Les écrits de Maroujo

Que tu sois écrivain, dessinateur ou graphiste à tes heures perdues, cet endroit est là pour que tu puisses nous montrer ton talent !
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Maroujo
Bavard
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Message par Maroujo » 07 sept. 2014, 18:58

Bonjour à tous.
J'ai choisi de créer ce sujet pour faire lire à ceux qui veulent des nouvelles que j'ai écrit pour des concours. J'en rajouterai peut-être au fil du temps, si j'en écrit d'autre.
N'hésitez pas à poster des critiques sincère, n'ayez pas peur d'être un peu dur s'il faut ^^

Je commence par une nouvelle policière écrite il y a maintenant un an.
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Un mouchoir en tissu était soigneusement posé entre les mains et la poitrine de la victime, qui avait été mise dans une position qui semblait demander le pardon, les jambes tendues et les bras repliés sur le torse. Du sang coulait du trou ouvert dans le front de la jeune femme pour former une grande flaque rouge sous le corps. La cause de la mort était claire pour l'officier Bérénice Leclerc, et pourtant, elle savait que l'enquête ne serait pas si simple. Elle était incapable de définir la raison de ce mal-être, surement dû à son instinct de policière habituée à son travail, mais la vision de ce corps lui donnait une forte envie de vomir. Ce n'était pas une simple nausée comme elle en avait à chaque nouvelle enquête, c'était un véritable sentiment de répulsion envers ce cadavre.
« - Je suppose que je n'ai pas besoin de préciser la cause supposée de la mort. »
Bérénice sursauta. Son collègue, l'officier Jules Lavoie, s'était glissé à côté d'elle sans qu'elle ne l'entende à cause de son flux de pensée.
« - Je pense que j'ai deviné, répliqua-t-elle d'un ton sarcastique. Qu'est-ce qu'on sait sur elle ?
- Leslie Bousquet, 26 ans, elle habitait dans la rue d'à côté. J'attendais que tu arrives pour aller interroger son mari. Lorsque nous l'avons prévenu au téléphone, il est arrivé en courant. Tiens, c'est lui là-bas, le gars assis sur les marches avec un air paumé. »
Bérénice le repéra difficilement derrière la foule de personnes agglutinées autour du cordon jaune. Pourquoi, dès qu'il y avait un meurtre, il fallait obligatoirement qu'un groupe de journalistes, voire même de curieux, vienne essayer d'apercevoir une partie du cadavre ou d'obtenir quelques informations de la part d'un des agents placés sur l'enquête ? Bérénice et Jules durent éviter caméras, micros et reporters pour s'approcher de Martin Bousquet, l'époux de la victime. Il avait lui même été assailli par ce groupe de sangsues avant qu'ils ne se soient tous lassé du manque de réaction du jeune homme et qu'ils ne renvoient leur attention sur le corps, transformant la pauvre femme morte en simple objet de convoitise.
« - Monsieur Bousquet, je suis Jules Lavoie, et voici Bérénice Leclerc. Nous sommes les policiers chargés d'enquêter sur la mort de votre femme. Connaissez-vous un endroit plus calme où nous pourrions discuter ?
- Venez chez moi, c'est à quelques pas d'ici. »
Les agents suivirent l'homme. Il n'habitait effectivement pas loin, ce qui poussa Bérénice à croire que la victime s'était fait assassinée en rentrant chez elle. La policière regarda l'homme qui les entrainait déjà dans l'ascenseur de l'immeuble, en voyant l'air triste qu'il arborait, elle fut prise d'un nouveau haut-le-cœur. Cette enquête avait vraiment quelque chose d'anormal. L'homme les entraina dans son appartement.
« - Asseyez-vous. Vous voulez un café ?
« - Non merci, je préfèrerai en venir directement à ce pourquoi nous sommes là, si ça ne vous dérange pas. »
Jules parut surpris du manque de tact de sa collègue qui avait pour habitude d'essayer de mettre à l'aise les personnes qu'elle interrogeait. Monsieur Bousquet était pourtant trop perturbé pour réagir à l'indélicatesse de l'officier, il fit un signe de tête pour montrer sa compréhension.
« - Je comprends parfaitement, vous n'avez pas de temps à perdre, vous voulez l'arrêter et je ferai ce que je peux pour vous aider.
- Merci, alors, pour commencer, votre femme vous avait-elle parlé d'une personne étrange qui l'aurait interpellée ou suivi ?
- Pas dans mes souvenirs, en tout cas. »
Le téléphone de Bérénice sonna dans sa poche. Elle s'excusa avant de raccrocher pour continuer à questionner l'homme.
« Et existe-t-il quelqu'un qui aurait pu lui vouloir du mal ? »
Ce fut au tour du téléphone de Jules de sonner il fit un signe de la main et sortit de la pièce pour répondre à l'appel.
« - Je ne pense pas, elle était adorable, alors au point de la tuer... »
Le mari laissa sa phrase en suspension quelques secondes avant de reprendre.
«  - Mais c'est vrai que récemment on a eu quelques problèmes avec nos voisins du dessus.
- J'aimerai savoir pourquoi, ça peut nous aider pour l'enquête.
- Ils nous trouvaient trop bruyants, juste trop bruyants. Rien qui ne justifie un meurtre !
- Et vous ne vous êtes pas inquiété de ne pas la voir rentrer hier soir ?
- Non, ça arrivait souvent qu'elle passe la nuit chez des amis, sans prévenir.
- Très bien. Je vais me renseigner sur vos voisins. »
Jules revint dans la pièce, coupant la discussion là où elle en était
« - Les autres ont trouvé quelque chose d'intéressant. Merci de votre aide, Monsieur Bousquet.»
Sa collègue le regarda d'un air interrogateur. Il ne sembla pas la remarquer et s'adressa au mari d'un air désolé.
« - Merci de vos réponses, nous vous tiendrons au courant. »
Il attrapa Bérénice par le bras et la poussa dehors. La porte fut à peine refermée que les enquêteurs purent entendre le mari de la victime éclater en larmes.
« - Pauvre homme, il vient de perdre sa femme, ça a dut être vraiment dur pour lui de devoir répondre à toutes ces questions. »
Jules avait parlé sur un ton de reproche, sa partenaire n'avait pas choisi la façon douce pour questionner le veuf : Elle avait enchainé les questions sans chercher à le ménager. Elle ne fit pas attention à la réplique de son équipier.
« - Alors, pourquoi on part comme ça ? Ils ont trouvés quelque chose?
- Oui, ils m'ont dit qu'ils avaient trouvé un message du tueur. »
Une fois sorti de l'immeuble, les officiers Leclerc et Lavoie allèrent au bout de la rue et tournèrent à gauche afin de se retrouver derrière les quelques journalistes qui essayaient encore d'obtenir des informations malgré les multiples refus de l'équipe de policiers. Ils passèrent sous le cordon et rejoignirent leurs collègues. L'un d'eux leur tandis un sachet en plastique dans lequel se trouvait le morceau de tissu que tenait la victime sous ses mains.
« - C'est le mouchoir que tenait la victime dans les mains. Il y a quelque chose d'écrit dessus. »
Bérénice avait pensé que la disposition du corps et le placement du mouchoir sur le cœur de la victime était uniquement faits pour montrer une certaine sorte de regret envers l'âme de la femme morte mais cela avait apparemment servi à délivrer un message. Jules enfila ses gants, prit le sachet, l'ouvrit et se saisit du mouchoir. L'enquêteur parut tétanisé lorsque, en le dépliant, il découvrit les petites lettres de sang qui y étaient inscrites.
« Je vous avais prévenu, cette femme me suivait, j'en suis sûre, j'entendais sa voix. »
La jeune femme lut et relut le mot à maintes reprises mais elle était incapable de leur donner un sens. À qui ces mots pouvaient-ils bien s'adresser ?
« - J'ai déjà entendu ça quelque part, articula difficilement Jules.
- Tu as déjà entendu ça ? Où ?
- C'est Jane Doe.
- Jane Doe ? Qui c'est ?
- J'ai entendu ceux qui répondent aux appels de secours parler d'une femme qui leur téléphone assez souvent depuis deux mois. Elle prétend être suivit et assure entendre les autres femmes qui la suivent parler dans son dos. Mais dès qu'ils lui demandent comment elle s'appelle, elle raccroche. Ils n'ont jamais le temps de trianguler l'appel. 
- Et tu penses que ça pourrait être elle qui l'aurait assassiné ?
- Il faudrait avoir accès aux enregistrements de ses appels et comparer le vocabulaire employé pour en être persuadés mais c'est possible. »
Jules prit le mouchoir en photo sur son portable, le rendit à l'agent qui lui l'avait donné et il se dirigea avec Bérénice vers leur voiture de fonction : il leur fallait ces enregistrements. Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent au poste de police. Ils entrèrent et trouvèrent Fabien, un des gars du standard, comme ils appelaient les personnes qui répondaient aux appels de secours, devant la machine à café.
« - Alors Fabien ? Une petite pause ? Ça tombe bien, on a besoin de toi !
- Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui peut être suffisamment urgent pour nécessiter un génie comme moi ?
- T'emballe pas, mon grand, répondit Jules d'un ton moqueur. On a juste besoin d'écouter les enregistrements de Jane Doe.
- Jane Doe ? Si vous voulez, même si je vois pas en quoi ça peut vous servir.
- Juste comme ça, parce qu'on s'ennuie, répliqua une Bérénice plus sarcastique que jamais. Non, plus sérieusement, elle pourrait avoir commis un meurtre.
- Ah... »
Fabien resta à contempler le vide un certain temps avant de pouvoir exprimer les pensées qui lui bousculaient l'esprit.
« - Ça fait presque deux mois qu'elle appelle, elle prétend être suivit par d’autres femmes, elle dit qu'elle les entend dans son dos parce qu'elles ne sont pas discrètes mais qu'elle n'arrive pas à les voir. Elle parle rapidement, trop rapidement pour qu'on puisse lui poser la moindre question. Il arrive qu'on ait le temps de lui demander son nom mais elle ne répond pas. Et elle raccroche tout le temps avant qu'on puisse la localiser. Le pire, c'est qu'elle utilise une carte prépayée. On n’a aucun moyen de savoir qui elle est. On avait finit par penser à un canular. On avait tort.
- C'est pas grave, Fabien, j'aurais pensé pareil, le rassura Jules. J'ai juste une question, si vous ne connaissez ni son nom ni son prénom, pourquoi l'avoir appelé Jane Doe ?
- C'est le nom utilisé pour désigner les femmes sans identité aux États-Unis, répondit Bérénice du tac au tac. T'es sûr que tu travailles dans la police toi ? »
L'enquêteur ne releva pas la plaisanterie. Ça faisait maintenant plus de cinq ans qu'il travaillait en duo avec sa collègue et, pour la première fois, il n'était pas d'humeur à rire avec elle. Cette enquête était décidément mauvaise pour leur moral à tous les deux.
« - Bon, je vous copie les enregistrements sur une clé USB, vous les aurez dans quelques minutes.
- Jules, va avec lui. Moi je vais voir comment avance l'autopsie et après je retourne me renseigner auprès des habitants de la rue dans laquelle a été retrouvé le corps de Leslie, c'est peu probable qu'une personne se soit fait tuer ici sans que personne ne remarque quoi que ce soit. »
Et, sur ces mots, ils se séparèrent, comme ils avaient l'habitude de faire. Bérénice était une femme de terrain tandis que son collègue était un homme de bureau, plus doué pour obtenir les informations sur un ordinateur. Il monta à l'étage, au service téléphonique, pendant qu'elle descendait au sous-sol, à la morgue.
Les gars du standard avaient rassemblé tous ­les enregistrements de la femme anonyme dans un même dossier. Ainsi, Fabien n'eut pas de mal à les retrouver pour les fournir à l'officier. Ce dernier décida de les écouter sur place pour être présent au cas où Jane Doe appellerait à nouveau. Les fichiers étaient classés par ordre chronologique, ce qui permit à Jules de retrouver le premier appel. Il enfila ses écouteurs et l'écouta.
« - Allô, j'ai un problème. Je suis suivie, par une femme, ou plusieurs. Je les entends discuter. Mais dès que je me retourne, elles ne sont pas dans mon dos. J'ai peur.
- Madame, qui êtes-vous ? Où vous trouvez-vous ? Ces femmes, arrivez-vous à les reconnaître grâce à leurs voix ? »
La fin de la communication fut annoncée par une sonnerie significative, la femme avait raccroché. L'homme lança un nouveau fichier audio. Il prit son téléphone, regarda la photo du mouchoir et relut les mots en écoutant l'enregistrement. Une idée commença alors à germer dans son esprit.
Bérénice, quand à elle, était arrivée à la morgue au moment où Noémie Constant, le médecin légiste, prenait son téléphone pour l'appeler.
« - Bérénice ! Tu tombes bien, je viens de finir l'autopsie. Apparemment, elle serait morte dans la nuit, vers une ou deux heures du matin. Pour ce qui l'a tué, pas de grande surprise, c'est la balle qui est allée se loger dans son cerveau. Une balle de calibre 9mm Parabellum, affirma Noémie.
- C'est le calibre le plus répandu, n'importe qui peut en avoir un ! Ça aide pas vraiment. »
L'enquêtrice réfléchit un instant pour comprendre qu'ils n'avaient quasiment rien pour les aider à résoudre cette enquête. Elle avait besoin de se remettre les idées au clair. Et, maintenant que son collègue était occupé à écouter les appels anonymes, qui de mieux que Noémie pour l'aider à réfléchir ? Elle lui fit part de ses doutes.
« - Au final, on n'a pas grand chose sur ce coup.
- Tu m'aiderais plus si tu parlais à l'affirmatif ! Fais plutôt la liste de ce que tu sais.
- Déjà, on sait que ce n'est pas un tueur, mais une tueuse.
- Une tueuse ? Bien, comment vous le savez ?
- On a retrouvé un message, selon elle, elle entend des personnes la suivre. Les gars du standard prétendent qu'une fille passe souvent des appels anonymes, Jules est à vérifier qu'il s'agit bien de la même personne. Et aussi, sur ce message, elle utilise l'adjectif sûre au féminin. Alors soit c'est une femme, soit c'est un homme ayant un problème avec la grammaire.
- Ok, ensuite, qu'est-ce qu'on sait d'autre ?
- Je ne sais pas vraiment. Est-ce que la balle a été tirée à bout portant ?
- Non, je n'ai trouvé aucune trace de poudre autour du point d'entrée ni sur les vêtements de la victime.
- Donc, la tueuse est une bonne tireuse, voire une très bonne tireuse. On n'a retrouvé aucune autre balle, ça veut dire qu'elle l'a mise dans la tête du premier coup. Même si c'est pas super dur, se moqua Bérénice qui avait déjà gagné plusieurs coupes dans des concours de tirs.
- Bien, madame la championne. Et quoi d'autre ?
- Aucune idée. Cette femme me surprend. C'est impossible d'être aussi discret !
- Justement ? Essaye de comprendre, insista Noémie. Le meurtre, où s'est-il déroulé ?
- En pleine rue, et alors ?
- Plus précisément quelle sorte de rue ?
- Je sais pas, moi ! Une rue bordée d'immeubles !
- Et pourquoi personne ne s'est plaint d'avoir entendu un coup de feu ?
- Parce que personne n'a entendu de coup de feu ! Un silencieux. Tu es génial, s'exclama Bérénice ! Comment j'ai pu ne pas y penser avant ? Je comprends vraiment pas pourquoi tu te terres dans cette morgue et dans ton laboratoire miteux. Tu serais meilleure sur le terrain !
- Enfin, j'ai juste appris que la tueuse avait un silencieux. Ça n'aide pas tellement. Si on réfléchit bien, je suis sûre qu'on peut en trouver quasiment partout.
- C'est vrai, se reprit l'officier. Même moi j'en ai un.
- Hormis ça, on a quoi d'autre ?
- Rien. Dommage, on était bien partis. »
Elles restèrent ensemble pour réfléchir à ce qu'elles avaient manqué. Elles se torturaient le cerveau depuis un moment lorsque Bérénice se rappela qu'il lui restait du travail à l'extérieur.
« Bon, je t'appelle si j'ai du nouveau et que j'ai besoin d'un avis d'expert, je sais que t'es la meilleure ! Faut que j'aille revérifier que personne n'ait rien vu. »
L'agent était à peine rendu sur le parking du poste que son portable se fit entendre dans la poche de son pantalon. L'appel venait de Jules.
« - Bérénice ? Tu pourrais me rendre un service ?
- Si c'est pour l'enquête, je devrais pouvoir m'arranger, tenta-t-elle de plaisanter.
- J'aurais besoin que tu ailles me chercher quelques informations, j'ai eu une idée à propos de notre Jane Doe. »
L'officier Lavoie, après avoir donné ses instructions, retourna écouter les fichiers que lui avait fournit Fabien. Il en avait déjà écouté la moitié et pour l'instant, tous les appels se ressemblaient. La mystérieuse correspondante ne semblait pas vouloir délivrer d'indice sur le grand secret de son identité. Nouvelle sonnerie : la femme avait de nouveau raccroché. Un de moins à écouter. C'est à ce moment qu'il remarqua quelque chose d'étrange : après celui-ci, les appels s'arrêtaient pendant environ une semaine alors qu'ils arrivaient en moyenne tous les deux jours auparavant. Ce n'était peut-être qu'une coïncidence mais il ne pouvait pas le négliger. Il s'enfonça dans son siège et lança l'enregistrement. Le ton que la femme avait employé surprit Jules dès les premiers mots : elle parlait avec agressivité.
« Ils s'étaient arrêtés de me suivre ! Je le sais, ils n'étaient plus là. Je pensais que c'était grâce à vous ! Et ils ont recommencé, ils sont de retour à présent. J'en suis sûre. Je les entends. Et vous qui ne faîtes jamais rien. Je me sentais en sécurité avec vous, pourtant. Je ne sais même pas pourquoi je continue de vous appeler. »
Nouvelle sonnerie. Les appels suivants repartaient sur la même fréquence que précédemment, elle avait continué à passer des coups de fil malgré tout. Jules releva la tête juste à temps pour voir un des gars du standard lui faire un signe de la main. Il était en plein appel. L'enquêteur se précipita et prit une oreillette qui permet d'écouter la conversation que tenait l'homme avec son interlocuteur. Ou plutôt, son interlocutrice : Jane Doe.
«  - ...un moment. Et elles ont recommencés, je pensais que d'en tuer une les ferait toutes se taire et ça n'a marché qu'un instant. Si vous ne faîtes rien pour les...
- Bonjour, je suis l'officier Lavoie, la coupa Jules, qui avait arraché le combiné à son collègue. Je suis là pour vous aider. Mais comment voulez-vous qu'on vous aide si vous ne nous dîtes pas qui vous êtes ? »
Pour la correspondante mystérieuse, ce fut le blanc. La femme ne devait pas avoir l'habitude qu'on lui coupe la parole. Et elle ne devait pas s'attendre à ce que ça lui arrive lorsque c'était la police qui lui parlait. L'officier devait continuer comme ça, s'il arrivait à retenir la femme au bout du fil assez longtemps, ils auraient le temps de la localiser.
« - Je, sembla hésiter Jane Doe. Je... J'en tuerai d'autres, jusqu'à ce qu'elles arrêtent. »
Elle raccrocha. Jules lança un regard désespéré à l'homme qui se tenait à côté de lui. Ce dernier lui fit comprendre, d'un signe de tête, que la discussion n'avait pas été assez longue. Mais, pour la première fois, quelqu'un avait réussi à la faire réagir. Même si ce n'était pas dans le bon sens, c'était déjà un pas de fait. Il fallait qu'il prévienne Bérénice. Mais pas maintenant, il ne voulait pas la déranger, surtout pendant qu'elle faisait ce qu'il lui avait lui-même demandé de faire. Il attendrait que ça soit elle qui l'appelle.
En effet, sa collègue faisait ce qu'il lui avait demandé de faire. Elle patientait, seule, dans la salle d'attente d'un psychologue. Elle s'était endormie lorsque le praticien entra.
« - Excusez-moi, madame. Je ferme à quatre heures tapantes le mercredi. Je viens de laisser partir mon dernier client. Si c'est pour prendre un rendez-vous, il faut appeler ma secrétaire.
- Ce n'est pas pour un rendez-vous. Je suis l'officier Leclerc, se présenta Bérénice en lui montrant sa plaque. J'aurai besoin de votre aide pour une enquête. Ce ne sera pas long.
- Très bien, entrez. Ce n'est pas à cause d'un de mes clients, j'espère ?
- Ce sera à vous de me le dire, justement. »
Elle suivit l'homme dans son cabinet. Ils s'assirent tous les deux autour du bureau et l'enquêtrice expliqua au psychologue les détails de l'enquête sur laquelle elle travaillait. Elle sortit son portable, Jules lui avait envoyé des enregistrements par message. Elle les fit écouter à l'homme assis face à elle. Il sembla perplexe.
« - Ce n'est pas une de mes clientes. Elle ne semble même pas savoir qu'elle a un problème. Je pense qu'elle pourrait souffrir d'un dédoublement de la personnalité. Ça expliquerait les voix. Après, ce n'est qu'une possibilité parmi tant d'autres. Vous avez envisagé qu'elle soit vraiment suivi ?
- Oui, mais ça me semblait peu probable. Ce qui me dérange, c'est qu'elle entend les voix autour d'elle et pas dans sa tête. Ce n'est pas comme ça, normalement ?
- Vous regardez trop de séries télés. Les voix sont bien dans sa tête, mais elle ne le sait pas. Beaucoup de personnes souffrent de maladies mentales, même mineures, sans jamais s'en rendre compte. »
L'officier remercia l'homme et sortit. Sans vraiment savoir pourquoi, elle ressentait de nouveau le même malaise que le matin, lorsqu'elle avait vu le cadavre. Selon elle, c'était surement un trop fort sentiment de compassion pour la pauvre femme qui ne se savait même pas malade. Elle essaya de ne plus y penser. Elle prit son téléphone et composa un numéro.
« - Jules ? Tu avais raison, le psychologue m'a presque confirmé qu'il s'agissait bien d'une maladie mentale, sans doute un dédoublement de la personnalité.
- Comment ça, presque ?
- Il m'a demandé si on avait envisagé qu'elle soit vraiment suivi. Je lui ai dit qu'on avait rejeté l'hypothèse. Je t'expliquerai en revenant. Quelque chose de neuf de ton côté ?
- Oui, elle a rappelé. Je l'ai retenu un peu mais pas assez. Par contre, j'ai réussi à la déstabiliser.
- Génial ! Elle t'a appris quelque chose ?
- Ouais, mais j'aurai préféré éviter. Elle m'a promit d'en tuer d'autres jusqu'à ce qu'elles arrêtent de la suivre. Mais si personne ne la suit, elle ne s'arrêtera jamais.
- Sauf si nous l'arrêtons nous même. Et le plus vite sera le mieux. »
Bérénice retourna au poste de police. Elle s'installa à son bureau, sur lequel elle étala les photos, les dossiers. Tout ce qu'elle avait sur cette Jane Doe et sur le meurtre qu'elle avait commis dans la nuit précédente. Elle lut, regarda, relut, regarda à nouveau et ne trouva rien qui pourrait la faire avancer. Elle éloigna alors son siège et rejeta la tête en arrière. Il fallait qu'elle se repose, sa tête était sur le point d'exploser. C'est alors que Jules fit irruption dans la pièce qui leur servait de bureau.
« - Alors, ce psy ? Il t'a dit quoi d'autre ?
- Selon lui, Jane Doe pourrait ne pas savoir qu'elle est malade. Il dit que beaucoup de personnes sont atteintes de problèmes mentaux sans s'en rendre compte. Bref, comme tu peux le voir, j'ai passé beaucoup de temps dans la salle d'attente juste pour lui poser quelques questions. Je crois que je m'y suis endormie.
- Je vois le genre ! Pendant que je travaille et que j'essaye d'obtenir des informations auprès de la tueuse, toi tu en profites pour faire une sieste, bien tranquille !
- Je ne sais pas pourquoi je suis fatiguée à ce point. Jane Doe m'épuise, ironisa-t-elle. »
Le ventre de Bérénice choisit ce moment pour se faire entendre. En plus d'être épuisée, elle était affamée. Il était déjà dix-sept heure trente et elle n'avait pas mangé le midi. Qu'avait-elle fait de sa journée ? Elle était arrivée sur les lieux du crime en fin de matinée. Elle avait alors été interroger le mari. Ensuite, elle était rentrée au poste. Elle avait passé tout son début d'après-midi avec Noémie. Puis elle avait été chez le psychologue. Et enfin, elle était revenue, pour la seconde fois de la journée, au poste pour passer son temps restant penchée sur des preuves qui semblaient ne pas vouloir révéler leur secret. Son emploi du temps sonnait creux. Elle plaça ça sur le compte de la fatigue.
« Bon, je vais rentrer chez moi pour essayer de comprendre à tête reposée. J'emmène les dossiers. Tu m'appelles dès que t'as quelque chose, même une idée. »
Elle fourra toutes ses affaires dans son sac à main, prit les dossiers sous ses bras, salua son collègue et sortit de la pièce. Jules se retourna alors vers son bureau. Il entreprit de faire un plan réunissant tout ce qu'il savait. Il faisait ça à chaque fois. Il croisait des schémas, des idées des déductions et cette technique avait porté ses fruits dans plus d'une enquête. Il était en train de prendre une feuille de papier à côté de son ordinateur lorsqu'il entendit quelqu'un s'éclaircir la voix dans son dos. Il regarda alors derrière lui : Bérénice était revenue et se tenait dans l'encadrement de la porte.
« - Je viens de recevoir un texto de Noémie. Il n'y avait aucune empreinte sur le mouchoir et le sang est celui de la victime. Le contraire m'aurait étonné. Bref bonne soirée.
- À demain. Je sais que ça va être dur mais essayes de te reposer. T'as l'air à bout. »
Elle lui adressa un sourire las et quitta à nouveau la pièce. Il reprit donc sa feuille et s'appliqua à faire son plan. Il lui manquait forcement quelque chose, sinon il ne serait pas bloqué comme ça. L'autopsie ! Il avait oublié d'en parler avec Bérénice. Mais il préférait la laisser tranquille pour la soirée, il irait directement voir Noémie. En le voyant arriver, cette dernière prit un ton révérencieux :
« - L'officier Lavoie, soyez le bienvenu dans mon antre souterraine.
- Légiste Constant, répondit-il, amusé. Tout le plaisir est pour moi !
- Qu'est-ce qui t'amène mon grand ? On ne te voit pas souvent dans le coin !
- Je voudrais parler de l'autopsie de Leslie Bousquet.
- J'ai déjà tout raconté à vos collègues, monsieur l'agent, se moqua gentiment la légiste.
- Mais je n'ai pas eu le temps de leur en parler et je me suis dit que je pourrais en profiter pour passer faire une visite de courtoisie à mon amie de longue date.
- C'est fort aimable de votre part, cher ami.
- Bon, maintenant, soyons sérieux. Dis-moi que tu as quelque chose qui peut m'aider, parce que je pense que je vais finir par me mettre à pleurer si rien de bien ne me vient.
- Je vais faire court, je pense pas que je puisse t'aider beaucoup. Je te passe le rapport, tu pourras regarder ce que tu veux comme ça. Et surtout, je vais pouvoir rentrer chez moi et me faire couler un bon bain chaud. »
Elle remit le dossier à Jules et prit son manteau sur son bureau. Décidément, l'enquêteur était le seul à continuer de travailler aussi tard. Peut-être qu'il aurait dû rentrer chez lui, comme les autres, après tout. Mais il n'y aurait plus personne pour rechercher la véritable identité de notre tueuse mystérieuse. Il remonta à son bureau et lut le rapport. Noémie n'avait pas menti, il n'y trouva rien qui puisse l'aider à avancer. Il le jeta et inscrivit ce qu'il avait appris sur sa feuille de papier, remplie d'éléments de l'enquête rangés dans le désordre. Il était toujours le seul à comprendre ce qu'il notait sur ses plans. D'ailleurs, ce n'était même pas des plans, il les appelait comme ça parce qu'il aimait donner un nom à ses méthodes de travail. Et pour la première fois depuis qu'il avait trouvé cette méthode, le morceau de papier resta autant silencieux que la femme découverte le matin même.
Ses yeux se posèrent alors sur un mot en particulier : « mouchoir ». C'est vrai, pourquoi le mot avait été écrit sur un mouchoir ? Surement parce que c'était la premier chose sur laquelle Jane Doe pouvait écrire à lui être passé sous la main. L'idée transcenda alors Jules : Et si la disposition du corps n'était pas due à une quelconque forme de regret mais avait servi à la fois à conserver le mouchoir comme un objet précieux entre les mains de la défunte mais aussi à le pointer du doigt pour être sur que les enquêteurs le trouvent ? Ça voudrait dire que la tueuse n'aurait voulu confier cet objet qu'à la police. Une sorte de confiance. ll avait déjà entendu ça le jour même ! Il eut besoin de mobiliser toute sa mémoire pour se souvenir : l'appel qu'elle avait passé après une semaine de silence. Celui dans lequel elle prétendait faire confiance à la police. Jules se repassa l'enregistrement pour retrouver les mots précis utilisés par la tueuse « Je me sentais en sécurité avec vous, pourtant. » Voilà ! Qu'est-ce qui aurait pu la pousser à penser que la police était exceptionnelle ? Et si elle avait déjà été sauvée ? L'enquêteur regarda par la fenêtre. Il faisait déjà nuit dehors, il s'était surement encore laissé emporter dans ses recherches trop longtemps, suffisamment longtemps pour se prendre pour un criminologue. Cette pensée lui tira un sourire. Il rangea ses affaires et rentra chez lui.

Bérénice fut tirée du sommeil par la sonnerie de son téléphone. Elle le chercha du bout des doigts à côté d'elle, tout en restant allongée. Elle allait abandonner ses recherches lorsque ses doigts entrèrent en contact avec l'écran de l'appareil.
« - Allô ?
- Je ne te réveille pas, j'espère ?
- Jules ? Oh mon dieu ! Il est quelle heure ?
- Environ huit heures et demie. Et on a un nouveau cadavre sur les bras !
- J'arrive tout de suite ! C'est où ?
- En sortant de ton immeuble, tu tournes à droite puis tu prends la première à droite.
- C'est juste à côté de chez moi ?
- Il faut croire. Avec un peu de chance tu vas pas te perdre en venant ! »
L'enquêtrice raccrocha et se décida enfin à ouvrir les yeux. C'est à ce moment qu'elle se demanda ce qu'elle avait fait la veille au soir. Elle dormait dans son canapé, c'était la première fois que ça lui arrivait. Elle se redressa et remarqua les dossiers éparpillés sur la table basse de son salon. Elle avait sans doute passé sa soirée à réfléchir à l'identité de Jane Doe. En posant le pied au sol, elle fit crisser un morceau de verre. Elle avait dû boire dedans et le casser ensuite, ce qui expliquait qu'elle ne se rappelait de rien. Elle nettoierait les débris plus tard, il fallait qu'elle rejoigne son équipier.
Elle fut à peine arrivée sur la scène de crime que le malaise qui l'avait tenu toute la journée de la veille la prit à nouveau. Elle aperçu alors le corps allongé sur le sol, jambes tendues et bras écartés. Elle avait, elle aussi, prit une balle dans le front. Elle s'approcha de son collègue et lui posa
« - Est-ce que c'est une autre victime de Jane Doe ?
- Oui, même mode opératoire.
- Elle a laissé un message, ici aussi ?
- Si c'est le cas, on ne l'a pas encore trouvé. »
Ils s'approchèrent du corps de la jeune femme. Cette dernière portait une veste fermée jusqu'au col. Jules repensa à sa théorie de la veille, si le corps était disposé de sorte à indiquer l'emplacement du message, alors que montraient les bras écartés de la femme ? Il crut alors remarquer un détail qui ne l'avait pas encore frappé :
« - Ses vêtements sont remplis de sang.
- C'est normal, rétorqua Bérénice. Elle s'est prit une balle !
- Oui mais dans la tête, le côté avant de sa veste est couvert de sang alors qu'elle est couchée sur le dos ! Encore, s'il n'y avait que quelques éclaboussures mais là on dirait que ça a trempé dans la flaque.
- À quoi est-ce que tu penses ?
- On dirait que le corps a été tourné ou que sa veste a été ouverte. »
L'enquêteur enfila des gants et déboutonna le manteau de la victime. Sur son tee-shirt étaient inscrits des mots qui ne lui étaient pas étrangers :
« J'en ai tué une autre, elles arrêteront peut-être, cette fois. »
« - J'en reviens pas, éructa Jules. Cette femme est vraiment folle.
- Il faut qu'on l'arrête au plus vite ! Mais on n’a rien de concret contre elle !
- Je crois que j'ai une idée. Reste dans le coin, tu pourrais commencer par aller chez toi et te doucher, ça se voit que t'as passé une mauvaise nuit.
- Et toi ? Tu vas faire quoi ?
- Je vais retourner au poste et attendre qu'elle appelle. Cette fois je vais réussir à la retenir et dès qu'on l'aura localisé, tu seras la plus proche pour l'intercepter.
- Très bien, bon courage. T'as intérêt à l'avoir, cette détraquée ! »
Bérénice retourna dans son appartement pendant que Jules allait au poste. Il fut à peine arrivé qu'il monta au standard. Un des gars lui fit un signe de la main dès qu'il fut entré dans la pièce, il était en ligne avec Jane Doe. L'officier courut jusqu'au téléphone et l'arracha des mains de son collègue juste à temps pour entendre que la correspondante avait raccroché : Il était arrivé trop tard.
« - Qu'est-ce qu'elle a dit ?
- Je ne sais pas, ça c'est passé trop vite.
- Dîtes moi ce qu'elle a dit, s'énerva Jules. Sauf si vous voulez que d'autres personnes ne meurent ! Je veux l'enregistrement, sur le champ ! »
L'enquêteur ne parlait plus, il hurlait. Le pauvre homme se trouvant face à lui se retourna vers son ordinateur, fouilla dans les dossiers et ouvrit un fichier audio. La voix de Jane Doe se fit entendre.
« Ça n'a servit à rien. Ça ne sert jamais à rien. Je tuerai, je tuerai, je tuerai ! »
La promesse fit frissonner Jules. Il devait prévenir Bérénice, il prit son portable et composa son numéro. Le téléphone sonna à plusieurs reprises mais personne ne répondit. Évidemment, sa collègue devait être à se prélasser sous la douche. Comment une enquête pouvait-elle déraper à ce point ?
« - Éclaire ma journée, gronda Jules sur l'homme qui avait décroché à Jane Doe. Dis-moi que tu as conservé le numéro de cet appel ?
- Oui, je te le passe. »
Jules pouvait appeler la femme lui même ! Il n'y avait pas pensé avant mais c'était une meilleure méthode que d'attendre inutilement un nouveau coup de fil. Son collègue lui tendit un papier avec le numéro recopié.
« - Et toi, pendant ce temps, tu la localises ! »
Il tapa le numéro et attendit que quelqu'un réponde. Il pensait que les sonneries allaient s'étendre à l'infini lorsqu'une voix de femme arriva à ses oreilles.
« - Qui êtes-vous ? Que me voulez vous ? C'est vous qui me suivez ?
- Excusez-moi, je suis l'officier Jules Lavoie, on s'est déjà parlé hier. Je veux juste faire en sorte que les voix que vous entendez s'arrêtent. Et pour cela, j'ai besoin de venir vous voir, en personne. Il faut que vous me disiez votre prénom et votre nom, ou simplement un endroit où nous pourrions nous retrouver.
- Pourquoi vous feriez ça ? Vous mentez ! Tout ce que vous voulez, c'est m'arrêter pour avoir tuer ces deux femmes. Pourtant, elles le méritaient !
- Personne ne mérite de mourir. Vous devez m'écouter.
- J'aimerai pouvoir vous faire confiance ! »
Jules ne savait plus quoi répondre, la femme recommençait à parler de confiance ! Il allait parler lorsqu'il entendit un énorme bruit à l'autre bout du fil, comme un énorme jet d'air. Jules n'y prêta pas attention sur le moment. Le ronflement fut suivit d'une petite sonnerie, sortant de l'ordinateur du gars du standard : Il avait l'adresse ! Il fallait maintenant qu'il mette fin à cet appel.
« - Écoutez-moi, maintenant, s'emporta-t-il. Et attentivement ! Tout ce en quoi vous croyez est faux, vous avez fait des morts et vous allez devoir être punies mais vous allez surtout être aidée si vous vous rendez ! »
Il allait clore la discussion lorsqu'un bruit violent l'empêcha d'appuyer sur la touche servant à raccrocher. Un coup de feu ! L'enquêteur remit le téléphone contre son oreille :
« - Qu'avez-vous fait ?
- Je l'ai tué elle aussi ! Elle existait, je le sais et elle me suivait. N'essayez pas de me faire passer pour une folle !
- Attendez ! S'il-vous-plaît ! »
Il était déjà trop tard, elle avait coupé la communication. L’officier nota l'adresse qui s'affichait à l'écran, il n'avait pas de temps à perdre, Jane Doe perdait le contrôle. Il descendit au rez-de-chaussée et fit un signe à des agents. Il courut sur le parking, monta dans sa voiture, accompagné des ses collègues et appela Bérénice.
« - Âllo ?
- Âllo ? Bérénice, on a repéré Ja...
- Non, je déconne, vous êtes sur mon répondeur. Laissez un message ! »
C'était la meilleure, elle ne répondait toujours pas ! Il se décida à laisser un message, en espérant qu'elle ne l'entende à temps.
« - On a trouvé où se cachait Jane Doe ! Je t'envoie l'adresse par texto, rejoins-nous dès que possible. »
Il envoya le message et roula plus vite qu'il ne l'avait jamais fait. Il arriva à l'adresse en moins de cinq minutes. Il se tourna vers les agents qui l'accompagnaient.
« - Surveillez toutes les entrées, ordonna Jules. Ne laissez personne sortir ! »
Il s'agissait d'un immeuble. Retrouver Jane Doe, si elle se trouvait encore à l'intérieur, n'allait pas être une mince affaire. Beaucoup de personnes étaient sorti à l'entente du coup de feu, il était possible qu'elle se soit glissée parmi eux. Mais personne ne sut renseigner l'officier sur l'étage duquel venait le tir. Selon eux, personne ne s'était enfuis, toutes les personnes qui s'étaient trouvées dans le bâtiment étaient maintenant entassées dans la rue. Jules dépêcha l'un de ses agents à interroger tous les témoins, peut-être que l'un d'eux avait vu quelque chose de plus et était capable de les aider. Il appela de nouveau sa collègue, son absence commençait à l'inquiéter. Toutes sortes d'images passaient dans sa tête, il imaginait déjà retrouver Jane Doe, penchée sur le cadavre de la jeune femme. Cette pensée le fit frissonner. Il se décida à agir au moment où il tomba de nouveau sur le répondeur. Il entra en trombe dans l'immeuble et monta au premier étage.
« - Est-ce qu'il reste quelqu'un ici ? Si quelqu'un m'entend, qu'il se montre ! Je suis l'officier Lavoie, je fais partie de la police. »
Personne ne répondit. Il réessaya au second étage, puis au troisième, toujours en vain. Il arriva sur le toit, personne ne s'y trouvait. Jane Doe avait réussi à partir, d'une façon ou d'une autre, sans que personne ne l'ait vu. L’officier redescendit les trois étages, dépité. Il reprit son téléphone et appela une fois de plus Bérénice. La première sonnerie n'avait pas encore retentit qu'il comprit pourquoi la tueuse ne se trouvait pas aux étages. Durant la communication avec la tueuse, Jules avait entendu un bruit semblable à de l'air sous pression sans y prêter la moindre attention. Il comprit à l'instant que c'était le même bruit que celui d'une chaudière : La femme était au sous-sol ! L'homme alla jusqu'à l'escalier et le descendit le plus vite et le plus silencieusement qu'il pouvait. Arrivé en bas, il entendit une sonnerie. Il se rappela qu'il était encore en train d'appeler Bérénice, et c'était surement son portable qui sonnait quelque part dans la pénombre. Jane Doe l'avait vraiment tué ! Il mit son téléphone dans sa poche pour se libérer la main, de laquelle il dégaina son arme, tandis qu'il allumait sa lampe de l'autre. La lumière, en éclairant le sol, illumina une flaque sanglante. Jules éclaira alors la forme humaine de laquelle coulait ce liquide poisseux. Un corps de femme morte, étendue dans une position qui semblait ne pointer vers aucun message. Ce n'était pas sa collègue ! Mais où était-elle, alors ?
« - Bérénice, tu es là ?
- Jane Doe... »
L'homme tourna la lumière vers le coin d'où venaient les paroles prononcées. Bérénice y était roulée en boule, sale et sanglotante. Il s'approcha d'elle en douceur.
« - Jane Doe, qu'est-ce qu'elle a ? »
La question n'avait aucun sens, il s'attendait déjà à la réponse. Mais il refusait d'y croire. Cependant, il y avait ce sentiment en lui, un sentiment de certitude qui lui disait que c'était largement possible, voire même envisageable. Après tout, le psychologue avait dit que Jane Doe pouvait ne pas se savoir malade. Bérénice qui avait dit s'être endormie dans la salle d'attente, lorsque son collègue était au téléphone avec la suspecte. Et Jules n'avait jamais été accompagné de son équipière lorsqu'il répondait aux appels anonymes. Et le calibre de l'arme, qui était le même que celui utilisé par la police. Et elle devait effectivement faire confiance à la police car elle en faisait elle-même partie. Et si elle avait réussi à viser la tête dès le premier tir à deux reprises, c'était grâce à ses talents de tireuse. Elle avait dû le comprendre elle-même après avoir tué cette troisième victime, ce qui l'avait empêché de fuir. Les éléments s’emboîtaient un à un dans la tête de Jules lorsque Bérénice recommença à parler :
« - Jane Doe... C'est moi ! »

Voici les critiques négatives qui m'ont déjà été faite (et dont je me souviens :oops: ) :
- On devine trop facilement l'identité de la meurtrière
- Le manque de vraisemblance

Pour les critiques positives, je ne m'en souviens plus :oops:


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Maroujo
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Message par Maroujo » 07 sept. 2014, 18:58

Ensuite, voici une nouvelle que j'ai créée pour un concours d'écriture imaginaire au mois de mai cet année, le thème que j'ai choisi était "Banlieue Rouge". Je ne sais pas vraiment s'il peut rentrer dans la case fantastique ou SF, même si je pencherai légèrement pour ce second.

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Du sang sur les pavés, c'était presque tout ce qu'il restait de l'attaque des Demi-Démons. Flaque pourpre au milieu de laquelle flottaient les corps desquels coulait ce liquide sanguinolent. Ce quartier méritait plus que jamais son surnom, « la Banlieue Rouge ». Après s’être réveillé avec horreur au milieu de cette marre carminée, Lazare avait inspecté la moindre parcelle de son corps afin de vérifier que son propre sang ne s’était pas mélangé à celui des autres victimes. Un sentiment de contentement macabre s’empara de lui lorsqu’il constata qu’aucune plaie même la plus infime qui soit ne venait zébrer la couleur mate de sa peau. Pourquoi les Demi-Démons l'avaient-ils laissé vivant au milieu des restes du carnage? Savaient-ils au moins qu'il n'était pas mort? Ces questions tournaient en boucle dans sa tête et il était encore trop secouer pour y penser calmement.
Les rues étaient vides de toute personne encore en vie. Lazare préférait encore la Banlieue Rouge lorsqu'elle était agitée. Le silence refléta en lui une vérité inquiétante: le quartier venait encore de battre un record de dangerosité. Lazare avait toujours vécu dans les environs et il aurait voulu pouvoir sauver les habitants du coin. Mais que faire? Il ne pouvait pas éliminer la menace à lui tout seul ! Une seule solution lui semblait possible, il allait devoir demander de l'aide aux Demi-Anges.
Les Demi-Anges. Un groupe d'humain possédant des pouvoirs surpuissants. Ils vivaient dans le "centre-ville", un quartier doré entouré de toute trace de civilisation alentour. Le centre-ville. C'était à cet endroit que Lazare devait se rendre. À cet endroit qu'il allait trouver l'aide dont il avait besoin. Car il savait ce qu'il voulait : défendre le quartier où il avait grandi. Et il y arriverait par tous les moyens.
Il ne prévint personne avant de prendre la route. De toute manière, il n'avait personne à prévenir, il avait toujours été orphelin. Il partit cependant avec le sentiment de laisser quelque chose d’important derrière lui, comme si la Banlieue Rouge avait besoin qu'il reste. Cette pensée le fit sourire, ce n’était pas lui qui empêcherait les Demi-Démons de le détruire si l’envie leur en prenait, de toute manière, et c'était justement pour lui venir en aide qu'il partait.
Il lança un dernier regard triste à ces rues qui l’avaient vue grandir et prit la direction du centre-ville d'un pas décidé. Il allait sortir de la Banlieue Rouge lorsqu'il fut arrêté par deux hommes qui le regardaient d'un air menaçant.
"- Tu compte te rendre où comme ça? Tu ne sais pas que c'est interdit de sortir de là sans autorisation? Avec tout ce qu’il se passe par ici, on n’a pas envie que ça se propage dans le reste de la ville !
- Je vais au centre-ville. Et je n’ai pas envie de changé d'avis. Alors laissez moi passer, je ne suis pas d'humeur."
Les deux gardes éclatèrent d'un rire franc. Comment ce misérable type à l'air décharné pouvait-il leur dicter des ordres? Celui qui avait parlé à l'instant prit de nouveau la parole:
"- Écoute, les Demi-Anges sont bien trop occupés pour s’occuper d'un gars comme toi."
Ils pointèrent alors les lances qu'ils avaient jusqu'ici gardé dans leur dos en direction de Lazare. Si seulement ils ne l'avaient pas sous-estimé, ils ne se seraient pas retrouvés dans la situation qui suivit. Il n'avait fallut que deux secondes au "misérable type à l'air décharné" pour attraper l'une des lances, renverser son propriétaire avec le manche et faucher son second adversaire avec l'arme. Aucun des deux n'avait put réagir. Lazare les assomma tous les deux et continua son chemin. Il aurait peut-être dû leur préciser qu’il avait vécu suffisamment longtemps dans les parages pour avoir développer quelques aptitudes de combats que beaucoup de personnes admiraient.

Le chemin fut long jusqu'au centre-ville, il prenait soin d'éviter les autres gardes. La façon dont s'était terminée la dernière rencontre l'avait un peu effrayé. Mais, aurait-il put savoir qu'en évitant les gardes, il allait tomber sur quelque chose de bien pire? Alors qu'il tournait dans une ruelle, un grand homme encapuchonné vint se poster face à lui. Lazare voulut lui demander gentiment de le laisser passer mais l'homme lui coupa la parole d'une voix nette et tranchante:
"- L'un des nôtres!
- L'un des vôtres? Excusez-moi mais je ne...
- Tu es l'un des nôtres.
- Vous devez faire erreur, je ne vous connais pas!"
Lazare voulait sembler rassuré mais, au fond de lui, il avait peur. Véritablement peur. Il fit un pas pour contourner l'individu mais ne put aller plus loin, une douleur fulgurante le frappa au niveau de l'estomac. Il baissa les yeux pour remarquer la fumée verte qui venait le cueillir au niveau du ventre. Son regard suivit la vapeur jusqu'à sa source : l'homme était entouré d'une aura de la même couleur que la brume. C'est en voyant la lumière verdâtre qui s'échappait des yeux de cet étrange énergumène que Lazare comprit à qui il avait à faire. C'était un Demi-Démon !
Il avait déjà vu certains de ces monstres à l'œuvre, il savait qu'aucun humain ne pouvait leur survivre. La dernière chose qu'il lui restait à faire était de mourir dignement et, pour y arriver, il allait se battre. Il appuya sur ses pieds pour faire un pas en arrière, afin de se soustraire à la fumée. La force qu'il envoya dans ses jambes le fit basculer et il finit par s'effondrer sur le sol de la rue. Sa tête heurta les pavés dans un énorme choc, il sentit le monde tourner autour de lui avant d’entendre des pas qui s'approchaient lentement. Pourquoi le Demi-Démon ne se dépêchait-il pas de l’achever ? La réponse ne pouvait se trouver que dans une phrase : "Tu es l’un des nôtres." Lazare était-il lui aussi un Demi-Démon ?
Deux mains le saisirent au col et le soulevèrent du sol. Le Demi-Démon le tenait face à lui, un sourire inquiétant aux lèvres. Pourquoi n'étaient-ils que tous les deux dans cette ruelle? Il allait forcément y avoir quelqu'un à passer, quelqu'un à le sauver.
"- Maintenant, tu vas venir avec moi!
- Ja... jamais. Tuer-moi... maintenant, qu'on en... finisse.
- Te tuer? Je n'oserai jamais. Après tout, c’est la maîtresse qui demande à te voir. Mais avant, elle veut que je te fasse devenir comme nous."
Lazare aurait aimé ne pas comprendre ce que le Demi-Démon voulait lui dire mais c'était bien trop évident: il était apte à maîtriser les capacités de deux contre qui il avait toujours lutté et cet homme allait introduire ces pouvoirs en lui, faire se réveiller sa part de Demi-Démon. La lumière qui jaillissait de l'œil du personnage se fit soudain plus brillante. Ou alors était-ce l'œil de la victime qui s'était, à son tour, mit à briller.
De la douleur. C'était la seule sensation qu'éprouvait Lazare. Et soudain, plus rien. Le pauvre garçon flottait dans les airs, plus personne ne le retenait. Il ne savait pas ce qu'il se passait. Il avait juste senti la poigne de fer qui le serrait au col le lâcher et son corps être entrainé vers l'arrière par une force étrange, presque irréelle.
Il vola ainsi dans le vide pendant un laps de temps infime qui lui sembla pourtant durer une éternité lors de laquelle il eut tout le temps de se poser de nombreuses questions. Était-ce ce que l'on ressentait lorsqu'on devenait un Demi-Démon? Ne pourrait-il plus jamais vivre une vie normale après cela?
Il finit enfin par s'arrêter de flotter pour être éjecté avec force en arrière, le dos contre un mur. La douleur qui le traversa fut si forte qu’il ne put empêcher son corps de tomber avec une violence inouïe. Il essaya d'ouvrir les yeux pour comprendre ce qu’il venait de se passer mais il ne put que sombrer dans l'inconscient. La premier sens qu'il retrouva fut l'ouïe.
"- ...tu ici? Jamais l'un d'entre vous n'était venu aussi prêt de notre base!
- Il fallait que je récupère ce garçon!
- Pourquoi?!
- Je ne dévoilerai pas les plans de ma maîtresse Rayza, jamais.
- Tant pis pour toi, je vais devoir te tuer, monstruosité !"
Lazare parvint à ouvrir les yeux juste à temps pour apercevoir, à travers le voile blanc qui recouvrait encore sa vue, un nuage orangé de même nature que celui qui émanait du Demi-Démon entourer ce dernier avant de pénétrer dans son aura verte tel un couteau, déchirant son corps en deux. Le garçon, allongé sur le sol n'en croyait pas ses yeux, les Demi-Anges étaient véritablement aussi fort que ce qui se disait dans la Banlieue Rouge. Lazare aurait voulu se lever, courir à eux pour leur parler. Mais il en était incapable, il était tellement faible. L'un d’eux s'approcha de lui et le souleva dans les airs par la force de ses poings. Il se tourna vers ses camarades et vociféra:
"- Celui-là, on l'emmène. Je sens qu'il pourra nous être utile."
Les visages qui opinèrent furent la dernière chose que Lazare vit avant de sombrer à nouveau dans l'inconscient.

"- Regarde, il bouge ! Vas chercher le chef !"
Des bruits de pas s'éloignèrent à toute vitesse pendant que Lazare essayait d'écarter ses paupières qui ne lui avait jamais semblé aussi lourdes. Des raies de lumière finirent par atteindre ses yeux qui s'ouvrirent sur une pièce qui ressemblait énormément à une chambre d’hôpital. Un homme se tenait debout à ses côté et l'examinait d'un regard bienveillant.
"- Tu te réveille enfin. Je suis Zeph, un Demi-Ange. Et toi ?"
Seul un grognement sortit de la gorge du garçon resté allongé. Zeph comprit immédiatement ce dont il avait besoin et se dépêcha d'aller lui chercher un vers d'eau pour l'aider à se désaltérer. Après avoir bu, Lazare parla en flot ininterrompu de pensées désordonnées :
"- Moi je suis là pour vous voir, j'ai besoin de vous, j'ai voulu venir mais je me suis fait attaquer par un Demi-Démon. Je ne sais pas où je suis, j'ai besoin de votre aide !
- Oh ! Calme-toi, tu es en sécurité ici. Notre chef va venir te voir. Mais avant, j'aimerai savoir comment tu t'appelle.
- Je m'appelle Lazare. Je n'ai pas le temps d'attendre c'est urge...
- C'est bon, je suis là. Et retiens bien que personne ne me donne d'ordre ! Tu es capable de m'attendre."
L'autorité dans la voix de l'homme qui venait d'entrer glaça le sang de Lazare qui fut incapable de répondre.
"- Et avant que tu réclame quoi que ce soit, il faut que je te parle. En seul à seul, précisa-t-il en se tournant vers Zeph et l'autre Demi-Ange qui l'avait fait venir.
- Oui, chef."
Ils sortirent tous les deux de la pièce, fermant la porte derrière eux. Une atmosphère pesante s'empara du lieu, laissant Lazare mal à l'aise devant l'homme qui le regardait de haut. Ce dernier s'adressa de nouveau à lui, d'un ton plus amical que précédemment :
"- Je suis Rhegel, le chef des Demi-Anges. Et toi, comment t'appelle-tu ?
- Lazare.
- Très bien, Lazare. Comment as-tu su que tu étais comme nous ?
- Comment ça, comme vous ?
- Ne joue pas à ça avec moi, j'ai senti que tu étais un Demi-Ange dès que je t'ai soulevé pour t'amener ici. Et c'est exactement pour ça que tu es venu, n'est-ce pas ?"
Le garçon n'en croyait pas ses oreilles. Il ne pouvait pas être à la fois Demi-Ange et Demi-Démon ! Il fixa Rhegel sans savoir ce que répondre. Le silence pesa quelques instant avant que le garçon n'ose reprendre la parole :
"- Je... l'ignorais. Je n'étais pas venu ici pour ça.
- Ce ne pouvait pas être plus important, de toute manière. J'ai donc décidé d'activer tes pouvoirs avant toute chose, nous aurons besoin de toi dans cette guerre.
- Je ne veux pas me battre !
- C'est pour la bonne cause. Dis, quel age as-tu ? Seize ans ? Dix-sept ans tout au plus ! Tu n'as connu que ça, n'est-ce pas ?
- Oui, elle a commencé quelques mois avant que je naisse.
- Et tu n'as pas envie que ça s'arrête ? Tu dois certainement rêver de jour meilleurs, n'est-ce pas ?
- Je ne veux pas le payer de ce prix !
- Tu n'as pas l'air de te rendre compte de l'honneur que cela représente d'être l'un des nôtres !"
La tension monta d'un cran supplémentaire devant le refus de Lazare. Le garçon savait qu'il devait accepter pour pouvoir soumettre sa requête à Rhegel mais il avait peur que ce dernier ne se soit trompé et qu'il ai senti en lui un Demi-Démon et non un Demi-Ange. Les images de cadavres qu'il avait vu dans les rues de la Banlieue Rouge et qu'il avait accumulé dans sa mémoire durant toute sa courte vie remontèrent à la surface, apportant avec elles des larmes que Lazare eut du mal à retenir au bord de ses yeux. C'est en repensant à tous ces morts qu'il céda au Demi-Ange :
"- Très bien, j'accepte. Mais faites le maintenant.
- Regarde toi, tu es encore trop faible. Je suis sûr que tu serais même incapable de te lever. Tu dois comprendre que c'est extrêmement éprouvant !
- Je m'en doute. Mais je le veux quand même.
- A tes risques et périls..."
Le grand homme saisit Lazare par les épaules, le força à se lever et, sans se soucier de la précarité de l'équilibre du garçon, commença à activer ses pouvoirs. Quelques secondes lui suffirent pour comprendre que tout ne se déroulait pas normalement. Il sentait son énergie le quitter pour entrer dans le corps de la nouvelle recrue. Il essaya de s'écarter afin d'arrêter le processus, en vain. Ils restèrent ainsi de longues minutes avant de pouvoir bouger normalement à nouveau. Rhegel scruta Lazare avant de s'adresser à lui :
"- Viens me voir dans mon bureau dans une heure, je serais plus en état de te parler que maintenant."
Le nouveau Demi-Ange regarda s'éloigner celui qui était désormais son chef sans faire de remarque. Il avait pourtant remarqué le teint pale de Rhegel ainsi que sa démarche hésitante, alors que lui rayonnait d'une vivacité qu'il n'avait pas connu depuis longtemps. La transformation n'était-elle pas censé être très fatigante ? Plusieurs dizaines de minutes s'étaient écoulées lorsque le garçon se rendit compte qu'il ne savait pas comment se rendre dans le bureau du chef. Il n'avait même pas la moindre idée de ce à quoi ressemblait les autres pièces de ce bâtiment. Il sortit de la chambre et se retrouva dans un couloir vide, bordé de porte. Comment savoir laquelle prendre ? Il en ouvrit plusieurs, toutes menant sur d'autres chambres vides, jusqu'au bout du couloir, où l'une d'entre elle le mena sur un autre couloir, plus grand et beaucoup plus peuplé. Des personnes, passant devant lui, le dévisageait tout en continuant leur chemin. Il les regarda passer un instant avant que l'un d'eux ne s'arrête devant lui et ne lui parle :
"- Alors, tu te sens mieux ?"
Lazare reconnut alors Zeph. Le visage souriant eut l'effet d'un calmant sur le garçon qui se mit à tout lui raconter, comme s'ils étaient amis depuis de longues années :
"- Je suis un Demi-Ange ! Votre... Notre, plutôt, chef m'a insufflé des pouvoirs. Mais, je ne sais pas m'en servir ! En plus, il m'a demandé d'aller le voir dans son bureau dans peu de temps et je ne sais pas non plus où il se trouve ! Il faut que tu m'aides !
- C'est une manie chez toi de parler aussi vite ? C'est la deuxième fois que tu me fais le coup ! Ne t'inquiète pas, je vais t'y emmener !
- Merci, je sais pas ce que j'aurais fait sans toi, je ne connais personne d'autre, ici ! Même si, à vrai dire, on ne se connait pas réellement...
- Ne t'en fais pas, je te comprend. Ça ne fait pas longtemps que j'étais le nouveau, moi aussi. Tu vas voir, on s'y fait vite."
Les Demi-Anges se mirent en marche, suivant une série de couloirs qui donna à Lazare l'impression de tourner en rond. Il arrivèrent finalement devant une énorme porte. Zeph se tourna en direction du second garçon et le couvrit de son regard bienfaisant avant que son air ne change et qu'il ne s'adresse à lui :
"- Je t'attendrais ici. Tu sais ce qu'il te veut ?
- Sûrement me parler des pouvoirs, je ne sais pas vraiment.
- Alors bon courage."
La réponse de Zeph glaça le sang du nouveau Demi-Ange. Pourquoi aurait-il eu besoin de courage ? Le chef était certes un peu distant mais Lazare ne l'imaginait pas méchant. C'est alors la boule au ventre que ce dernier frappa à la porte, qui s'ouvrit instantanément sur une grande pièce luxueuse au centre de laquelle trônait un magnifique fauteuil, occupé par le chef des Demi-Ange qui regarda sa nouvelle recrue entrer.
"- Merci d'être venu. Et excuse-moi de la façon dont je t'ai quitté tout de suite, j'ignore comment cela est possible mais tu as aspiré une très forte dose de mon énergie lors de ta transformation. Une chance que mes pouvoirs sont puissants et qu'il m'ont permit de me remettre d'aplomb aussi vite."
Le chef laissa plusieurs secondes s'écouler en silence avant de reprendre son discours :
"- Tu possède un pouvoir plus grand que tout ce que j'ai eu la chance de voir dans ma vie. Cela fait longtemps que nous attendions quelqu'un comme toi pour remporter cette guerre, mon garçon !
- Attendez ! Je ne suis pas venu pour ça !
- Écoute, gamin ! Tu as accepté de nous rejoindre, il faut maintenant vivre notre quotidien ! Nous lancerons l'offensive dès que tu seras prêt. Je vais demander à l'un de mes meilleurs hommes de t'apprendre à utiliser ces pouvoirs efficacement et dans les plus brefs délais. Content de te compter dans nos rang ! Maintenant, tu peux disposer."
Lazare sentit le dégout monter en lui. Une seule solution se profilait dans son esprit : Il allait accepter de combattre pour Rhegel uniquement si ce dernier écoutait sa proposition. Et il ne sortirait pas de ce bureau tant que son chef ne se serait pas incliné.
"- Je ne combattrais à vos côtés qu'à une condition ! Je veux que vous m'écoutiez et que vous consentiez !
- Je déteste le chantage. Mais ai-je vraiment le choix ?
- Si vous me voulez dans vos rangs pour attaquer les Demi-Démons, non.
- Très bien... Que veux-tu ?
- Je demande la protection intégrale de la Banlieue Rouge. C'est à cet endroit que je vis et je ne supporte plus de la voir être détruite de plus en plus attaque après attaque.
- C'est à cet endroit que tu vivais. Il y a une nuance et tu devras t'en accommoder. Car c'est ici que se trouve ta nouvelle maison, à présent. Et en ce qui concerne ta demande, je dois refuser. Les plans de l'attaque dont je t'ai parlée demandent justement un passage par la Banlieue Rouge. Et ce quartier pourrait subir des dommages irréparables lors de cette manœuvre."
L'air certain qu'arborait Rhegel fit comprendre à Lazare qu'il était vain d'insister. Le garçon s’apprêtait à sortir du bureau lorsque la voix du chef parla de nouveau dans son dos :
"- J'enverrai un de mes hommes te trouver d'ici peu. En attendant, fais ce que tu veux tant que tu ne sors pas de la base."
Le garçon sortit de la pièce sans prendre le temps de répondre à celui qui s'imposait à ses yeux comme un tyran. Respectant sa promesse, Zeph l'attendait, adossé au mur.
"- Alors ? Comment ça s'est passé ?
- Il refuse de m'aider. Et il compte faire de moi un engin de guerre pour combattre les Demi-Démons. Je suis perdu.
- Ne dis pas ça ! Je vais t'aider à t'en remettre ! Que compte-tu faire ?
- Fuir."
La réponse n'était pas seulement une affirmation, c'était aussi une révélation pour Lazare, qui n'avait, pour l'instant, pas envisagé cette possibilité. Et pourtant, c'était ce qui lui semblait être la meilleur solution. S'il partait, Rhegel n'aurait plus aucune "arme secrète", et donc plus aucune raison d'attaquer les Demi-Démons. La Banlieue Rouge serait sauvée ! Mais Lazare sut immédiatement qu'il se trompait. Le quartier ne serait sauvé que pour quelques temps, le compte à rebours était déjà lancé. Il lui fallait faire autre chose.
"- Apprend moi à utiliser mes pouvoirs, le plus vite possible !
- Je ne suis pas le meilleur professeur, tu sais. Le meilleur moyen est d'attendre qu'ils se déclarent d'eux même, crois moi."
Devant la sincérité qui brillait dans les yeux de son nouvel ami, Lazare comprit qu'il ne pourrait pas utiliser ses capacités pour s'en sortir. Il ne lui restait plus rien à faire ici, il devait partir dès maintenant. S'il le fallait il irait demander aux Demi-Démons en personnes d'arrêter leurs attaques. Il était prêt à leur révéler les plans des Demi-Anges pour que cette guerre s'arrête. Et c'était ce qu'il il allait faire.
"- Par où peut-on sortir ?
- Tu compte vraiment partir ? Ils te pourchasseront et te tueront !
- Tu sais qu'à l'extérieur les gens sont persuadés que, dans le centre-ville, tout est doré ? Il est temps que je sorte leur avouer la vérité. Que je leur dise que le centre-ville n'est qu'un bunker miteux où la plupart des Demi-Anges ne t'adresse même pas la parole en te croisant ! Je t'en supplie. Au nom de la vérité !"
Lazare s'en voulait d'utiliser le mot vérité alors qu'il mentait lui aussi. Mais il savait que Zeph ne l'aurait jamais laissé partir s'il lui avait révélé qu'il allait trahir les Demi-Anges. Son nouvel le conduisit dans le dédale que couloir que représentait la base et s'arrêta enfin devant une porte blindée.
"- Seul le chef sait comment l'ouvrir. Je suis désolé, je ne peux pas en faire plus.
- Je te conseille de t'éloigner. S'il te trouvent à mes côtés lorsque j'essaye de m'enfuir, tu en subira aussi les conséquences. Merci pour tout ce que tu as fait pour moi."
Zeph approuva d'un signe de tête et, après un sourire compatissant, repartit par la direction d'où il venait. Lazare attendit de ne plus le voir pour se tourner vers la porte qui l'empêchait de partir. C'est le moment que choisit l'énergie qui brûlait en lui pour se manifester. Il sentit chaque muscle de son corps se contracter et, sans le vouloir vraiment, il fonça dans l'obstacle, qui céda dès la première utilisation de ses pouvoirs.
Lazare savait que son côté de Demi-Démon amplifiait ses pouvoirs et que, sans lui, il n'aurait pas réussit et ceci lui donna des frissons. Ou alors était-ce simplement l'air frais qui frottait à nouveau son visage maintenant qu'il retrouvait enfin la liberté. Comme il s'y attendait, une alarme se déclencha immédiatement dans son dos. Cependant, lorsque les premiers Demi-Anges arrivèrent sur les lieux, Lazare se trouvait déjà bien loin.

La Banlieue Rouge, la revoilà, devant lui. Lazare n'était parti que très peu de temps, et pourtant, il avait l'impression de ne pas être venu ici depuis une éternité. Il aurait aimé se dire qu'il éprouvait ce sentiment à cause des nombreux évènements qui lui étaient arrivés depuis son départ, mais il savait que ce n'était pas vrai. La vérité était que l'endroit était ravagé. Un nouveau groupe de Demi-Démons avait dut venir pour finir ce que leurs amis avaient commencé.
Une forte hésitation pointa dans l'esprit du garçon. A quoi bon continuer à se battre si ce qu'il cherchait à sauver était déjà ravagé ? Les larmes lui montèrent aux yeux. Il se laissa tomber à genou et commença à attendre que les Demi-Anges viennent l'arrêter, même s'il se doutait qu'il se ferait exécuter suite à cela.. Les minutes passèrent sans qu'il n'en eut vraiment conscience. Peut-être même s'étaient-elles transformées en heures lorsqu'il entendit enfin une voix dans son dos.
"- Je t'ai enfin trouvé !
- Pourquoi me prévenir ? Tu m'aurais tué plus facilement en me surprenant.
- Parce que je ne vais pas te tuer. Notre chef veut te voir.
- Notre chef ? Dis à Rhegel que je n'ai plus rien à voir avec lui.
- Rhegel ? Je pense que tu fais erreur."
La réponse frappa Lazare de plein fouet. S'il n'était pas un Demi-Ange, qui était cet homme ? Il eut juste le temps de se retourner pour voir un nuage vert l'entourer, l'immobilisant entièrement. Il se sentit soulevé par le Demi-Démon qui le porta sur ses épaules sur une longue distance. Le garçon vit de nombreux paysages défiler sous ses yeux : les restes encore fumants de la Banlieue Rouge, la campagne entourant la ville et, enfin, le camp de fortune dans lequel vivaient ceux qu'il avait toujours redouté. Des bruits finirent par se porter à ses oreilles. Des bruits qui se transforment en voix, puis en cris :
"- Rom l'a retrouvé, cria une femme dans la foule."
La foule semblait être en délire lorsque le Demi-Démon la traversa en portant Lazare, qui était vraisemblablement l'objet de toute cette animation. L'homme ne s'arrêta que lorsqu'il eut pénétré dans une cabane plus grande que les autres suite à quoi il déposa Lazare sur un meuble semblable à un bureau.
"- Parfait Rom, intervint une voix féminine. Tu n'imagine pas le service que tu as rendu à la tribu. Laisse-nous, maintenant. Et libère-le, j'ai besoin de lui parler.
- Oui, maîtresse."
Lazare allait enfin rencontrer la personne qui dirigeait les Demi-Démon. Et pourtant, il ne comptait plus l'aider à vaincre les Demi-Anges, maintenant qu'il n'avait plus aucune cause à défendre.
L'homme qui l'avait amené sortit de la cabine, juste au moment où il récupérait l'usage de ses membres. Il voulut se redresser mais son corps engourdi semblait avoir encore du mal à réagir. Il se mit alors à parler, dans l'espoir que la voix de la femme lui répondrait et lui apporterait des réponses sur les nombreuses question qui tournaient dans sa tête.
"- Voilà, vous m'avez. Et maintenant? Vous allez me torturer?
- Pourquoi faire cela alors que tu ferais un si magnifique Demi-Démon? Tu n'imagine pas tout ce que nous avons dû faire pour te retrouver. Nous avons été jusqu'à retourner ton misérable quartier !"
Lazare n'en crut pas ses oreilles. La Banlieue Rouge avait donc subit toutes ces attaques de sa faute et depuis son plus jeune age? Il parvint enfin à relever le torse, se tenant alors devant celle qui l'avait fait enlevé.
"- Tous ça pour me retrouver? Qu'ai-je donc de si particulier pour mériter de telles intentions? Après tout, il doit y avoir plus d'une personne à pouvoir maitriser vos pouvoirs !
- Mais aucun n'est comme toi! Tu n'as pas l'air conscient de la force qui se dégage de toi!
- La force qui se dégage de moi? Que voulez-vous dire?"
Les Demi-Démons l'avaient cherché pendant tout ce temps à cause de sa puissance ? Était-il possible que les Demi-Anges ne le ressentent pas ? Ou avait-il été ignoré pendant tant d'années par ceux qu'il vénérait tant ?
"- Et maintenant? Vous ne sentez pas que quelque chose à changé?
- Ton pouvoir semble plus grand, mais mieux contrôlé. Comme si tu faisais déjà partie de nos rangs. Ou comme si..."
La chef laissa sa phrase en suspens. Elle semblait avoir été frappée d'une illumination soudaine. Lazare sut qu'elle avait comprit qu'il possédait déjà les pouvoirs d'un Demi-Ange et il savait qu'il devait absolument agir dans l'instant suite à quoi il serait trop tard. Il avait juste besoin de vitesse pour réussir et il fallait juste qu'il puise au fond du pouvoir que lui avait donné Rhegel pour en trouver.
La femme semblait encore être en état de choc lorsqu'il lui sauta au cou. Et pourtant, en un éclair, il se retrouva plaqué le dos au mur, tenu par la gorge. Il n'avait rien vu venir, la chef était bien plus rapide que lui. Elle prit la paroles d'un ton hargneux tout en dévisageant celui qu'elle avait toujours voulu à ses côtés :
"- Tu ne comprend pas? C'est à mes côtés que tu devrais te battre! Tu n'aurais jamais dû rejoindre les Demi-Anges!
- Et pourtant il est trop tard...
- Tais-toi!"
En criant, la femme avait resserré son étreinte sur la gorge de son prisonnier. Le cri tenait plus lieu de menace que d'ordre.
"- Peu importe ce que tu as choisi, de toute façon, puisque tu vas me rejoindre quand même, tu entend? Et rien ne nous arrêtera! Tu tueras le Demi-Ange qui se trouve en toi!"
Lazare se débattait de plus en plus mais la force de la femme le retenait contre le mur sans qu'il ne put rien faire. C'est alors qu'il la sentit à nouveau. La transformation. Il devenait un Demi-Démon. Les larmes lui montèrent aux yeux. Il détestait ce qu'il était en train de devenir et la nausée le gagna. Le Demi-Ange en lui finit par réagir, les deux pouvoirs opposés ne pouvaient cohabiter dans un unique corps et il les sentit essayer de résister l'un à l'autre, puisant dans ses réserves d'énergie.
La chef des Demi-Démons était fière d'elle, elle pourrait enfin se vanter d'avoir converti un Demi-Ange. Elle lisait la détresse dans les yeux de son "apprenti". Elle adorait ces yeux. Jusqu'à ce qu'ils se ferment. Le Demi-Ange se tenait enfin immobile. Lorsque la femme comprit ce qu'elle avait fait, ce fut à son tour d'être prise de panique. Elle avait tué la recrue la plus prometteuse qu'elle n'avait jamais eu. Et si seulement le garçon n'avait été que ça pour elle...
Ceci uniquement car elle avait voulu qu'il l'aide dans cette guerre. Une larme coula sur sa joue. Elle était un monstre et elle ne s'en rendait compte que maintenant. Elle allongea sa victime sur le sol et s'assit à ses côtés.
"- Je suis désolée... Je ne me rend compte que maintenant de l'égoïsme dont j'ai fait preuve. Je comprend, maintenant, pourquoi tout le monde dit que les Demi-Démons sont les ennemis, dans cette guerre."
Elle était restée assise à pleurer durant de longues heures sans que personne ne rentre dans sa cabane lorsque des cris se portèrent à ses oreilles. Elle mit plusieurs minutes à trouver la force de se lever pour aller voir ce qui se passait à l'extérieur. Après être sortie, elle resta immobile à regarder la scène de carnage qui se déroulait sous ses yeux: Les Demi-Anges étaient passés à l'offensive. Elle se tenait sur le seuil de sa cabane, encerclée par la furie divine qui s'emparait des lieux lorsqu'une voix d'homme se porta à ses oreilles. Une voix qu'elle reconnut immédiatement. Rhegel!
"- Rayza, je suis venu pour en finir. J'ai récemment remarqué que cette guerre ne pouvait pas duré !
- Avant de me tuer, laisse moi juste te poser une question ! J'aimerais juste savoir comment en est-on arrivé là? Avant que nous ne soyons les chefs, ce n'était pas la guerre. Étions-nous obligés de la faire ? Ce n'est pas ce que je veux !
- Tout est pourtant de ta faute ! Je t'aimais et tu m'as trahi, tu as rejoint ce groupe de monstres et tu es devenu leur chef !
- Était-ce une raison? Je t'aimais aussi, Rhegel !"
Autour des deux chefs, la bataille s'arrêtait au fur et à mesure que les combattants entendaient ces paroles et comprenaient la raison de leur combat. Ils s'acharnaient les uns contre les autres pour une ancienne histoire d'amour et non pour préserver le bien qu'on leur promettait depuis tant de temps. Seule de la colère se dégagea de cette constatation.
Rayza ne tint pas compte du murmure qui s'élevait dans la foule et lança à son adversaire la phrase qu'elle savait dévastatrice :
"- Nous avons eut un fils, Rhegel !
- Non... C'est, commença à bégayer le chef des Demi-Divins. C'est impossible ! Les Demi-Anges et les Demi-Démons ne peuvent pas avoir d'enfants ensemble !
- C'est pourtant ce qui nous est arrivé...
- Où est-il ? Je veux le voir !
- Il est mort, Rhegel, je suis désolé. Mais tu as déjà du le voir, il possédait tes pouvoirs.
- Tu ne lui as pas donné les tiens ? Pourquoi ?
- Je l'avais abandonné dans la Banlieue Rouge juste après sa naissance. Je ne pouvais pas l'élever seule ! Mais son pouvoir est devenu trop grand  et il fallait que je retourne le chercher. Mais il m'échappait à chaque fois ! Mais si tu tiens tant à le voir à nouveau, glissa la femme en éclatant en larme, son corps se trouve dans la cabane qui se trouve juste derrière moi. Il était encore vivant il y a quelques heures, tu ne peux pas savoir comme je suis désolée."

Dans la cabane derrière elle ? Lazare ouvrit les yeux. Ses pouvoirs l'avaient submergés lorsqu'ils étaient entrés dans son corps. Il avait senti, impuissant, sa part de Demi-Démon se réveiller en lui, luttant contre sa part de Demi-Ange. C'était en entendant les paroles de celle qui avait voulu le forcer à rejoindre sa cause qu'il avait reprit connaissance. La vérité le frappa tandis qu'il était encore allongé sur le sol. Il apprenait enfin, après tant d'années, qui étaient ses parents et, contrairement à ce qu'il s'était toujours imaginé, ils les détestaient. Car ils s'étaient battu toute leurs vies parce qu'ils ne pouvaient s'aimer. Et Lazare était le résultat maudit de cet union.

La colère emplit le cœur de Rhegel. Il avait, dans la minute, apprit la naissance, puis la mort, de son fils. Il écarta Rayza d'un large geste de la main et voulu passer à côté d'elle pour regarder le visage de son enfant qu'il n'aurait jamais connu. C'est a ce moment qu'il remarqua la fumée jaune qui filtrait sous la porte de la cabane.
"- Qu'est-ce que c'est que ça ?"
Il essaya d'ouvrir la porte mais cette dernière sembla lui résister. Il tambourina contre le pan de bois qui refusait de céder. Rhegel essaya de l'enfoncer à coup d'épaule avant de se tourner vers la femme qu'il avait poussé au sol et de lui crier à nouveau dessus.
"- Qu'as-tu fait à cette porte ? Laisse-moi l'ouvrir !
- Ce n'est pas moi, je te le promets ! Je n'y comprend rien !"
Le chef des Demi-Anges était prêt à rugir à nouveau sur son ennemi lorsque, accompagné par un énorme bruit, il fut propulsé sur le sol, à plusieurs mètres de distances de la cabane. Il roula pour se retourner et pour essayer d'apercevoir ce qui l'avait éjecté. Ce qu'il vu lui glaça le sang. Devant lui se tenait un immense nuage jaunâtre à l'intérieur duquel flottait le garçon qui s'était enfuit le jour même du centre-ville. Ainsi, son fils était le Demi-Ange si puissant qui l'avait tant épuisé lors de sa transformation. Ceci expliquait tellement de chose.
Lazare, lui, dominait le camp des Demi-Déchus du haut de son pouvoir. Il regardait successivement son père et sa mère sans se soucier des autres combattants qui, dans un rayon de plusieurs mètres alentour, avaient été projetés au sol.
"- Vous devriez avoir honte! Rien que votre vue m’écœure. Vous vous êtes battu et des gens sont morts pour une histoire d'amour? Que leur avez-vous dit? Que leur avez vous fait croire pour qu'il se battent à vos côtés dans cette bataille stupide? 16 longues années de mensonges! Et dire que je suis le fruit de cette union insipide ! Je devrais vous tuer dès maintenant. Après tout, qu'est-ce qui m'en empêche? Je suis à la fois un Demi-Ange et un Demi-Démon. Cela fait de moi une sorte de dieu, n'est-ce pas?"
Le champ de bataille fut comme figé l'espace d'un instant, personne n'osait répondre à la question posée, même si tout le monde en connaissait la réponse: Oui, le garçon était désormais aussi puissant qu'un dieu. Le silence régna encore quelques secondes avant que Rayza n'intervienne enfin.
"- Attend, je t'en pris! Je ne souhaitais pas cette guerre, moi non plus! Et elle n'a plus lieu d'être maintenant que tout le monde connait la vérité! Laisse nous vivre. Nous, tes parents!"
Lazare bouillait. Cette femme lui avait donné la vie avant de la détruire et elle prétendait qu'il lui devait une certaine forme de respect, cette audace lui était insupportable.
"- Je n'ai jamais eu de parents. Et je n'en aurai jamais!"
Le cri avait fait frémir à la fois Rhegel et Rayza. Une aura dorée se forma autour du garçon qui continuait de crier contre cette guerre et contre ses parents. Toutes les personnes en présence observaient ce spectacle d'un œil à la fois admiratif et inquiet. Le cercle de nuage resta immobile quelques secondes avant de s'étendre violemment, frappant tous les combattants se trouvant aux alentours. Tous ceux qui s'étaient relevés tombèrent à nouveau au sol, incapable de comprendre cette sensation qui s'était insinuée en eux. Le camp resta immobile un instant, dominé par le corps de Lazare qui s'était enfin calmé, avant qu'un cri ne s'élève au-dessus de toutes les têtes:
"- Mes pouvoirs? Mes pouvoirs ont disparu!"
Les cris se multiplièrent autour des deux chefs qui regardaient leur enfant flotter au-dessus d'eux. Pourtant, aucun des deux ne fut capable de rattraper ce dernier lorsqu'il s'effondra à terre comme une poupée de chiffon. Ils se dépêchèrent tous les deux d'aller s'agenouiller à ses côtés pour vérifier s'il ne s'était pas fait mal. Ils furent obligés de constater que le garçon n'avait pas survécu, sans pouvoir savoir s'il était mort au moment de tomber ou si sa chute avait été mortel. Le corps désarticulé de celui qui fut leur enfant gisait désormais entre eux, tel un rempart entre ces deux ennemis qui s'étaient autrefois aimés. Rempart que Rhegel franchit en sautant au cou de Rayza, l'étranglant de sa poigne légendaire.
"- Tout est de te faute, criait-il encore et encore tout en resserrant son étreinte."
Il ne relâcha sa prise que lorsqu'elle fut totalement immobilisée, décédée. Le premier homme qui osa s'approcher de lui constata qu'il pleurait abondamment, en silence. Silence qui fut interrompu par la seule question que cet homme posa.
"- Nous nous battons depuis de longues à cause d'une de vos histoire d'amour passé?"
Rhegel acquiesça d'un signe de la tête, sans chercher à prononcer la moindre parole qui pourrait l'aider à se défendre. S'il l'avait fait, il n'aurait peut-être pas eut à ressentir le froid de lame qui lui traversa le torse par l'arrière. Mais il comprenait parfaitement ce qui lui arrivait, c'était la punition qu'il méritait pour avoir entrainé des milliers d'homme dans la mort. Le métal glissa à nouveau en lui pour se retirer de son corps qui s'étala à son tour sur le sol. Le dernier homme à avoir parlé à l'ancien chef et celui à l'avoir assassiné se regardèrent dans les yeux avant que l'un des deux ne prenne la parole, s'adressant à toutes les personnes alentour:
"- Demi-Anges, Demi-Démons, peu m'importe ce que vous étiez avant. Car aujourd'hui nous ne sommes plus que les vestiges d'un guerre qui n'aurait jamais dut avoir lieu. Mon nom est Zeph et je connaissais le garçon qui nous a retiré nos pouvoirs. Il ne voulait qu'une chose, que cette guerre s'arrête. L'heure est venue de respecter ses dernière volonté ! Rendons-nous à la ville. Allons annoncer au peuple la fin de ses souffrances !"
Un frisson souleva la foule qui cria avant de se mettre en marche, piétinant les cadavres qui découlait de leur bataille ainsi que ceux de la famille maudite, qui avait à la fois été la cause du début et la raison de la fin cette guerre.

Encore une fois, je ne me rappelle pas de toutes les critiques qui m'ont été faite (honte à moi, comment pourrais-je progresser dans ces conditions...) mais je n'étais pas très satisfait du résultat final que j'avais l'impression d'avoir baclé.

Les critiques négatives :
- Les noms Demi-Anges et Demi-Démons


Les critiques positives :
- Le monde que j'ai réussi à créer autour de mon histoire




N'hésitez pas à venir compléter ces listes par vos propres critiques et merci à ceux qui prendront le temps de lire et de me donner leur point de vue pour que je puisse m'améliorer...
Maroujo, petit homme qui aimerai se faire appeler auteur :P
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