1918, Adolf Hitler avait émigré aux États-Unis ? S'il s'était découvert une vocation d'écrivain de science-fiction ? S'il avait rêvé de devenir le maître du monde et s'était inspiré de ses fantasmes racistes et belliqueux pour écrire Le Seigneur du Svatiska, un roman couronné par de prestigieux prix littéraires ?


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Anaterya
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Message par Anaterya » 14 oct. 2014, 11:37

J'ai découvert ce livre grâce à un ami qui l'adore, et, le connaissant, j'étais pratiquement sûre d'aimer à mon tour.

Rêve de fer est un livre complexe, livre et critique littéraire dans le livre, récit de fiction dans une uchronie, mise en abîme terrifiante et parfaitement contrôlée. Après une préface très intéressante, on s'attaque immédiatement à Le Seigneur du Svatiska, et j'ai trouvé cette entrée directe dans l'histoire très violente ; j'avoue que j'aurais préféré commencer par la critique de l'ouvrage, afin d'avoir un peu plus de recul, de temps pour m'y faire. Mais je comprends parfaitement l'intérêt de la présentation de l'ouvrage telle qu'elle est, car elle a ainsi plus de force.

L'intrigue suit Feric Jaggar, un pur humain habitant en Borgravie et souhaitant obtenir la nationalité du Heldon pour ensuite, grâce à la pureté raciale de ce pays, éliminer de la surface de la Terre tous les mutants, hybrides et autres dominateurs. Cet exposé des faits est donné très rapidement, et les commentaires méprisants et racistes de Feric m'ont vraiment mise mal à l'aise. Son ascension fulgurante au Heldon, son entourage, ses démonstrations de force, tout ça est vraiment proche de la véritable histoire d'Hitler, les trahisons et les défaites en moins, jusqu'à l'élimination des SA par les SS ou l'importance vitale du carburant dans la guerre. Et, le pire dans ce livre dans le livre, c'est qu'au fur et à mesure, le malaise disparaît, on s'habitue à la vision du monde et la rhétorique de Feric, et, lors des batailles, on se surprend à espérer la victoire de ses troupes. Cette perversion du jugement est vraiment une réussite de Spinrad car il arrive à traverser nos défenses et les préventions de l'histoire pour nous faire ressentir de l'empathie envers Feric/Hitler. Par contre, j'ai retrouvé dans le dernier chapitre le même malaise qu'au tout début du roman, et cette chute, ce passage de l'empathie et de la joie à la répulsion conclut très bien l'histoire, car c'est un rappel et une projection de ce qui aurait pu se passer en cas de victoire d'Hitler.

Le monde du roman est une Terre future, dévastée par les bombes atomiques ; c'est de là que viennent les nombreux mutants que pourfend Feric, tandis que le Heldon avait été plus ou moins épargné par les retombées et avait pu conserver un « génotype pur », objet de tous les fantasmes. On est donc au-delà du l'image du Juif, car là c'est une altérité bien visible, et réellement omniprésente à laquelle s'attaque Feric, et ces malformations dues aux radiations participe du malaise que j'ai ressenti à la lecture, car je peux comprendre cette angoisse face aux mutations (qui apprécie de voir les animaux mutés de Tchernobyl ?). En même temps, je trouve que ça questionne notre rapport à l'évolution darwinienne et à l'évolution de l'espèce humaine elle-même : serons-nous capables de l'accepter, ou resterons-nous campés sur nos positions archaïques ? Et même, comment réagirons-nous face à la disparition de notre espèce, qui est évolutionnairement inéluctable ?

La chose qui m'a marquée dans la prise de pouvoir progressive de Feric, c'est l'absence totale de réaction de l'État face à sa milice armée, une passivité absolue qui lui permet de se présenter en homme fort, en recours pour la population, mais aussi d'agir à sa guise, ce qui va renforcer ses propres convictions et son mépris des hommes politiques. Bien sûr, Le Seigneur du Svatiska est un fantasme d'un esprit malade, mais quand on connait l’ascension d'Hitler, et qu'on met ça en parallèle avec certains pays aujourd'hui, il y a de quoi faire réfléchir.

Et tant mieux, car c'est le but de ce livre, et la critique littéraire à la fin est là pour le rappeler. Je ne vais pas trop m'étendre sur son contenu, très bon au demeurant et qui éclaire des points du récit dont je n'ai pas voulu parler pour cette raison même, mais j'ai envie de revenir sur la conclusion de cette critique : « Dirigés par un Feric Jaggar, nous gagnerions le monde au prix de nos âmes », qui rappelle qui la réflexion personnelle et l'intégrité sont des qualités essentielles face au populisme et à l'esprit de masse qui annihile la personnalité et la réflexion.

Par contre, après cette dénonciation sans fard du nazisme, je ne comprends toujours pas comment l'Allemagne a pu interdire la publication de ce livre sur son sol pendant plusieurs, d'autant plus que Norman Spinrad est juif : pour moi, c'est vraiment une mauvaise lecture de cette histoire, une peur qui paralyse l'esprit, et peut-être finalement une aide apportée à tous les néo-nazis.
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Ryuuchan
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Message par Ryuuchan » 14 oct. 2014, 18:04

Ah mais ça y est ! En voyant la couverture, si effectivement je connaissais ce bouquin. Mais je ne me suis jamais intéressée au propos. Et Spinrad m'est pour l'instant un peu sorti par les trous de nez avec Jack Barron et l'éternité (pas mauvais, mais je n'étais sans doute pas dans le bon état d'esprit pour lire son style, quand même relativement dense ^-^).

Merci Anaterya pour la (re)découverte ainsi que pour ton avis :)
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Message par Anaterya » 14 oct. 2014, 18:18

De rien ^^

C'est mon premier Spinrad (j'ai aussi Le printemps russe et Oussama dans ma bibliothèque), et c'est à la hauteur de ce que j'en attendais. Après, je sais aussi que c'est un auteur qui n'est pas évident à lire.
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Message par Ryuuchan » 14 oct. 2014, 18:24

En plus il a une plume (très) dense mais que je ne qualifierais pas de belle. Parce qu'en général celle-là ça passe très bien. Mais là je l'avais commencé alors que j'étais HS niveau boulot et le propos (que je sentais pourtant super intéressant) m'est passé dix kilomètres au-dessus.

Oussama me tentait bien aussi (d'ailleurs, comme toujours, j'épie ton avis - et je constate qu'on vaaachement plein de livres / thèmes en commun, c'est assez marrant ^-^).
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Message par Anaterya » 14 oct. 2014, 18:46

Niveau style, Rêve de fer est une horreur car il retranscrit le parler d'un immigré allemand, avec en plus la lourdeur d'Hitler xD Mais c'est aussi essentiel au bouquin, ça permet de faire ressortir les obsessions de l'écrivain/dictateur (et c'est chiant de parler de ce livre à cause de ses différents niveaux de « réalités » -_-).

Ouais, j'ai aussi remarqué ^^ Par contre, je ne pense pas lire Oussama de suite, tellement d'autres livres en attente...
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Message par Iwolf441 » 07 déc. 2017, 20:53

Petit copié collé de mon avis que j'avais écrit l'année dernière sur un autre forum ( Faut que j'améliore au niveau de l'écriture et de l'analyse comme vous pouvez le constater ^^) :

Finalement je suis plutôt mitigé vis à vis de ce livre. Tout d'abord, je pensais que c'était un livre qui narrait la vie d'un hitler qui aurait immigré à New York pour y écrire des romans de Science fiction et de Fantasy. Mais pas du tout en fait. Dés qu'on ouvre le livre, on a directement le roman d'hitler dedans ^^ On a juste quelques infos sur sur hitler par le biais d'une petite biographie en début d'ouvrage.

Le livre est assez lourd à lire. Sans trop " spoiler", on suit le héro qui se considère comme pur et qui veut éliminer tous les mutants pour préserver la pureté de la race humaine. Le récit doit à sa lourdeur aux commentaires " racistes" et mysogyne qui réflètent bien la mentalité d'hitler. Enfin, surtout l'idéologie de son parti. On s'ennuie vite car le héro ne connait aucunes difficultés. Il y a pas de rebondissements ni rien. Le truc sympa, c'est les petites références historiques.

Mais même si l'histoire est selon un peu ennuyeuse, je trouve sur livre assez bon car il a réussi à tenir son pari, nous transmettre un roman de Fantasy/SF qui aurait pu être écrite par Hitler.
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