La drôle de vie de Bibow Bradley - Axl Cendres

Parce qu'il est impossible de citer tous les genres littéraires (ou tout simplement de catégoriser un livre), ici se trouvent les livres n'ayant pas trouvé leur place ailleurs.
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Lewan
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Message par Lewan » 18 déc. 2013, 11:12

La drôle de vie de Bibow Bradley de Axl Cendres

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   Résumé :
  • «- Chez les Bradley, on travaille pas avec sa tête ! me disait, l'oeil plein de fierté, mon grand-père Bob le borgne en lorgnant ma dictée toute raturée de rouge. Et quand je leur ai annoncé que je redoublais, ils m'ont offert une bicyclette.»Juin 1964, USA. Le jeune Bibow Bradley est envoyé au Vietnam où, en toute logique, il devrait perdre un oeil comme papy (en Normandie) ou une jambe comme papa (en Corée).Sauf que Bibow a un don : il ne connaît pas la peur. Un don très utile aux yeux de la CIA... Le voilà vite embarqué de mission en mission, entre activistes communistes à Moscou et rassemblements hippies à Woodstock !Juin 1964, USA. Le jeune Bibow Bradley est envoyé au Vietnam où, en toute logique, il devrait perdre un oeil comme papy (en Normandie) ou une jambe comme papa (en Corée). Sauf que Bibow a un don : il ne connaît pas la peur. Un don très utile aux yeux de la CIA... Le voilà vite embarqué de mission en mission, entre activistes communistes à Moscou et rassemblements hippies à Woodstock !

   Éditeur : Sarbacane
   Date de sortie : Septembre 2012
   Disponible en format Poche : Je ne crois pas

Avis : À première vue, l’histoire a l’air déjantée. À première vue partie deux, l’histoire a l’air « jeun’s » puisque le livre a reçu le titre de Pépite du Roman Adolescent européen 2012. Et enfin, à première vue partie trois, l’histoire a l’air de ressembler à un Forest Gump pour ado (pour rappel, un jeune homme doté de la particularité de ne pas ressentir la peur et qui, une fois retiré de la guerre, est recruté par la CIA et va en quelque sorte changer le cours de l’Histoire).

Voilà ce qui m’est venu à l’esprit en voyant le livre et en lisant la quatrième de couverture.  
Mais plongeons dans la pratique et commençons la lecture. Première constatation en demi-teinte : la narration à la première personne.  Beaucoup aime, moi nettement moins, mais pourquoi pas ? Le personnage promettant d’être haut en couleurs, ses réflexions le seront probablement tout autant. Non ?
Et bien non. Alors oui, il y a certaines répliques assez amusantes mais le reste du temps je n’ai pas du tout accroché à l’humour. Pire, les fautes (certes volontaires) de langue m’ont hérissé le poil. Je comprends que ce soit un choix artistique et je ne demande pas du langage soutenue pour un personnage peu fut-fut, mais le strict minimum ne fait pas de mal. D’autant que les quelques pépites fusant de temps en temps semblent du coup presque déplacées venant de ce brave Bibow. Au point que je me suis plusieurs fois demandée si l’auteur ne s’était pas brimé en optant pour la narration à la première personne.

Ensuite, j’ai dit « brave Bibow », mais ce n’est pas du tout le cas. J’ai été strictement incapable de m’attacher à ce personnage. Le problème avec les anti-héros c’est qu’ils ne font généralement pas dans la demi-mesure question effet sur le lecteur. Soit on les adore, soit on les déteste. Soit on adore les détester. Or il m’a juste ennuyée, voir agacée, mais n’a rien déclenché de plus palpitant qu’un haussement de sourcil (le droit).

Autre problème selon moi, la particularité partiellement définie de Bibow. On nous l’annonce dès la quatrième de couverture : il est insensible à la peur. Ceci étant dû à un problème physiologique, et non psychologique. Pour ceux qui ont du mal avec les dictionnaires je simplifie au maximum : physiologique = de cause physique. Psychologique = c’est dans la tête. Ici Bibow est véritablement né avec un problème physique (au niveau des amygdales si mes souvenirs sont bons) qui le rend inapte à ressentir la peur.
La-Peur. Et juste la peur. Pourtant on découvre assez rapidement que le personnage a d’autres tares nettement plus inquiétantes. Il n’est pas juste exempte de peur il est aussi à moitié exempte de toute émotion. Du genre psychopathe.

Dans l’absolu, j’ai rien contre un personnage psychopathe, et même ce-que-vous-voulez-path, à partir du moment où il est captivant. Malheureusement Bibow est plat.
On part pourtant d’une particularité qui aurait pu être très intéressante et qui ouvrait une large palette de possibilités voir de moment épiques, mais pwouf, ça retombe comme un soufflé !
Je partais peut-être avec trop d’attentes, justement, m’attendant à une épopée à la Forest Gump version ado. Je préfère prévenir pour ceux qui se berceraient de la même illusion : ce n’est pas le cas…
Autre point m’ayant un peu gêné, les réflexions anti-guerre, anti CIA, anti capitalisme, bref, anti-tout ou presque, mille et une fois rabâchées -avant et ailleurs- donnant un petit ton moralisateur qui arrive avec des années de retard.

Dernier soucis, l’équilibre général. Je ne parle pas du rythme, lui est plutôt à classer dans les points forts tant il est régulier. Les chapitres courts et efficaces accélèrent grandement la lecture. Le problème réside dans la répartition d’importance des personnages, du temps, et des lieux.  On saute x années sans que cela paraisse avoir d’incident sur Bibow, les faits historiques sont relatés très succinctement, juste assez pour situer la scène, il n’y a quasiment aucune description de lieu… Les personnages secondaires sont plutôt grossiers, et ne suscite que peu, voir pas, d’intérêt. Ils auraient tout aussi bien pu s’appeler « Bidule » et « Machin », qu’on ne leur aurait guère prêté moins d’attention. En bref, le strict minimum pour le cadre et les personnages secondaires, et tout dans le personnage principal. C’est une stratégie qui peut s’avérer payante dans le cas d’un personnage principal vraiment fascinant, mais dans le cas de Bibow, c’est plutôt pénalisant.

Ce qui me frustre au plus haut point en plus c’est qu’il ne manquerait pas grand-chose pour me faire aimer ce roman ! Simplement plus de légèreté ou de peps dans le ton aurait changé la donne. Je le répète, il y a quelques phrases, quelques réflexions vraiment tordantes. Rares, mais revigorantes. Dommage que l’auteur ne nous ait pas fait profiter de son humour décalé plus souvent car celui de Bibow, mortellement désabusé, manque de piquant.

Finalement je dirai que ce livre –et je devrai dire plutôt « ce personnage » car le reste a si peu de place que ça en est négligeable- créé des attentes auxquelles il ne répond pas.

Selon moi, à réserver aux adolescents (plutôt garçons) en révoltes, trouvant l’apathie irrésistible. Les lecteurs novices réfractaires aux descriptions devraient aussi passer un bon moment.


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