Planète à louer - Yoss

Livres basés sur des faits scientifiques démontrés ou extrapolés pour donner un récit où la technologie joue un rôle majeur dans un univers futuriste (colonisation d'autres mondes, création de robots intelligents, etc.)
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Anaterya
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Message par Anaterya » 29 août 2014, 10:15

Planète à louer de Yoss

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Résumé :
  • Toute ressemblance entre la Cuba des années 1990 et cette Terre du XXI° siècle est purement intentionnelle.

    Dans un futur indéterminé, une guerre nucléaire totale est sur le point d'éclater. Afin de sauver la Terre, des extraterrestres en prennent possession. Ils y imposent des règles draconiennes visant à rétablir l'équilibre écologique. Un siècle plus tard, notre planète est redevenue un paradis, un « monde souvenir », où les riches xénoïdes viennent faire du tourisme. Mais derrière l'image d'Épinal, les conditions de vie des Terriens sont loin d'être idylliques. Buca, la prostituée, Moy, l'artiste métis, ou Alex, le scientifique de génie, tous n'aspirent qu'à une seule chose : fuir... partir... s'exiler... quitter la Terre... par tous les moyens !

Éditeur : Mnémos
Date de sortie : Mars 2013
Disponible en format Poche : Oui, dans la collection Hélios


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Anaterya
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Message par Anaterya » 29 août 2014, 10:17

Cela faisait un bon moment que ce livre me faisait de l'œil ; en effet, il a tout pour me plaire : un résumé plus qu'alléchant, et un auteur latino-américain.

Premier point, ce roman est en fait un recueil de sept nouvelles, chacune précédée d'une petite introduction romancée ayant un rapport plus ou moins évident avec le thème traité. Ce sont comme de petites histoires supplémentaires, des réflexions philosophiques, abstraites, ou bien plus terre à terre. Il n'y a pas de schéma précis.

Planète à louer : La travailleuse sociale

Tout commence par une annonce publicitaire ventant les mérites du tourisme sur Terre, planète idylique où il fait bon passer du temps et s'amuser. Et qui dit tourisme, dit parasites vivant du tourisme. On suit donc une « travailleuse sociale », c'est-à-dire une prostituée officielle, choisie par un xénoïde pour l'accompagner sur sa planète. Elle va donc pouvoir réaliser son rêve, fuir la Terre, sa vie de misère, mais rien n'est jamais simple. Car c'est une femme rongée, par la peur de tout voir s'écrouler, par l'intériorisation de son statut d'inférieure, par le mépris d'elle et des autres humains, par la répulsion et la fascination que les xénoïdes exercent sur elle.

Les Métis : Le spectacle de la mort

Il y a pas mal de croisements entre les humains et les xénoïdes, et les enfants nés de ses unions sont considérés comme chanceux sur Terre car les xénoïdes les apprécient souvent, et les emmènent avec eux dans la galaxie. L'un d'eux est un artiste, lié à son agent xénoïde par des liens étranges, encore une fois encore la haine, la répulsion, mais quelque chose qui peut se rapprocher de l'amitié.

Le Parlement humain mondial : L'équipe championne

Petit aperçu de la politique terrienne et de ses rapports avec les xénoïdes. Impuissance et conflits d'intérêts à l'horizon. À côté de ça, l'équipe terrienne de Voxl, le sport le plus prisé de la galaxie, doit affronter une équipe galactique. Cet affrontement a lieu chaque année, et les humains ont jusqu'à présent toujours perdu. C'est l'occasion pour les joueurs de briller, se faire remarquer, et quitter la Terre pour jouer dans la galaxie.

Les Tigres sacrés : Les règles du jeu

Les xénoïdes ont protégé la faune terrienne depuis qu'ils ont pris le contrôle de la planète, mais ils s'en servent aussi de réserve de chasse, sans souci des populations. À l'opposé, un ancien de la Sécurité Planétaire explique les ficelles du métier à un bleu, lui donnant des conseils pour arrondir les fins de mois, mais aussi fermer les yeux sur certains délits, s'arranger avec les travailleuses sociales, lécher les bottes des xénoïdes, veiller sur les collègues, et pratiquer la résistance passive.

L'Actionnaire majoritaire : L'entretien d'aptitude

Toujours de la politique humaine, vue par les xénoïdes. Un scientifique humain répond à des questions posées par un xénoïde, mais les questions et les réponses ne correspondent pas. La raison de l'interrogatoire et de cette incohérence apparaissent peu à peu.

Les récupérateurs : Le Tunnel de fuite

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. C'est ce qui se passe sur Terre, où presque tout est importé, et où l'on ne peut pas se permettre de gâcher quoi que ce soit. À tel point que trois humains récupèrent tout ce qu'ils peuvent pour s'échapper de la Terre en construisant leur propre vaisseau et en empruntant le Tunnel de fuite, et ensuite en passant en hyper-espace. Mais de nombreux obstacles se dressent sur leur route.

Quelque part, demain : La carte platine

Les écrivains de science-fiction du XX° siècle avaient imaginé le futur, mais ils voyaient toujours les humains maîtres de leur destin, ce qu'ils ne sont plus, et qu'ils ne seront peut-être plus jamais. Et même s'ils ne sont plus sous la domination des xénoïdes, la situation pourrait empirer. Leïlah de son côté rencontre un xénoïde qui l'emmène avec lui, sans la toucher, pour parcourrir la Terre. Méfiance, haine, intérêt, affection, tout se mélange dans la tête de cette gamine de 10 ans.

Toutes ces nouvelles parlent de la fuite, la fuite de la Terre dans l'espoir de trouver un sort moins pitoyable ailleurs dans la galaxie, même si les humains seront toujours des inférieurs aux yeux des xénoïdes ; mais tout est mieux que la vie sur Terre.

Comme dit dans la quatrième de couverture, les références à Cuba sont constantes et évidentes, mais on a à peu près autant de références aux États-Unis et les rapports entre les deux pays. Comme le dit Yoss lui-même, la science-fiction est un très bon moyen pour évoquer la réalité, peut-être même le meilleur.

Par contre, un détail que j'ai énormément apprécié, c'est de trouver des liens entre les personnages de chaque nouvelle. Ça, plus le sentiment d'évolution qui transparaît au fur et à mesure de la lecture. Bien sûr, on ne connait pas la fin, si jamais il devait y en avoir une, mais les choses ne sont pas statiques, du côté des humains comme de celui des xénoïdes.

C'est juste un super bon bouquin, qui mérite d'être largement connu, et qui donne envie de lire encore plus de littérature de l'imaginaire latino-américaine.
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Aszala
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Message par Aszala » 01 nov. 2017, 20:03

C'est toujours agréable (ou au moins intéressant) de lire de la SF qui n'est pas occidentale, surtout que c'est très (très) rare qu'elle soit traduite.

C'est vrai que c'est de la bonne SF mais plutôt dans le genre (vraiment) déprimant, et ça fait froid dans le dos quand on se dit que c'est une métaphore de la situation de Cuba (et du tourisme occidental). Les descriptions peuvent être assez crues, et les évènements cyniques et (vraiment) cruels pour les personnages... J'ai carrément fait un malaise en lisant une des nouvelles à cause des descriptions (Les Métis : Le spectacle de la mort si je me souviens bien, ça remonte déjà à quelques mois), mais bon je suis plutôt du genre sensible pour certains trucs. En plus j'étais dans le train, c'était passablement embarrassant, heureusement que y'avait pas grand monde :x

=> de la bonne SF engagée, mais peut-être à ne pas mettre entre toutes les mains
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Agenor
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Message par Agenor » 12 mars 2019, 04:58

Roman indépendant, Planète à louer est un recueil de différentes nouvelles dans un monde où la planète Terre a été placée sous la tutelle d'extraterrestre : des Xénoïdes.  

On découvre une galaxie riche en espèces extraterrestres, qui se sont tenues écartées de la Terre jusqu'à ce que les hommes manquent de la détruire. Elle est désormais gérée par ces Xénoïdes et ses habitants sont considérés comme la fange de l'Univers : aucun talent, aucun don. Nous sommes tout juste bons pour le tourisme, lorsque ces Xénoïdes ont besoin d'exotisme. Un peu comme organiser un safari en Afrique au siècle dernier en fait.

Le point fort de ce roman n'est pas de revenir sur ce qui est arrivé à la Terre pour que l'on en arrive là mais plutôt à faire un état des lieux à un instant T, plusieurs années après l'intervention extraterrestre, et voir ce qui advient de l'Humanité. La succession de nouvelles (de mémoire je dirais 8), suffisamment longues pour constituer une histoire à part, permet de découvrir divers lieux et métier, bien plus efficacement qu'un roman. 
On y découvre la vie des prostituées qui se louent aux Xénoïdes, un artiste ayant réussi à fuir la Terre, un scientifique sur Terre etc. Et le constat est amer : l'humanité a été dépouillée de ce qui faisait de nous des hommes. La recherche scientifique a été stoppée, le gouvernement terrestre est une marionnette aux mains des Xénoïdes, et si il y a une rébellion, l'arme atomique est une dissuasion efficace ...

J'ai voyagé à travers cette autopsie de la Terre - ainsi que de l'humanité après notre mise sous tutelle extraterrestre et j'ai beaucoup apprécié le fait que ce soient une succession de nouvelles. Je ne suis pas très friand des recueils de nouvelles lorsqu'elles n'ont pas de lien entre elles, mais ici ce n'est pas le cas et ce format est le plus adapté à ce que souhaitait nous offrir l'auteur. Une très bonne lecture que je recommande  ;)
“ La véritable violence, la violence la plus impardonnable - je m'en suis rendu compte-, c'est surtout celle que l'on s'inflige à soi-même quand on a trop peur d'être qui nous sommes vraiment." - Sense8
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