Premières tentative d'écriture en Fantasy

Que tu sois écrivain, dessinateur ou graphiste à tes heures perdues, cet endroit est là pour que tu puisses nous montrer ton talent !
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Chickon
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Message par Chickon » 20 déc. 2013, 22:03

Bonjour à tous.

Voilà, je regarde ce que vous faites, je lis, j'admire ...
J'ose donc vous mettre mon humble chapitre 2 d'un livre qui est loin d'être fini. Bref, le fait de voir tant de gens écrire des choses bien m'a motivé à reprendre mon texte ! Je ne sais pas si je resterais dans l'intrigue principale ou si je vais me mettre aux nouvelles (pour me faire un style), dans tout les cas : MERCI de m'avoir redonné cette flamme.

Bonne lecture, et les critiques sont les bienvenues.
Merci :p


Chapitre 2 : Une surprise inopinée

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Il faisait lourd, très lourd pour un mois de novembre. Mes paupières refusaient de s’ouvrir tellement j’étais fatiguée. J’avais la désagréable sensation de n’avoir dormi que deux minutes mais qu’il était temps de se lever. Le soleil semblait caresser ma peau, c’est vrai je n’avais pas fermé mes volets avant de me coucher. Mais tout de même, Ade avait-elle réglé le chauffage au max ? Non, ça ne lui ressemblait pas. Il fallait que je me réveille, allez !

Quand, au bout de quelques minutes de lutte, j’entrouvris mes yeux, le spectacle qui s’offrit à moi fut inattendu. Je n’étais pas du tout dans mon lit, à Lyon, par un mois de novembre pluvieux ! J’étais en pleine végétation, dans un endroit qui ressemblait plus à la jungle qu’à l’appartement où je m’étais endormie quelques heures auparavant. Je n’allais pas me plaindre de ce climat tropical vu que la pluie lyonnaise avait tendance à me mettre le moral à zéro. Toutefois je n’avais pas de crème solaire et les rayons du soleil n’allaient pas tarder à faire de moi de la viande pour un barbecue géant. Je fis un bref état des lieux en balayant du regard tout ce qui m’entourait. Je gisais, couchée sur une feuille géante qui s’était pliée sous mon poids et qui me faisait office de hamac. C’est donc contre cela que mon lit avait été troqué. Mais de quel droit ? J’avais payé ce matelas à eau une fortune, et je l’appréciais pour ses qualités ! Non mais des fois. Si le paysage avait changé, j’étais cependant toujours vêtue de mon sublime short de basket noir et d’un tee-shirt gris dix fois trop large pour le porter autrement qu’en pyjama. Beuzi était à mes pieds. Diable, que faisions-nous ici ? J’aurais dû le sentir si j’avais bougé durant mon sommeil ! Où était Adélaïde ? Le souvenir de la veille au soir m’ayant laissé un goût amer me revint en mémoire. Elle devait être avec son Adonis, quelque part dans cette végétation, suant mais certainement pas à cause du climat ! J’étais furieuse. Le paysage entier me semblait familier, comme si je connaissais ce lieu depuis toujours. C’est donc le plus naturellement du monde que, délicatement, je bu le nectar d’un énorme fruit orange juste à ma portée qui ne ressemblait en rien à ce que l’on trouve dans notre monde … dans notre monde ? Cela voudrait-il dire que j’avais quitté la Terre pour un lieu autre ?

« Caitlin, Caitlin, Caitlin ! Bon sang ! »

J’étais en sueur dans mon lit, la fièvre faisait perler de grosses gouttes sur mon front et Adélaïde semblait en transe. Ma cheville était en feu et mon esprit était plus qu’embrumé. Se pouvait-il que j’ai bu quelque chose hier soir m’ayant rendu dans cet état ? Enfin, je n’avais fait qu’un rêve étrange, Dieu soit loué ! Néanmoins la douleur était plus vive que jamais, il fallait que je trouve un médecin. On était dimanche et l’après-midi étant déjà bien entamé, il serait difficile de trouver le moindre docteur pouvant s’occuper de mon cas. Ade était déjà prête. Quant à moi, il fallait que je me douche et que je déjeune avant de penser à faire quoi que ce soit.

« - Je t’emmène à l’hosto ma belle. Je ne sais pas pourquoi tu ne m’a pas parlé avant de ta cheville. J’ai entendu Beuzi aboyer longuement alors je l’ai sorti ce matin. Quand je suis revenue, je suis passée voir si tu étais levée pour te proposer un café et je t’ai trouvé dans cet état. La douleur se lisait sur ton visage, et tu murmurais des trucs incompréhensibles. Tu te prépares, moi je t’attends ! »

Je ne pris pas la peine de rétorquer quoi que ce soit. Adélaïde devait avoir oublié ce que je lui avais dit la veille à propos de ma cheville. Les faits étaient qu’elle m’aidait (comme toujours) et qu’elle avait l’air inquiète. Assise sur une chaise, elle me regardait par la porte de chambre. C’est en voyant des larmes sur ma joue qu’elle vint m’aider à me lever du lit. J’en étais incapable, ma cheville était … énorme ! Je venais de la regarder et le moins que l’on puisse dire était qu’elle était gonflée. Pourvu que rien ne soit fracturé. Je n’avais fait qu’une petite chute de rien du tout à la danse, je ne pouvais pas m’être cassé la cheville. Elle était à peine enflammée en rentrant à la maison.

Je m’assis sur la chaise qu’occupait Ade quelques minutes auparavant pendant qu’elle me faisait mon café, mes tartines de beurres et m’apportait un yaourt aux fruits. Quelle chance j’avais d’avoir une amie aussi formidable et toujours à mes côtés. Mais était-elle seule dans la maison avec elle à présent ou le monstre dormait-il toujours dans sa chambre ? Je crois que ça ne m’importait que très peu sur le moment.

Une fois mon petit déj’ avalé, il fallait bien que j’aille me laver. J’avais beau avoir pris une douche juste avant de dormir, la sueur avait rendu mes cheveux gras et je me sentais sale. Ade m’aida à rejoindre la salle de bain et m’apporta des fringues propres. Une jolie robe et un leggins court pour que j’ai chaud sans devoir compresser ma cheville dans un jeans ou des chaussettes, parfait ! Je décidais de me laver en restant assise dans ma douche. J’avais mis les bouteilles de shampoing et de gel douche au sol pour ne pas avoir à me relever. La serviette éponge était à ma portée également mais je ne pouvais pas ressortir du baquet de douche par moi-même. La marche semblait trop difficile à passer. Il allait encore falloir que j’appelle à l’aide. C’était tout de même un peu honteux de demander sans cesse de l’aide et plus précisément lorsque l’on est uniquement vêtue d’une serviette éponge. Mais passons, Ade et moi étions au-dessus de ce genre de détails. Elle m’épaula pour que je me relève et j’entrepris de m’habiller. J’avais la désagréable impression que mes deux jambes étaient de plus en plus ankylosées. Ce ne pouvait pas être dû à ma simple chute. Que m’arrivait-il ? Ade avait raison, nous devions aller à l’hôpital. J’avais laissé trainer trop longtemps un truc bénin et l’avais sûrement amplifié. J’étais juste trop bête de ne jamais vouloir aller chez le médecin ou suivre les conseils que l’on me donnait. Laure avait sans doute eu raison de me dire d’aller voir un médecin après ma chute. Moi au lieu de ça, j’avais marché et j’avais dansé deux fois plus le soir même. Mais le temps n’était pas aux lamentations. C’était mon erreur, j’en payais les conséquences. Un corps nous n’en avons qu’un, il faut toujours en prendre soin ! J’avais joué, j’avais perdu.

C’est fou, lorsque l’on rumine on ne voit pas les choses se passer. J’étais arrivée aux urgences, je n’avais pas le souvenir d’être partie de la maison avec Ade. Mais ce n’est qu’une fois assise dans la salle d’attente que la honte m’assaillit. Je portais des tongs, je n’étais pas épilée (même si étant blonde mes poils n’étaient pas les plus voyants au monde) et j’avais une tête cadavérique. Pourvu que le docteur soit une vieille femme peu regardante. Je n’aurais pas voulu faire fuir un potentiel Médecin Charmant. J’en touchais donc deux mots à Adélaïde, histoire de détendre l’atmosphère et de rire malgré le pénible de la situation. Nous étions dimanche et les urgences étaient blindées. Nous allions passer plusieurs heures, le derrière sur nos chaises, l’odeur d’aseptisant dans le nez. De plus, je savais que ce genre de préoccupations féminines allait faire rire Ade, qui du coup commença à me raconter sa nuit. Le monstre avait été génial, si bien que pour une fois, elle avait un numéro et ils avaient planifié un rendez-vous durant la semaine. Je comprenais mieux pourquoi un sourire Colgate était scotché à son visage malgré le fait que l’on soit coincées ici durant un de nos jours de libres. Si je ne mettais pas le holà maintenant je sentais que ma journée allait tourner autour du merveilleux Guillaume, l’homme à l’allure de buffle qui épatait ma meilleure amie. Non pas que je sois jalouse, mais j’avais l’impression d’entendre des histoires similaires bien trop souvent. Le seul point qui différait étant le nom du garçon. Quoi que pour le coup, son allure aussi avait quelque chose de différente de celles des autres. Ne voulant pas en savoir plus et avant qu’Adélaïde n’en arrive à comment Guillaume était un dieu au lit, je parvins à expliquer mon rêve étrange et les sensations que j’avais ressenties. Oui, j’avais eu l’impression de m’être réveillée dans une dimension parallèle, mon rêve était d’une réalité troublante. J’arrivais même à décrire le goût sucré du nectar que j’avais consommé et bizarrement, le parfum de cette jungle me semblait perceptible. Pourquoi réussissais-je à transmettre tant de descriptions olfactives si j’avais rêvé d’un monde qui n’existait que dans mon imagination ? Ade mis ça sur le compte de la fièvre, de la douleur et du manque de sommeil. Peut-être avait-elle raison, cela me décevait d’une certaine manière.

- Mademoiselle O’Laoire Caitlin ?
- Oui ! C’est moi, répondis-je aussi vivement que je pus.
- Veuillez me suivre, le Docteur Percozevitch va s’occuper de vous.
L’infirmière semblait gentille, son sourire allait de pair avec sa voix douce et rassurante. J’entrepris donc de lui demander si Ade pouvait me suivre. J’avais la trouille des médecins et je ne voulais pas y aller seule, voilà la vérité.
- Mon amie peut venir ?
- Mais bien sûr mademoiselle. Je vous laisse ici, le docteur arrive dans quelques instants.

Nous étions dans un cabinet, petit mais chaleureux. Le docteur devait avoir des enfants au vu des photos posées sur son bureau. Une jolie petite fille et un garçon d’une dizaine d’années étaient assis aux pieds d’un couple très beau. L’image de cette famille parfaite calma mes craintes et la main d’Adélaïde sur mon épaule également. Quand on parlait médecine, j’étais une couarde. Déjà enfant, lorsqu’il fallait aller chez le médecin, je me cachais, de sorte que nous étions toujours en retard. Cela rendait ma mère furieuse contre moi.
Un homme d’une quarantaine d’années entra dans la pièce. Il portait sa blouse blanche, un stéthoscope autour du cou et sur la poche de sa blouse trônait un badge où l’on pouvait lire « Dr R. Percozevitch ». Mon heure était venue mais je gardais mon sang froid. La douleur à la cheville était plus grande que ma peur.

Une fois auscultée, le docteur m’emmena faire des radios. Une grande première dans ma vie. Le docteur était bien sympa de m’expliquer tout pour me calmer, parce que je devais paraître un peu hystérique à cause de l’angoisse. Bon, une fois examinée sous tous les angles, je retournais patienter avant d’obtenir les résultats. Adélaïde partit nous chercher un café et une barre céréalière chacune. En effet, il est déjà vingt-deux heures et nous commencions à avoir faim. Finalement, j’avais survécu ! L’hôpital n’était pas aussi terrible que je l’imaginais. Vraiment, parfois les phobies sont inexplicables. J’espérais que les résultats seraient là bientôt parce que demain Ade devait aller s’occuper de ses petits CM1 et moi j’avais une librairie à tenir ! Madame Ardoni n’allait pas réussir à tout faire sans moi.

Ce n’est qu’une demi-heure plus tard, que le Docteur Percozevitch revint avec des radios dans les mains et un air de travers. Finalement, ça s’annonçait mal… J’avais une rupture des ligaments avec un arrachement osseux. En gros mon entorse était grave à l’instant même où j’avais fini mon cours de danse. Mais j’avais vraiment aggravé la chose au cours des vingt-quatre dernières heures. Je me retrouvais avec un plâtre qui me montait jusqu’au genou et des béquilles. Le docteur me prescrivit des antidouleurs et fit un arrêt de travail pour deux jours : la joie ! Je riais jaune et j’étais de mauvaise humeur. J’allais avoir une patte folle durant cinq semaines et ce sans compter la kiné derrière. Fini la danse pour quelques temps et bonjour la difficulté au boulot. Adélaïde ne dit pas un mot avant d’être sortie de l’hosto. Et quand elle ouvrit la bouche, ce ne fut que pour me demander si un Mc Do m’irait pour ce soir. Comme ça nous prenions à manger au drive et nous rentrions à l’appart’ manger rapidement et dormir. Je voyais à sa tête qu’elle avait besoin d’une bonne nuit de sommeil avant d’entamer sa journée de boulot. Je n’avais pas envie de cuisiner ce soir, j’acceptais donc sa proposition. Mais avant cela et malgré l’heure tardive je me devais de téléphoner à Madame Ardoni pour la prévenir de mon absence demain. Celle-ci décrocha très vite et fut compréhensive. Elle me proposa même de prendre mes vacances afin de me reposer et de ne pas être gênée dans mon travail. Je supposais que ce n’était pas de la réelle gentillesse mais une façon de ne pas m’avoir dans les pattes alors que je ne pouvais pas faire grand-chose d’autre que de la caisse. J’avais donc trois semaines de repos et deux jours d’arrêt maladie. Il faudrait juste que je passe à la librairie déposer mon arrêt et signer un papier pour les vacances. Les simples formalités administratives quoi. Au final, il était temps que je prenne du temps pour moi, et malgré ma jambe plâtrée rien ne m’empêchait d’en profiter.  


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Khal
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Message par Khal » 29 déc. 2013, 02:40

Salut Chickon,

J'ai lu ton chapitre 2 et je peux déjà dire que j'aime bien ton style. C'est fluide et assez rythmé.
J'ai été surpris par le ton employé par ton héroine : "diable que faisions-nous ici", "non mais des fois", "mais tout de même", "Dieu soit loué"... Ces expressions ont un petit côté vieux jeu et ça m'a surpris, car ton héroine est visiblement assez jeune. Malgré tout, au fil de la lecture, l'ensemble devenait cohérent et mes craintes s'envolaient.
Côté narration, je trouve qu'il y a un peu trop de descriptions inutiles. ça ne va pas assez à l'essentiel à mon goût (et ce n'est que mon humble avis). J'ai du mal à croire qu'il s'agit de fantasy et j'aurais aimé que le passage du rêve soit plus long pour me plonger d'emblé dans l'imaginaire. La mise en place d'une histoire est toujours difficile et je ne sais pas si ton premier chapitre se passait à Lyon ou dans un autre univers.

Je suis assez intrigué, car ton personnage principal est assez éloigné de ceux qu'on rencontre habituellement dans ce genre romanesque et j'accorde souvent plus d'importance aux personnages qu'à l'histoire.
Je ne passe pas aussi souvent que je le voudrais sur le forum, mais je viendrais lire la suite si tu la postes.
Bon! tout ceci n'est que mon avis et il y a certainement de plus grands lecteurs qui pourront te conseiller également.
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ML
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Message par ML » 29 déc. 2013, 11:55

L'ensemble est bien écrit et agréable à lire même si (personnellement) je n'aime pas vraiment lire des formes trop parlées hors dialogue (par exemple dire "au max" au lieu de "au maximum")
Comme Khal, j'ai du mal à y voir la fantasy mais peut-être qu'elle arrivera plus tard :p
Petit bémol dans ton dernier paragraphe, tout est trop écrit au style indirect et du coup ça devient lourd. Même si tu gardes le coup de téléphone sous cette forme, je te conseille de créer le dialogue avec Ade. Tout d'abord ça allégerait le récit et ensuite ça permettra au lecteur de mieux s'immerger dans l'histoire.
Sinon, c'est très bon et on a envie de connaitre la suite !
Chickon
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Message par Chickon » 29 déc. 2013, 20:31

Waaaaaaa merci pour ces commentaires constructifs !   :happy:  
Je pense que je vais retoucher ce chapitre en prenant en considération tout ça. Pour les descriptions je crois que c'est un peu ma kryptonite ... J'aime les images et du coup je décris trop ce que j'ai dans la tête. Et en fait l'idée c'est que je voulais presque en fait du fantastique mais par la suite je me suis trouvée sans savoir dans quel "genre" placé ce bouquin ...

Du coup je vais vous mettre le chapitre 1/2/3 sachant que le chapitre 1 risque de faire un bide mais je ne sais pas trop comment entrer dans mon histoire autrement. En fait je le voyais ainsi à la base mais j'y vois là encore beaucoup de descriptions qui ralentissent l'arrivée de l'intrigue et peuvent freiner le lecteur à lire la suite ... Par contre j'espère que le chapitre 3 vous plaira d'avantage !

Bonne lecture et encore MERCI !

Chapitre 1 : Les Failles du Quotidien

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C'était un de ces soirs d’automne où il faisait froid. J’avais encore fermé la boutique parce que ma patronne était partie s’occuper de sa famille. Comme moi je n’en avais pas, je pouvais bien me farcir les fermetures et les heures supp’. Ce n’était pas trop grave, ma paye ne s’en voyait que plus fournie. Ou tout du moins c’est comme ça que je tentais de me remonter le moral. Ce froid glacial, et je n’étais même pas encore chez moi. A coup sûr Beuzy m’attendait pour la promenade du soir. Je ne dirais pas que je n’aimais pas mon chien, mais ce soir j’avais envie de me pelotonner dans mon lit, une tasse de thé, un bon livre et dormir. Une soirée cocooning en somme. Toutefois, avoir un chien me rappelait souvent que c’était presque aussi contraignant qu’un enfant et qu’il fallait faire l’impasse sur ses petits besoins personnels pour le plaisir du fauve. De toute façon, une fois face à Beuzy je me sentais tellement joyeuse que je ne lui refuserais jamais ses promenades. Sans lui ma vie serait bien monotone et je resterais à coup sûr enfermée chez moi sans mettre le bout de mon nez dehors.

Ces pensées m’accompagnant jusque chez moi, j’avais retrouvé mon engouement pour la promenade et ma joie de vivre habituelle. De plus, ma vie n’était pas si mal, j’avais le luxe d’avoir une famille parfaite et la meilleure amie dont tout le monde rêve ou a rêvé. Vous savez, celle à qui on dit absolument tout et qui nous le rend dans son plus bel éclat. Celle qui vous tient les cheveux lorsque vous êtes malade ou qui vous prépare un chocolat chaud et vous l’amène avec un mouchoir en tissu propre quand une mauvaise nouvelle plane au-dessus de votre tête ou que votre copain qui ne l’est plus pour le coup vous a largué. Oui, Adélaïde faisait partie de ces amies fidèles envers et contre tout et c’était ma meilleure amie, pas celle d’une autre. Rien ni personne ne pouvait nous froisser plus d’une heure. Les gens nous mentionnaient comme si nous n’étions qu’une et même personne. Je pense que ça avait son charme et que tout cela était accru par le fait qu’on était colocataire. Je réfléchissais à ça au moment même de mettre la clé dans la serrure et fit mon entrée avec le sourire le plus large au monde. Sur le palier, sans même prendre le temps de me poser, de retirer mon manteau pour apprécier la chaleur de notre appart, je me mis à brailler :

« - Ade, je suis rentrée et… Et… devine quoi ? Et oui comme tous les jours : j’ai ramené le pain ! Merci qui ? Hein ? Merci Azia ! Faudra qu’on trouve un moyen de la remercier notre petite boulangère de nous refiler le pain invendu gratis tous les jours quand même. Bon allez, je reviens bientôt : Beuzy a besoin de pisser. Tu veux venir ? »

Un son lointain et bougon émit une réponse à ma question sans que j’en devine le moindre mot. Une chose était sûre, j’allais errer une demi-heure seule avec Beuzy, Ade n’avait pas l’envie de se bouger.

« -Beuzy, Beuzy. Allez ! Vient mon gros c’est l’heure. »

Hop, j’attrapais la laisse et vérifiais que Beuzy me suivait avant de repartir dans le froid. Lyon était une belle ville et les promenades toujours un plaisir. Je ne pourrais dire si je m’en lasserais un jour. Cette sortie acheva un peu plus ma motivation pour ce soir. Je n’avais plus qu’une envie, me vautrer dans le canapé un bol de nouilles japonaises sur les genoux, un film cool à la télé et Ade pour commenter avec moi. J’entrepris ma quête de nouilles à emporter. Direction Yomogi, c’est un peu loin la place Sathonay mais je suis sûre et certaine de la qualité des plats. Il fallait juste que je prévienne Adélaïde de ne pas manger avant mon retour, que j’avais un plat à lui préparer, une spécialité de la maison, bref la baratiner pour lui faire une surprise. Ne sachant pas cuisiner, Ade a toujours trouvé que j’étais un véritable cordon bleu. Ce qui n’était pas vraiment le cas, je me débrouillais mais rien de plus. Toutefois je savais qu’elle attendrait que je cuisine pour manger.

Environ une heure plus tard, j’étais comme dans mon rêve : assise dans notre canapé vert avec un bol de nouilles sautées à manger et d’un accord commun nous regardions Jack. Ok c’est un vieux film mais l’histoire est sympa, JLo est plutôt canon dans son rôle de professeur et Robin Williams nous fait pleurer à chaque visionnage. J’avais offert ce film à Ade en revenant d’une foire à tout où j’avais dégoté la VHS pour moins d’un euro. Du coup j’avais aussi offert le lecteur pour la voir. Une véritable bonne idée vu que nous avions tous les Disney en VHS, et du coup pas besoin de tout racheter en DVD. Bref, un vrai truc de fille qui se complait dans son enfance. La soirée ne s’éternisa pas, j’étais claquée, nous étions vendredi soir et je voulais être en forme pour le week-end qui commencerait demain soir à 19h30. Oui, demain soir ce serait la fête, j’avais envie de sortir, de me trémousser, de voir du monde. Mais d’abord ce qui me motivait à dormir c’était mon rendez-vous du samedi de 20h à 21h : mon cours de danse. Ah ce que j’aimais la danse. La fatigue m’emporta dans cette douce pensée de moi dans une jolie robe, pleine d’élégance, me mouvant sur une musique de Tchaïkovski.
Midi, je gardais la boutique pendant que Madame Ardoni était partie faire manger ses petits avant qu’ils ne partent à l’entrainement de football pour l’un et à l’équitation pour l’autre. Pour ma part j’avais le ventre qui gargouillait. J’aurais donné cher pour un repas digne de ce nom. La journée était longue, ce sentiment était accentué par l’absence de client. A croire qu’en ce mois de novembre pluvieux les gens devenaient moroses et ne lisaient plus. Tant pis. Je me calais derrière le comptoir et j’entamais Les Dames à la licorne de Barjavel. Je relevais la tête pour voir la pendule, il était déjà quatre heures de l’après-midi et personne n’était revenu, j’étais seule, assise là. Où était Madame Ardoni ? N’était-elle pas revenue de chez elle ? Lui était-il arrivé quelque chose ? Oh non ! Mon portable était déchargé, je n’avais pas vu. La lecture m’avait emporté bien loin dans mes songes, de sorte que je n’avais fait attention à rien. Il était grand temps de me remettre au travail et le cas échéant de manger un petit peu. Histoire de me caller l’estomac, parce que j’avais aussi oublié mon creux. Les livres me plongeaient loin, trop loin. Telle Alice aux Pays des Merveilles, je me retrouvais ailleurs, dans le monde du livre. Prête à oublier le monde réel, le livre comme refuge.

Ah ! Le fixe de la librairie sonnait, sûrement la patronne. Je me jetais dessus, et demandais à Madame Ardoni de bien vouloir m’excuser, je ne voulais pas la déranger, je n’avais plus de batterie et je me débrouillais très bien seule vu le nombre de client. Amandine, sa fille était malade, elle restait donc avec elle afin de l’emmener chez le médecin. Il fallait que je fasse la fermeture. Par sa grande bonté, Madame Ardoni me permettait de fermer une demi-heure plus tôt s’il n’y avait pas de client pour que je file à mes « activités sportives du samedi ». Et j’espérais bien dit donc, je ne louperai pour rien au monde ma séance de dance classique. Aujourd’hui je partirai à 19h au plus tard et rien n’y fera. La fin de journée resta semblable au reste, les clients n’affluaient pas et l’heure de la fermeture approchait à grands pas. Je trépignais d’envie de me mouvoir avec grâce.

Dans cinq minutes je fermerai la boutique, je compterai la caisse et je partirai. Je finissais de ranger les deux-trois livres que je devais reposer au bon endroit en me dandinant et en faisant des arabesques. Heureusement que j’étais seule, je n’imaginais pas la tête d’un supposé client en me voyant faire ces pirouettes. Et là, à moins d’une minute de la fermeture j’entendis la sonnette de la porte d’entrée. Je serai donc obligée de laisser ouvert plus longtemps. La mauvaise humeur me prenait quand je vis la personne âgée qui me demandait conseil pour le choix d’un guide touristique Elle partait en Irlande pour les fêtes et désirait programmer ses vacances en avance. Enfin, les fêtes n’étaient que dans un mois, elle aurait pu passer demain ! Mais c’est toujours ainsi, les personnes n’ayant plus d’obligations venaient à deux minutes de la fermeture pour un truc urgent qu’ils devaient avoir absolument. Toutefois l’allusion à l’Irlande m’avait rendue cette cliente plus sympathique.

- Où allez-vous en Irlande ?
- Je me rends à Dublin. En réalité je vais voir ma fille qui vient de s’y installer. Vous comprenez elle a rencontré un jeune homme.
- Bien évidemment, elle est partie vivre avec lui, là-bas. Personnellement je vous conseille d’aller faire un tour à l’ouest, la côte est sublime. Bien qu’en décembre il y fera sûrement un froid terrible. Et Cork, au moment de noël est juste magique. Les lumières qui éclairent la ville la rendent féerique.
- Vous êtes bien aimable ma petite, vous semblez bien connaitre l’Irlande. Je me trompe ?
- Et bien c’est le pays natal de mon père. Mes grands-parents vivent là-bas. Du coup, quand j’étais enfant, j’ai passé toutes mes vacances en Irlande. J’en ai fait le tour, je connais pas mal de coins sympa.

Les souvenirs surgissaient en moi. A vrai dire, dans ma vie je n’avais pas beaucoup voyagé et je ne connaissais que Lyon et l’Irlande. Mais, depuis que j’avais décroché un CDI dans cette librairie, je n’étais pas repartie là-bas voir ma famille. Ma grand-mère paternelle me manquait souvent, elle avait vraiment bercé mon enfance de contes celtiques, de musiques traditionnelles et de ballades dans la verdure irlandaise. Mais pour moi la vie était à Lyon, tout m’y rattachait. L’Irlande n’était que le lieu de mes vacances, je ne me voyais pas rester vivre sur une île et qui plus est sur une île où il fait froid et humide. Cependant, je ne voulais pas montrer à cette gentille mamie que sa destination me rendait rêveuse et mélancolique. Je me rendis donc au rayon « tourisme » et lui dégota un exemplaire du guide du routard spécial Irlande. Selon moi cette édition était la meilleure. La vieille dame semblait confiante et me remercia vivement pour mon aide. Je lui répondis par un léger sourire et un clin d’œil avant de prendre son billet et de lui rendre la monnaie.

- Mademoiselle, je repasserais certainement après la lecture de ce livre afin d’avoir votre avis sur mon itinéraire. Et si vous avez des lieux à me conseiller, je suis preneuse. Malgré mes soixante-dix ans, je suis une baroudeuse dans l’âme vous savez !
- Mais je n’en doute pas et sachez que vous serez toujours la bienvenue. Parler de l’Irlande est une véritable passion, alors si je peux aider en même temps…

Tout en finissant la conversation, je la raccompagnais à la porte et lui  souhaitais bon courage pour son programme. Une fois la cliente sortie, je fermais la porte avec une force peu commune. En dix minutes ma caisse fût comptée et je courais dehors prendre mon bus en direction de la salle de danse. Mon sac à main et mon sac de sport se croisaient ce qui gênait mes mouvements. Mais je ne pouvais pas me permettre de traîner, j’avais au minimum une demi-heure de transports, plus le temps d’attente du bus. Ajoutons à cela le temps que je me change, je serai pile juste.

Arrivée dans les vestiaires. J’enfilais mes collants blancs pâles et mon justaucorps vert. Ade me disait tout le temps que mon justaucorps avait le même vert émeraude que mes yeux et que je n’étais jamais aussi jolie que lorsque je dansais. Que le bonheur qui émanait de ma personne était éblouissant. C’était une sorte de blague parce que je parlais souvent de mon cours, parfois je ne m’arrêtais que lorsque je la sentais totalement saoulée par mes paroles. Allez, j’enfilais mes petits chaussons verts. J’avais l’impression d’avoir dix ans mais ça ne me faisait rien. Quand j’étais à la danse je n’avais honte de rien. Il ne me restait plus qu’à faire un chignon avec mes longs cheveux blonds. Cette crignasse était difficile à dompter et je mis bien cinq minutes avant de fixer mes premières épingles. Il était l’heure de me diriger dans la salle, le cours allait débuter d’une minute à l’autre.

Je n’étais pas en retard et Laure, notre professeur, réglait des papiers avec une élève de sa classe précédente. J’étais heureuse de ne pas être à la bourre comme d’habitude. Nous débutions l’échauffement à la barre. J’aimais m’étirer et voir dans la glace que je n’étais plus la jeune fille souple comme un manche à balais. J’aimais aussi le moment où nous faisions encore et encore les répétitions des cinq positions. Certes, cela pouvait sembler répétitif mais en soi si nous ne connaissions pas les bases, nous ne pourrions rien faire de beau. Enfin, une fois bien préparées nous dansions. J’appréciais beaucoup ce moment de danse en commun mais ce que je préférais c’était la danse improvisée que chacune de nous devait faire avant de terminer le cours. Ce soir j’avais interprété une danse sur la peur. La musique qui passait ne m’inspirait rien d’autre que la peur. Ainsi j’avais tenté de faire des gestes proche de mon visage, j’avais mimé les mouvements de Blanche Neige lorsqu’elle fuit dans la forêt. Je pense que c’était le plus bel exemple de peur que je puisse représenter. Une fois les autres parties, j’avais dix minutes supplémentaires qui étaient pour moi un moment de jubilation, j’avais enfin le droit de m’essayer aux pointes. Alors Laure me gardait seule un peu plus longtemps que les autres afin de m’aider à me muscler les chevilles et à faire des tentatives de mouvements avec mes nouvelles pointes. Cela allait faire cinq semaines que je restais avec Laure et ce soir j’allais tenter de faire un saut. Un petit saut mais ce serai un début. Je savais que je ne sauterai pas vraiment et que je resterai la main sur la barre pour rester en équilibre car on ne sait jamais. Mais rien que l’idée me rendait excitée comme une puce. Je me positionnais, je commençais en demi-pointe pour finir sur mes pointes. C’était le moment, j’inspirais un bon coup et je tentais de faire de mon mieux pour prouver à Laure que j’en étais capable. Elle me faisait confiance et j’avais envie d’aller encore plus loin dans l’entraînement. Alors c’était parti, je m’élançais mais le pied que j’avais lancé ne se positionna pas tel que je le voulais. Comment faire, je sentais tout mon poids se dérober et chuta sans rien pouvoir y changer. Je ne savais pas ce que j’avais fait de travers mais ce que je savais, c’est que j’étais tombée et que j’avais vraiment mal à la cheville.

- Rien de terrible, nous pouvons continuer » dis-je en souriant à Laure.
- Caitlin, je pense que nous devrions arrêter là pour aujourd’hui. Va voir un médecin, on ne sait jamais. Les chutes en danse ne sont jamais anodines pour les chevilles. Tu peux me croire.
- Tu peux me croire, si j’avais mal, je te le dirais et ne forcerait pas.
- Je sais que tu es têtue mais je ne reviendrais pas dessus, va donc te changer. Tu as bien travaillé aujourd’hui.
- Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as vu ma chute, rien de grave ! Pourquoi tu ne me commentes même pas mon saut ? Tu es toujours si sérieuse ! Je ne suis pas une de ces gamines que tu as au cours précédent, parles moi comme une adulte s’il te plait.
- Ecoute, je m’en veux. Je suis sincèrement désolée, je pense que ta cheville n’est pas assez musclée pour ce genre d’exercice. Va voir un médecin le plus vite possible. Promet le moi. J’ai vu ta chute, ça n’aurais pas dû se passer ainsi mais ta cheville a reçu un coup dure. Tu ne ressens rien parce que c’est à chaud, mais ce soir ou demain tu risques de ressentir une vive douleur. Ne fais rien de stupide ce soir et surtout ne t’entraine pas seule chez toi.
- C’est bon, tu as d’autres remontrances à me faire ? Laure je ne suis pas une enfant, aboyais-je en filant me changer.

Je fondis en larmes en filant aux vestiaires. J’avais vraiment l’air d’une idiote, qu’est-ce qui avait foiré et pourquoi me prenait-elle pour une enfant ? Je crois que j’avais les nerfs à vifs et pas uniquement à cause de la danse et de cette chute, mais à cause de tout. Je n’avais pas envie de rentrer en bus, j’avais besoin d’air même si je devais marcher durant plus d’une heure. Je me lançais, si tout allait bien je serai à l’appartement à 22 heures, le temps de manger un bout et de prendre ma douche. Et à 23 heures je serai prête pour aller « bouger mon cul» en boîte de nuit comme le disait si bien Ade.
La douleur me lançait. Mince, c’était peut-être plus grave que je ne le pensais. Maintenant que j’avais commencé à marcher je devais m’y tenir, ce n’était pas une petite chute de rien du tout qui me ferait prendre le bus, non de non !

Avec beaucoup de mal et les larmes aux yeux j’arrivais à l’appartement. Une chance pour moi que nous habitions au rez-de-chaussée ! Les escaliers auraient été une vraie torture pour moi ce soir. J’ouvris la porte et surprise ! Une dizaine de personnes, tous des amis de près ou de loin en commun avec Adélaïde étaient là, chez moi. Tout le monde n’attendait que moi pour sortir. J’avais promis d’y aller c’est vrai. Je cherchais la boîte de cachet antidouleur. J’en pris un avec un grand verre d’eau avant de me diriger sous une douche bien chaude. En sortant ma cheville allait mieux et je me sentais un peu requinquée par l’ambiance festive qui trônait chez moi. Ma journée de solitude était terminée, place à la Caitlin qui faisait la fête.

Ah oui, j’oubliais : Caitlin, c’est moi ! Mon père avait voulu conserver en moi un bout de ses racines irlandaises. J’avais obtenu un prénom imprononçable pour les trois-quarts des français. Je passais mon temps à expliquer que ça se dit « kateline », c’était la version anglophone de Catherine. Mais rien n’y faisait, mon prénom était bien souvent écorché. Et ce n’était rien par rapport à mon nom de famille,  O’Laoire, qui se dit « O’lairy ». De l’Irlande, je n’avais pas seulement hérité de mon patronyme. J’avais aussi une chevelure flamboyante, plus blonde que rousse mais tout de même typiquement Made in Eire. Surtout à cause de mes reflets dorés au soleil. J’aimais particulièrement mes cheveux que je laissais pousser depuis cinq ans maintenant. Mon dégradé arrivait à présent jusqu’à la cambrure de mon dos dans un flot d’ondulations. J’avais la chance d’avoir hérité de la qualité capillaire de Grand-Ma. Si mes cheveux étaient magnifiques à la lumière naturelle, ma peau était trop blanche pour pouvoir endurer les rayons du soleil. L’Irlande n’était pas connue pour son temps radieux mais bel et bien pour ses prairies verdoyantes à cause de la pluie, ma peau était donc également faite pour un pays pluvieux. Vous pouvez imaginer qu’à Lyon, durant l’été, j’utilisais de la crème solaire par kilo ! Ma couleur favorite est le vert, sûrement une résurgence de la Saint Patrick, que l’on avait l’habitude de faire en famille chez ma Grand-Mère. Cette dernière me déguisait en Leprechaun et disait que mes yeux émeraude me donnaient un véritable air de petit elfe. Je pourrais avoir un visage plutôt joli si je n’avais pas des taches de rousseur sur le bout du nez.  Je crois toutefois m’éloigner du sujet de départ. Il fallait que je me prépare pour sortir. Un rapide chignon ferait l’affaire et me permettrait de ne pas avoir les cheveux en batailles à la fin de la soirée. J’attrapais deux vieux pinceaux qui me serviraient à les attacher. Il faudrait tout de même que je retourne acheter des élastiques parce qu’avec ma masse capillaire, ils ne faisaient pas long feu. J’enfilais une robe turquoise avec une ceinture marron pour marquer ma taille et aussi parce que j’aimais les ceintures plus que tout. Ça ferait un rappelle marron parfait qui irait avec mes bottines en cuir. Côté bijoux, j’allais mettre ma bague hiboux en argent et ma paire de jolies boucles d’oreilles en bois faites artisanalement et offertes par Ade à son retour d’un séjour au Mexique. J’optais pour la nuque dégagée et sans collier. Un petit coup de maquillage, du marron sur les paupières, de l’eyes-liner vert et du mascara ferait l’affaire. Pas besoin de plus, de toute manière je ne saurai pas faire mieux. Je jetais un dernier coup d’œil dans le miroir de ma chambre, j’étais fin prête à rejoindre le groupe et à en mettre plein la vue sur la piste de danse.

Après le peu d’aliments ingurgités dans la journée j’avais la dalle. Mon estomac criait famine et autour de moi il ne restait pas grand-chose du repas de ce soir, les autres en avaient fait leur festin. Vu l’heure tardive il ne restait que de l’alcool. Tant pis, je n’avais pas le temps de cuisiner si je voulais les suivre, il fallait parer au plus urgent. Le repas de ce soir allait donc être nouilles chinoises instantanées. Une chance que j’en avais toujours un petit sachet en avance planqué dans ma chambre parce qu’Ade, ne sachant pas se faire à manger, dévalisait ce genre d’aliment très rapidement.

Une fois ma mixture engloutie, assise sur le comptoir de la cuisine, je me joignis à nos fêtards qui n’attendaient que mon feu vert pour se ruer dehors en quête d’un lieu plus grand et blindé pour danser et pour draguer  (comprendre pour ramener un être du sexe opposé chez soi pour la nuit et demain faire semblant d’avoir trop bu la veille en voyant sa tête). Ade faisait partie de ces gens qui n’avaient pas honte de ce genre de pratique. Elle avait coutume de repartir accompagnée et je la trouvais le matin seule. Jamais je ne m’y laisserai prendre. J’aimais aller danser parce que je n’étais pas seule, que finalement tous ces gens comme moi étaient là. Quand tu es en couple, le vendredi ou samedi soir est synonyme de soirée sympa que ce soit à la maison ou avec un programme resto puis cinéma. Cependant quand tu es célibataire et dans la vie active, et bien le week-end rime souvent avec solitude profonde, pas de télévision parce que les films sont tous à l’eau de rose et toutes les copines sont fourrées avec leur nouvelle proie ou leur copain officiel. Bref, je détestais le week-end alors pour tromper l’ennui, j’allais dans ce que je nommerais la cage aux fauves qui était en fait une boite de nuit. Les femmes et les hommes étaient tels des animaux, des félins à la recherche de gibier. Sur la piste de danse c’était comme dans la savane : les bêtes s’adonnaient à une course poursuite qui se finirait ou non dans la tanière du vainqueur. Mais au moins en boite je pouvais danser librement sur de la musique actuelle. Souvent je tentais de reproduire les pas du hip-hop, danse que j’avais apprise à la fac. Pour moi ce genre de soirée était l’occasion de jouer un rôle, de ne pas être Caitlin mais une femme tout autre que je pouvais changer à ma guise.

Vers 5 heures du matin Ade me fit un léger signe pour me dire qu’elle me laissait là parce qu’elle retournait à la maison accompagnée. Je ne savais pas lequel des deux avait le taux d’alcool le plus élevé. Une chose était sûre c’est que pour une fois que je ne buvais pas, j’admirais un tableau désolant. J’avais sur la conscience le mal être de ma meilleure amie. En fait, elle n’était pas plus heureuse que moi et elle tentait de se leurrer elle-même en ramenant des inconnus dans son lit. Ce n’était pas par joie mais par dépit. Je ne comprenais pas comment elle avait réussi à ne pas être en couple ! Son physique était parfait. Elle était grande, avec des jambes fines qui lui assuraient de l’élégance à chacun de ses pas. Ses yeux bleu océan contrastaient avec son épaisse chevelure noire et lui donnaient un petit air de Zoé Deschanel. Et ce soir, je la voyais minable, dans sa robe bleue, les yeux vitreux partir au bras d’un type qui avait tout du buffle. Je ne devais pas la laisser, je devais la faire rentrer avec moi. Elle m’en voudrait mais au moi je me sentirai mieux. Piquant un sprint pour arriver aux vestiaires avant son départn, je finis par chuter. Ma cheville me brûlait de l’intérieur, ça faisait un moment que l’effet des cachets avait disparu et je ne pouvais pas courir. Mon amitié étant plus forte qu’un cheville amochée, je pris mon courage à deux mains et continua mon bout de course. Ade était là, dans la file d’attente pour les vestiaires.

« -Ade ! Ade ! Attends ! »

Elle tourna la tête, moi j’esquivais les regards des gens furieux de me voir les doubler alors qu’ils faisaient la queue depuis je ne sais combien de minutes. Et tout le monde sait qu’une fois bourrés les gens perdent un peu la notion du temps. Ils avaient l’impression d’attendre depuis deux heures, ils étaient impatients de montrer leurs exploits à leur nouvelle partenaire. En soit, je savais qu’à un moment ou à un autre je risquais de me manger une mandale en pleine face pour avoir osé passer devant tout le monde. Mais ça m’était égal.

- Caitlin, qu’est-ce que tu fous ? s’écria Adélaïde les yeux rougis par l’abus d’alcool.
- Ecoute Ade, je pense que ce soir on devrait rentrer ensemble parce que je me suis blessée et j’ai besoin de ton aide pour marcher.
- D’accord je vais t’aider, prends ça pour ton taxi ! s’exclama t’elle en me tendant un billet de vingt euros.
- Je n’ai pas besoin de ton fric, j’avais besoin de ta personne. Mais ton rugbyman a sûrement un très bel essai à marquer. Bonne nuit, fais pas trop de bruit, tu risques d’effrayer Beuzi.  
Un videur s’était approchait et nous beugla :
- Alors les filles, une dispute de vieux couple ? Je vous prierais de stopper ça, sinon je me verrais dans l’obligation de vous sortir.

La réponse d’Ade m’affligeait tellement que je laissais tomber. Tant pis pour elle, après tout elle était majeure et n’avait pas besoin de mon consentement pour se comporter en parfaite catin. Je me ruais hors de la boite, sur le trottoir dans le froid, des larmes roulaient sur mes joues. Depuis quelques jours je sentais la nostalgie m’envelopper et je broyais du noir. Je me remémorais le début de notre amitié avec Adélaïde. Comment en étions passées du stade de pure inconnues à l’image d’un « vieux couple » comme l’avait dit le videur. Tout était parti d’une blague que j’avais fait à mes copines de fac. Avant l’été tout le monde demandait où les autres allaient partir, travailler ou faire je ne sais quoi. J’avais répondu que je partais bosser trois mois sur une île. De suite, l’imagination avait pris le dessus sur la rationalité des gens : les cocotiers, les surfeurs bronzés et le soleil avaient fait irruption dans leurs cerveaux avant que ma réponse ne les achève doucement. Je mettais fin à un rêve qui les transportait loin de leurs propres vacances dans un lieu où le mot île vous propulse.

« Hum, Hum… Les filles, je, heu, je pars juste en Irlande, vous savez ? Enfin, si ça vous fait rêver ainsi et si vous voulez passer, ma grand-mère a largement de la place pour vous héberger toutes. »

C’est comme cela, avec cette phrase dite à la va-vite, que mes liens s’étaient renforcés avec Adélaïde. Nous nous étions rencontrées à la fac et avions formé un groupe de six filles en première année de licence de Lettres. Les autres, je n’avais aucune nouvelle depuis la fin de la licence. Mais Adélaïde, qui a un profond culot je dois l’admettre, m’avait demandé si ma proposition était réelle. Si elle pouvait « squatter chez mémé » comme elle avait dit. Effectivement, elle n’avait pas trouvé de job d’été. Ses bourses lui suffiraient sûrement à payer un aller pour Dublin mais pas grand-chose de plus. Néanmoins ça lui donnerait un truc à faire. Elle n’avait rien de prévu de tout l’été et rester à Lyon quand les gens ont déserté provoque souvent un état de tristesse profond. Finalement, heureusement pour nous qu’Ade n’avait rien à faire car je n’ai jamais passé d’été aussi formidable que celui-là. Même si je travaillais dans une ferme, avec Ade à mes côtés, l’été fut magnifique ainsi que bénéfique. En effet mes « patrons », ou devrais-je dire les amis de mes grands-parents, l’embauchèrent pour qu’elle s’occupe du gîte (nettoyage, préparation des chambres…). En plus d’avoir réussi à se faire un peu d’argent, en deux mois son niveau d’anglais était en nette amélioration. Peut-être était-ce dû à son flirt avec le fils du fermier ? Ade dormait avec moi dans l’ancienne chambre de mon père et tout l’été nous nous sommes dévoilées l’une à l’autre, sans pudeur, sans honte. Je la connaissais dans son entièreté, et elle n’avait besoin que d’un regard pour me comprendre. A partir de là tout s’est simplifié. On a commencé la colocation à la rentrée et depuis cinq ans nous étions dans cet appart’ au cœur de Lyon. C’est fou ce que le temps passe vite.
Il fallait que je me calme, entre la tristesse qui se lisait sur mon visage, mes oreilles qui bourdonnaient à cause de la musique de la boite et ma cheville qui faisait de moi une éclopée, j’étais belle à voir. Je mis mon casque sur mes oreilles, je cherchais une musique agréable, quelque chose que j’aimais : A Man Of Simple Pleasure de Kasabian. J’adorais ce groupe et je pouvais l’écouter en boucle sans me soucier de quoi que ce soit. Ce serait donc parfait pour rentrer à pied.

Une fois de retour, Beuzi m’attendait avec une surprise lui aussi. Il avait fait ses besoins dans l’entrée. Ade n’avait sûrement pas pris la peine de le sortir avant sa fête et moi non plus à vrai dire. J’étais rentrée en trombe sans faire attention à mon chien. La honte me pris au moment même où je plongeais mon regard dans celui de mon fidèle compagnon. Je ne pouvais pas lui en vouloir, il ne faisait jamais ce genre de bêtises habituellement. J’étais bonne pour dix minutes de marche supplémentaires. Cette soirée était un fiasco total pour moi. J’avais trouvé le temps long et en plus je perdais doucement ma meilleure amie. Ou tout du moins elle perdait mon estime petit à petit. J’avais une halène de chacal, je puais la sueur : une douche s’imposait ! Surtout que je me fichais éperdument de déranger ou non les deux qui s’accouplaient dans la chambre adjacente à la salle de bain. Après cela, il était temps d’aller au lit, le jour pointait son nez dehors. Un joli levé de soleil avec un air frais s’annonçait à ma fenêtre. C’est seulement une fois au chaud sous ma couette que je me mis à penser à ma cheville. Il me fallait un nouvel antidouleur si je voulais passer une nuit correcte. Je commençais à tomber dans un sommeil lourd et inhabituel après avoir avalé mon comprimé.


Chapitre 2 : Une surprise inopinée

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Il faisait lourd, très lourd pour un mois de novembre. Mes paupières refusaient de s’ouvrir tellement j’étais fatiguée. J’avais la désagréable sensation de n’avoir dormi que deux minutes mais qu’il était temps de se lever. Le soleil semblait caresser ma peau, c’est vrai je n’avais pas fermé mes volets avant de me coucher. Mais tout de même, Ade avait-elle réglé le chauffage au max ? Non, ça ne lui ressemblait pas. Il fallait que je me réveille, allez !

Quand, au bout de quelques minutes de lutte, j’entrouvris mes yeux, le spectacle qui s’offrit à moi fut inattendu. Je n’étais pas du tout dans mon lit, à Lyon, par un mois de novembre pluvieux ! J’étais en pleine végétation, dans un endroit qui ressemblait plus à la jungle qu’à l’appartement où je m’étais endormie quelques heures auparavant. Je n’allais pas me plaindre de ce climat tropical vu que la pluie lyonnaise avait tendance à me mettre le moral à zéro. Toutefois je n’avais pas de crème solaire et les rayons du soleil n’allaient pas tarder à faire de moi de la viande pour un barbecue géant. Je fis un bref état des lieux en balayant du regard tout ce qui m’entourait. Je gisais, couchée sur une feuille géante qui s’était pliée sous mon poids et qui me faisait office de hamac. C’est donc contre cela que mon lit avait été troqué. Mais de quel droit ? J’avais payé ce matelas à eau une fortune, et je l’appréciais pour ses qualités ! Non mais des fois. Si le paysage avait changé, j’étais cependant toujours vêtue de mon sublime short de basket noir et d’un tee-shirt gris dix fois trop large pour le porter autrement qu’en pyjama. Beuzi était à mes pieds. Diable, que faisions-nous ici ? J’aurais dû le sentir si j’avais bougé durant mon sommeil ! Où était Adélaïde ? Le souvenir de la veille au soir m’ayant laissé un goût amer me revint en mémoire. Elle devait être avec son Adonis, quelque part dans cette végétation, suant mais certainement pas à cause du climat ! J’étais furieuse. Le paysage entier me semblait familier, comme si je connaissais ce lieu depuis toujours. C’est donc le plus naturellement du monde que, délicatement, je bu le nectar d’un énorme fruit orange juste à ma portée qui ne ressemblait en rien à ce que l’on trouve dans notre monde … dans notre monde ? Cela voudrait-il dire que j’avais quitté la Terre pour un lieu autre ?

« Caitlin, Caitlin, Caitlin ! Bon sang ! »

J’étais en sueur dans mon lit, la fièvre faisait perler de grosses gouttes sur mon front et Adélaïde semblait en transe. Ma cheville était en feu et mon esprit était plus qu’embrumé. Se pouvait-il que j’ai bu quelque chose hier soir m’ayant rendu dans cet état ? Enfin, je n’avais fait qu’un rêve étrange, Dieu soit loué ! Néanmoins la douleur était plus vive que jamais, il fallait que je trouve un médecin. On était dimanche et l’après-midi étant déjà bien entamé, il serait difficile de trouver le moindre docteur pouvant s’occuper de mon cas. Ade était déjà prête. Quant à moi, il fallait que je me douche et que je déjeune avant de penser à faire quoi que ce soit.

« - Je t’emmène à l’hosto ma belle. Je ne sais pas pourquoi tu ne m’a pas parlé avant de ta cheville. J’ai entendu Beuzi aboyer longuement alors je l’ai sorti ce matin. Quand je suis revenue, je suis passée voir si tu étais levée pour te proposer un café et je t’ai trouvé dans cet état. La douleur se lisait sur ton visage, et tu murmurais des trucs incompréhensibles. Tu te prépares, moi je t’attends ! »

Je ne pris pas la peine de rétorquer quoi que ce soit. Adélaïde devait avoir oublié ce que je lui avais dit la veille à propos de ma cheville. Les faits étaient qu’elle m’aidait (comme toujours) et qu’elle avait l’air inquiète. Assise sur une chaise, elle me regardait par la porte de chambre. C’est en voyant des larmes sur ma joue qu’elle vint m’aider à me lever du lit. J’en étais incapable, ma cheville était … énorme ! Je venais de la regarder et le moins que l’on puisse dire était qu’elle était gonflée. Pourvu que rien ne soit fracturé. Je n’avais fait qu’une petite chute de rien du tout à la danse, je ne pouvais pas m’être cassé la cheville. Elle était à peine enflammée en rentrant à la maison.

Je m’assis sur la chaise qu’occupait Ade quelques minutes auparavant pendant qu’elle me faisait mon café, mes tartines de beurres et m’apportait un yaourt aux fruits. Quelle chance j’avais d’avoir une amie aussi formidable et toujours à mes côtés. Mais était-elle seule dans la maison avec elle à présent ou le monstre dormait-il toujours dans sa chambre ? Je crois que ça ne m’importait que très peu sur le moment.

Une fois mon petit déj’ avalé, il fallait bien que j’aille me laver. J’avais beau avoir pris une douche juste avant de dormir, la sueur avait rendu mes cheveux gras et je me sentais sale. Ade m’aida à rejoindre la salle de bain et m’apporta des fringues propres. Une jolie robe et un leggins court pour que j’ai chaud sans devoir compresser ma cheville dans un jeans ou des chaussettes, parfait ! Je décidais de me laver en restant assise dans ma douche. J’avais mis les bouteilles de shampoing et de gel douche au sol pour ne pas avoir à me relever. La serviette éponge était à ma portée également mais je ne pouvais pas ressortir du baquet de douche par moi-même. La marche semblait trop difficile à passer. Il allait encore falloir que j’appelle à l’aide. C’était tout de même un peu honteux de demander sans cesse de l’aide et plus précisément lorsque l’on est uniquement vêtue d’une serviette éponge. Mais passons, Ade et moi étions au-dessus de ce genre de détails. Elle m’épaula pour que je me relève et j’entrepris de m’habiller. J’avais la désagréable impression que mes deux jambes étaient de plus en plus ankylosées. Ce ne pouvait pas être dû à ma simple chute. Que m’arrivait-il ? Ade avait raison, nous devions aller à l’hôpital. J’avais laissé trainer trop longtemps un truc bénin et l’avais sûrement amplifié. J’étais juste trop bête de ne jamais vouloir aller chez le médecin ou suivre les conseils que l’on me donnait. Laure avait sans doute eu raison de me dire d’aller voir un médecin après ma chute. Moi au lieu de ça, j’avais marché et j’avais dansé deux fois plus le soir même. Mais le temps n’était pas aux lamentations. C’était mon erreur, j’en payais les conséquences. Un corps nous n’en avons qu’un, il faut toujours en prendre soin ! J’avais joué, j’avais perdu.

C’est fou, lorsque l’on rumine on ne voit pas les choses se passer. J’étais arrivée aux urgences, je n’avais pas le souvenir d’être partie de la maison avec Ade. Mais ce n’est qu’une fois assise dans la salle d’attente que la honte m’assaillit. Je portais des tongs, je n’étais pas épilée (même si étant blonde mes poils n’étaient pas les plus voyants au monde) et j’avais une tête cadavérique. Pourvu que le docteur soit une vieille femme peu regardante. Je n’aurais pas voulu faire fuir un potentiel Médecin Charmant. J’en touchais donc deux mots à Adélaïde, histoire de détendre l’atmosphère et de rire malgré le pénible de la situation. Nous étions dimanche et les urgences étaient blindées. Nous allions passer plusieurs heures, le derrière sur nos chaises, l’odeur d’aseptisant dans le nez. De plus, je savais que ce genre de préoccupations féminines allait faire rire Ade, qui du coup commença à me raconter sa nuit. Le monstre avait été génial, si bien que pour une fois, elle avait un numéro et ils avaient planifié un rendez-vous durant la semaine. Je comprenais mieux pourquoi un sourire Colgate était scotché à son visage malgré le fait que l’on soit coincées ici durant un de nos jours de libres. Si je ne mettais pas le holà maintenant je sentais que ma journée allait tourner autour du merveilleux Guillaume, l’homme à l’allure de buffle qui épatait ma meilleure amie. Non pas que je sois jalouse, mais j’avais l’impression d’entendre des histoires similaires bien trop souvent. Le seul point qui différait étant le nom du garçon. Quoi que pour le coup, son allure aussi avait quelque chose de différente de celles des autres. Ne voulant pas en savoir plus et avant qu’Adélaïde n’en arrive à comment Guillaume était un dieu au lit, je parvins à expliquer mon rêve étrange et les sensations que j’avais ressenties. Oui, j’avais eu l’impression de m’être réveillée dans une dimension parallèle, mon rêve était d’une réalité troublante. J’arrivais même à décrire le goût sucré du nectar que j’avais consommé et bizarrement, le parfum de cette jungle me semblait perceptible. Pourquoi réussissais-je à transmettre tant de descriptions olfactives si j’avais rêvé d’un monde qui n’existait que dans mon imagination ? Ade mis ça sur le compte de la fièvre, de la douleur et du manque de sommeil. Peut-être avait-elle raison, cela me décevait d’une certaine manière.

- Mademoiselle O’Laoire Caitlin ?
- Oui ! C’est moi, répondis-je aussi vivement que je pus.
- Veuillez me suivre, le Docteur Percozevitch va s’occuper de vous.

L’infirmière semblait gentille, son sourire allait de pair avec sa voix douce et rassurante. J’entrepris donc de lui demander si Ade pouvait me suivre. J’avais la trouille des médecins et je ne voulais pas y aller seule, voilà la vérité.

- Mon amie peut venir ?
- Mais bien sûr mademoiselle. Je vous laisse ici, le docteur arrive dans quelques instants.

Nous étions dans un cabinet, petit mais chaleureux. Le docteur devait avoir des enfants au vu des photos posées sur son bureau. Une jolie petite fille et un garçon d’une dizaine d’années étaient assis aux pieds d’un couple très beau. L’image de cette famille parfaite calma mes craintes et la main d’Adélaïde sur mon épaule également. Quand on parlait médecine, j’étais une couarde. Déjà enfant, lorsqu’il fallait aller chez le médecin, je me cachais, de sorte que nous étions toujours en retard. Cela rendait ma mère furieuse contre moi.

Un homme d’une quarantaine d’années entra dans la pièce. Il portait sa blouse blanche, un stéthoscope autour du cou et sur la poche de sa blouse trônait un badge où l’on pouvait lire « Dr R. Percozevitch ». Mon heure était venue mais je gardais mon sang froid. La douleur à la cheville était plus grande que ma peur.

Une fois auscultée, le docteur m’emmena faire des radios. Une grande première dans ma vie. Le docteur était bien sympa de m’expliquer tout pour me calmer, parce que je devais paraître un peu hystérique à cause de l’angoisse. Bon, une fois examinée sous tous les angles, je retournais patienter avant d’obtenir les résultats. Adélaïde partit nous chercher un café et une barre céréalière chacune. En effet, il est déjà vingt-deux heures et nous commencions à avoir faim. Finalement, j’avais survécu ! L’hôpital n’était pas aussi terrible que je l’imaginais. Vraiment, parfois les phobies sont inexplicables. J’espérais que les résultats seraient là bientôt parce que demain Ade devait aller s’occuper de ses petits CM1 et moi j’avais une librairie à tenir ! Madame Ardoni n’allait pas réussir à tout faire sans moi.

Ce n’est qu’une demi-heure plus tard, que le Docteur Percozevitch revint avec des radios dans les mains et un air de travers. Finalement, ça s’annonçait mal… J’avais une rupture des ligaments avec un arrachement osseux. En gros mon entorse était grave à l’instant même où j’avais fini mon cours de danse. Mais j’avais vraiment aggravé la chose au cours des vingt-quatre dernières heures. Je me retrouvais avec un plâtre qui me montait jusqu’au genou et des béquilles. Le docteur me prescrivit des antidouleurs et fit un arrêt de travail pour deux jours : la joie ! Je riais jaune et j’étais de mauvaise humeur. J’allais avoir une patte folle durant cinq semaines et ce sans compter la kiné derrière. Fini la danse pour quelques temps et bonjour la difficulté au boulot. Adélaïde ne dit pas un mot avant d’être sortie de l’hosto. Et quand elle ouvrit la bouche, ce ne fut que pour me demander si un Mc Do m’irait pour ce soir. Comme ça nous prenions à manger au drive et nous rentrions à l’appart’ manger rapidement et dormir. Je voyais à sa tête qu’elle avait besoin d’une bonne nuit de sommeil avant d’entamer sa journée de boulot. Je n’avais pas envie de cuisiner ce soir, j’acceptais donc sa proposition. Mais avant cela et malgré l’heure tardive je me devais de téléphoner à Madame Ardoni pour la prévenir de mon absence demain. Celle-ci décrocha très vite et fut compréhensive. Elle me proposa même de prendre mes vacances afin de me reposer et de ne pas être gênée dans mon travail. Je supposais que ce n’était pas de la réelle gentillesse mais une façon de ne pas m’avoir dans les pattes alors que je ne pouvais pas faire grand-chose d’autre que de la caisse. J’avais donc trois semaines de repos et deux jours d’arrêt maladie. Il faudrait juste que je passe à la librairie déposer mon arrêt et signer un papier pour les vacances. Les simples formalités administratives quoi. Au final, il était temps que je prenne du temps pour moi, et malgré ma jambe plâtrée rien ne m’empêchait d’en profiter.  


Chapitre 3 : Onirisme et torpeur
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La chaleur intense me sortit de nouveau de mon sommeil. Au fond de moi, j’avais eu ce pressentiment que mon rêve de la veille n’était pas achevé, que j’allais de nouveau revenir ici. Cette fois-ci, je m’attendais à être dans la jungle, sur ma feuille-hamac, avec Beuzi près de moi. Mais non, en réalité mon chien n’était pas là, pas à mes pieds : j’étais seule. Pourquoi ? Se pouvait-il que Beuzi m’ait laissée, juste le temps d’aller gambader avant de revenir gaiment vers moi sa langue pendante, le souffle court ? Non, jamais il n’aurait fait ça. Quand il ne connaissait pas un lieu, il restait avec moi la queue entre les pattes. Je l’avais sûrement laissé à la maison. Pour le moment, je mourrais de soif. Comme je savais depuis la veille que les fruits oranges avaient un goût délicieux et un jus exceptionnellement rafraichissant, j’en cueilli un sur le rameau qui se trouvait juste à portée de main afin d’en boire le jus. Je voulais commencer à découvrir ce monde et vu la chaleur, avoir bu ne serait pas un luxe.

Une fois désaltérée, je commençais à m’agiter quand je pris conscience que ma feuille était bien haute et qu’une chute pouvait me casser un membre. Ma cheville en vrac me suffisait amplement pour ne pas avoir envie d’y laisser tous les membres. De plus, mon plâtre me gênait plus que tout pour me mouvoir de façon naturelle et je ne pouvais pas prendre appui dessus pour sauter, ni même pour me rattraper. Il fallait que je trouve un autre moyen pour descendre de cette immense pousse. J’analysais le paysage autour de moi, la jungle semblait pleine de lianes. J’avais la solution adéquate ! Un peu comme dans Tarzan, que j’avais vu de nombreuses fois, je décidais de m’agripper à l’une d’entre elles et de me jeter dans le vide : advienne que pourra ! Je m’élançais dans le vide, les deux mains serrant tellement fort la liane que ça m’en faisait mal aux doigts. Un regard en direction du vide plus tard, je pris conscience de l’absurdité de mon idée. Je n’eus pas le temps de penser à quoi que ce soit d’autre. Mon acte de folie se soldait par une chute. Ma liane étant trop fine, elle se déroba sous mon poids. Je me sentis tomber sur le sol qui, à ma grande surprise, était recouvert d’herbes tellement hautes qu’elles ralentirent ma chute et recueillirent mon corps intact. Je n’eus nulle blessure, juste la douceur de cette verdure sur ma peau. Ce contact si délicieux me laissa rêveuse, je n’avais pas envie de bouger, le paysage autour de moi était merveilleux et immense. Peut-être que la chute m’avais un peu donné le tournis, la peur aussi, mais tout s’évaporait avec la sensation qu’offrait la nature environnante. J’aimais ce lieu, c’était comme s’il m’appelait à demeurer ici pour toujours. Je ne voulais pas retourner chez moi, je voulais vivre cet instant si beau pour l’éternité, le porter en moi. La cime des arbres se perdait dans un ciel rose, les fruits aux couleurs vives embaumaient l’air avec leurs parfums très sucrés. Et les fleurs semblaient toutes se tourner vers moi afin de m’offrir la meilleure vue possible sur leurs pistils arc-en-ciel d’où sortaient des étincelles lumineuses. Quel drôle d’endroit !

Etais-je seule ici ou y avait-il quelques habitants ? Il fallait que je me décide à explorer ce lieu afin de savoir ce qui m’attendait. Avec un peu de difficultés je me relevais. Sans mes béquilles, la marche allait être pénible, il fallait que je trouve au moins un bâton sur lequel prendre mon appui. Ce n’était pas bien difficile de se dégoter cela en étant au cœur de la jungle ! Une fois parée de ma canne, je me mis en route tout en hurlant : « Vers l’infini et au-delà ! ». A chacun de mes pas je sentais l’herbe, sous mon pied valide, se plier doucement et reprendre sa position initiale. J’avais l’impression qu’elle me massait la voûte plantaire : une chance que je n’avais pas de chaussure afin de profiter de cet instant si savoureux.

Je continuais de humer l’air de façon gourmande quand le taux de sucre dans l’atmosphère se fit de plus en plus élevé. Je levais la tête afin de regarder d’où venait ce parfum entêtant, voir même envoutant. Au-dessus de moi un arbre immense, plus que les autres, était garni de fruits pourpres ayant une forme proche de celle de la calebasse. Ce qui me parut étrange, c’est que le cœur du fruit scintillait comme une guirlande électrique. Mais l’odeur était tellement enivrante… Je voulais croquer ce fruit, j’avais envie de goûter ce jus sucré qui devait le constituer, je ne pouvais attendre. Je me postais en dessous d’une branche lorsque celle-ci s’abaissa toute seule. Oui oui, toute seule. Sans doute de manière à me laisser attraper un de ses joyaux. Je reculais doucement et très délicatement, avec mes deux mains autour de cette merveille, je défis le fruit de la branche. Je ne voulais pas blesser l’arbre qui me donnait l’impression d’être vivant. Je mordis dans la chair délicate de ce met. La saveur était raffinée. Je n’osais pas croquer le fruit jusqu’en son cœur de peur de perdre le mystère savoureux de la lumière. Ce fruit avait quelque chose de magique, d’incomparable, je voulais le préserver à tout prix. Tout en l’observant, je me remis en route.

Je continuais d’avancer lorsque je tombais nez-à-nez avec une porte. Je devinais rapidement qu’il s’agissait d’une cabane camouflée, faite de branchages et de feuillages. Il y avait donc d’autres personnes que moi dans ce monde. Ne pouvant contenir ma joie je donnais un gros coup dans la porte au lieu de frapper délicatement, de sorte qu’elle s’ouvrit sans que personne n’ait eu le temps de m’inviter à pénétrer à l’intérieur. Au cœur de cette pièce sombre, la lumière provenant de l’extérieur éclairait uniquement ce portrait de moi. Il semblait avoir été fait à la minute même tellement il me ressemblait. Intriguée, je m’approchais de cette peinture afin d’observer tous ces détails minutieux. J’avais l’impression de me contempler dans un miroir. Comment mon visage avait-il pu être peint de la sorte sans que jamais je n’aie été dans ce monde avant la nuit passée ? Quelqu’un m’avait-il surpris hier ? Pourtant je n’avais vu personne d’autre que Beuzi ! C’est alors que j’entendis un raclement de gorge, je bondis et fit volte-face. La cabane était habitée, la peur me submergea, je ne savais que faire.

« Caitlin, tu es enfin là. Je t’attendais depuis longtemps. Bienvenue chez … »

Voilà ce que la voix avait dit avant de me retrouver dans mon lit, chez moi de nouveau. Je n’avais vu ni son visage, ni le reste de l’habitation, il me restait seulement cette voix d’homme qui résonnait dans ma tête. De quoi parlait-il ? Chez qui avais-je pénétré et qui m’attendait ? Pourquoi avais-je fait de nouveau ce rêve étrange ? J’avais la tête qui tournait et je me sentais perdue… Un peu comme dans un clip de Tame Impala.

Beuzi ! Mon cœur battait la chamade, j’avais peur de l’avoir perdu à jamais. Le sentiment de frayeur me fit frémir, j’aimais profondément mon toutou et ne pas l’avoir eu avec moi durant mon rêve m’avait laissé un manque à combler. Il fallait que je le trouve pour le câliner et ainsi débuter ma journée de manière plus agréable qu’en ce moment. Il était devant la porte à m’attendre, la laisse entre les crocs, la langue pendante et l’air de me dire : « Ça fait deux jours que tu ne prends pas assez soin de moi, ton petit-déj’ passera après ! ». Il m’avait tellement manqué que je ne pouvais pas lui refuser cela.

Dehors l’air était glacial et j’avais bien envie d’un pain au chocolat tout chaud pour mon petit déjeuner. Je n’avais aucune idée de l’heure, je savais juste que Ade était déjà partie et ce sûrement depuis un moment vu que le soleil pointait son nez. Si je passais par la boulangerie, je pouvais toujours faire un détour par la librairie afin de déposer mes papiers. Quelle bonne idée. Après je pourrais rester chez moi à bouquiner, faire le ménage en retard (oh mon dieu, je ne voulais pas y penser) et pourquoi pas, aller au cinéma ce soir avec Ade. Il y avait un nouveau film d’animation pas mal qu’elle devait tester avant d’emmener ses élèves le voir. Je serai sa testeuse officielle !

Comme prévu, remplir mes papiers à la librairie ne me prit pas longtemps et j’en profitais pour prendre deux ou trois livres qui ne me suffiraient pas pour combler mon temps de vacances, mais qui me suffiraient pour la semaine. Étrangement mon choix se porta sur un vieux livre qui parlait du pouvoir des rêves et des portes entre les mondes parallèles. Pour les deux autres, il s’agissait de livres qui venaient d’arriver et que l’éditeur nous « offrait » : comprenez qu’il fallait les lire pour dire si nous voulions les vendre ou pas. Le premier était un roman historique sur la première guerre mondiale et le second un livre étrange, de la fantasy si je me fiais à ce que l’éditeur avait mis sur la quatrième de couverture.

Madame Ardoni me remercia grandement de prendre ces bouquins et lui en épargner la lecture parce que ce n’était pas le genre qu’elle appréciait. Personnellement je n’étais pas une fine bouche et j’aimais tous les genres. La seule condition que j’avais était une règle claire : si un écrivain voulait que je le lise, il devait avoir du style et une imagination hors du commun. Il me semblait que c’était le cas du second roman.

Une fois mes emplettes terminées j’étais heureuse de sentir l’odeur du pain chaud depuis la rue. Je la laissais me guider jusque la boulangerie où Azia bossait. J’adorais cette jeune femme charismatique. Tous les soirs elle m’apportait généreusement du pain invendu et venait souvent durant ma pause repas pour m’offrir une pâtisserie que nous mangions ensemble avec un café. Une habitude que j’affectionnais particulièrement et dont je n’allais pas pouvoir profiter durant quelques semaines. Je devais la prévenir en même temps que j’achèterai mon pain au chocolat. Je repartais de la boulangerie avec deux baguettes en plus et un gâteau au chocolat commandé pour le vendredi, jour où j’avais invité Azia à manger à l’appart’. J’étais en vacances, j’allais avoir le temps de cuisiner un plat exceptionnel !

La promenade avait duré plus de temps que prévu et Beuzi semblait ravi de cela. Il n’allait pas demander à sortir de sitôt. Je m’assis dans mon canapé pour regarder des dessins animés en prenant mon petit-déjeuner qui ferait office du repas de midi quand je sentis de nouveau mes jambes se paralyser. Comme la veille, j’avais l’impression de ne plus pouvoir bouger. Une chance que ça ne me soit pas arrivé dans la rue ! Que j’ai des sensations à ma jambe gauche, je pouvais l’admettre, elle était en vrac. Mais la droite était totalement bloquée également. La journée s’annonçait longue si je ne pouvais pas quitter mon canapé. Les larmes me montèrent aux yeux mais je ne voulais pas céder à la panique. Il devait y avoir une explication rationnelle en lien avec ma cheville mal en point. La douleur devait rayonner dans mes deux jambes, voilà tout. Je me réjouissais malgré tout d’avoir une raison de rester ici et de lire toute la journée. Pour le coup je ne pouvais pas faire grand-chose d’autre et le ménage pouvait attendre.

J’attrapais le roman sur la première guerre mondiale et débutais ma lecture tranquillement. L’histoire manquait cruellement de nouveauté et au bout d’une centaine de page, la fatigue me guetta. Je ne voulais pas céder, je devais terminer ce livre afin d’appeler Madame Ardoni et lui dire de ne pas commander cette bouse. C’était un livre invendable, mais par correction pour l’auteur je me torturais pour le lire en entier. Je n’aimais pas faire du mauvais travail. Mes yeux me brûlaient et l’ennui causé par ce roman était difficile à soutenir. Néanmoins, la phrase de la nuit précédente était gravée en moi et je ne voulais pas dormir, de peur de me retrouver en ce lieu encore une fois. Pourtant j’en étais persuadée au vu des événements précédents, je n’y couperai pas. Je me devais de retourner là-bas pour découvrir ce que la voix voulait me dire. Je laissais tomber la lecture et me mis à regarder la télé jusqu’à ce que Adélaïde revienne du travail. Quand elle me trouva sur le divan à regarder des inepties, elle prit un air sévère et se moqua de moi. Que pouvais-je rétorquer ? Que je faisais un cauchemar et que je ne voulais plus dormir ?

- Ade, tu n’as rien de prévu vendredi soir ? Parce que tu peux te moquer mais vendredi tu te régaleras devant un saumon à l’oseille et Azia comme invitée.
- Vraiment ! Depuis le temps que je rêve de discuter plus amplement avec ton amie boulangère. J’en suis enchantée. En plus je suis sûre que nous pourrions faire un trio infernal, ne penses-tu pas ?
- C’est vrai que depuis qu’elle est arrivée à Lyon, Azia n’a pas beaucoup d’amis. Pourtant ça va bientôt faire deux ans, non ?
- En même temps Cat’, avec des gens comme toi qui se contentent de son pain et de sa pâtisserie du midi, comment veux-tu qu’Azia sente qu’elle a de réels amis ? Mais vendredi nous pourrions peut-être inviter Guillaume aussi ? Et je te laisserai en fin de soirée avec Azia, et profiterai que quelqu’un vieille sur toi pour aller au ciné avec lui. Le programme te plait ? Dit oui, dit oui !
- Hum, mouais. S’il se tient à carreaux et ne fait pas le mufle je devrais pouvoir le supporter.

Cette nouvelle mis Ade en transe, de sorte qu’elle se rua sur son téléphone afin d’appeler Guillaume. Ah mon Dieu, je plaignais Azia. C’était la première fois qu’elle venait chez moi et j’allais lui présenter ma meilleure amie folle à lier et son nouveau copain avec une tête de violeur en série. De quoi faire fuir la plus téméraire d’entre nous. Mais je me devais d’être agréable avec Ade. Elle était si gentille avec moi, à m’aider deux fois plus depuis que j’étais comme une handicapée avec mon plâtre. J’aimais plus que tout ma liberté de mouvement et privée d’un membre, inapte à faire quoi que ce soit je me sentais déboussolée. Adélaïde prépara donc le dîner que nous prenions ensemble tout en discutant de notre super soirée-rencontre de vendredi. La soirée se terminait et Ade me proposa de sortir Beuzi seule avant qu’il soit grand temps pour nous d’aller se coucher. J’acceptais sans broncher et me coucha. Je n’avais nulle envie de m’endormir, la peur me tiraillait. Je pouvais lire toute la nuit, j’avais assez de contenu et la fantasy n’est pas un genre réputé pour être vraiment ennuyant. Je décidais de faire ça pour commencer ma nuit. Vers six heures du matin, le livre terminé dans une main, la tête de Beuzi callée dans mon cou, je commençais à glisser dans les bras de Morphée. Je ne pouvais plus lutter mais j’avais tellement peur que je faisais de mon mieux. De sorte que j’eus même le temps d’entendre Adélaïde se lever avant de dormir pour de vrai.

Beuzi me léchait la joue, ça signifiait qu’il était temps de faire la promenade du matin. Je n’avais définitivement pas assez dormi. Mes paupières étaient lourdes et mon crâne me faisait mal. Je n’étais pas dans mon assiette et la chaleur n’aidait en rien. Et puis zut ! Si chaleur il y avait, cela voulait dire que j’étais dans cette maudite jungle, encore et encore. Jamais elle ne me laisserait dormir en paix, juste une nuit. Beuzi m’accompagnait, c’est la raison pour laquelle j’avais senti le contact rugueux de sa langue contre ma joue. La fraicheur que mon chien m’offrait était la seule chose agréable à ce moment précis. J’avais le vertige et je me sentais de plus en plus mal. Je luttais du mieux que je pouvais afin de me réveiller, de retourner chez moi dans mon lit. Ce combat acharné contre moi-même semblait vain et finalement j’ouvris les yeux. Il était neuf heures du matin, j’avais dormi trois heures mais j’étais bel et bien dans mon lit. Je ne comprenais pas ce qui c’était passé. C’était comme si ma lutte pour ne pas entrer dans mon rêve m’avait donné le tournis. J’avais l’estomac noué et la peur me tétanisait. Ma journée se déroula au lit avec une bassine et de la fièvre, encore. Décidément, quelqu’un m’en voulait. Je pris des médicaments en début de soirée afin de passer une nuit tranquille. Cela fonctionna à merveille, je me rendormis calmement.

Le soleil m’éblouissait et j’entendais d’étranges sons. Un frisson me parcourut l’échine, j’étais de nouveau dans la jungle mais cette fois-ci mes deux pieds touchaient la terre ferme. Où étais-je ? Encore un nouveau lieu ? Non, de manière aisée je reconnus la porte que j’avais ouverte la dernière fois. Et les sons étaient en fait une voix qui hurlait :

- Caitlin, Caitlin ! Tu vas bien ? Je ne comprends pas ce qui s’est passé ! Les deux dernières fois tu t’es volatilisée. Il doit y avoir un souci avec le portail mais ne t’en fais pas je vais arranger ça.
Malgré son étonnante beauté, ce jeune homme me glaçait le sang. Pour sûr, il s’agissait bien de la même voix que celle dans la cabane. Mais qui était-il et pourquoi me parlait-il comme si nous nous connaissions ? Il se mit à rire à gorge déployée, je ne comprenais pas ce qui se passait.
- Oh ta tête Caitlin, que se passe-t-il ?
- Je, je, hum… J’arrivais à peine à articuler, je sentais mes joues s’empourprer. On se connait ?
- Aïe, alors la rumeur est vraie, tu ne sais rien … Désolé d’avoir pu paraître rude, je me présente : Ydreïs du peuple Faélit.
- Je crois que j’ai l’imagination débordante dans mes rêves !
- Ne sais-tu pas qu’il s’agit plus que d’un simple rêve Caitlin ? Il s’agit de notre destin !

Je ne me souviens pas du reste de la conversation, j’avais soif, terriblement soif et je me sentais faible. Je vis au loin un arbre aux fruits oranges, je me ruais dessus, arracha un de ces rafraichissements naturels et le bus d’une traite. Ydreïs hurlait quelque chose que je ne comprenais pas, jusqu’à ce qu’il m’arrache le fruit des mains en m’insultant.

- Caitlin, tu es folle ! Ces fruits s’appellent « torpeurs » et paralysent ton corps lentement si tu en consommes ! Il ne faut jamais manger ou boire ce que tu ne connais pas, personne ne t’a donc appris ça ? Comment se fait-il que tu aies bu ce fruit tout de suite ?
- Arrête de hurler veux-tu ! La première fois que je suis arrivée ici, ces fruits pendaient au-dessus de moi. Je mourais de soif et
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